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    Culture

    Islam et idées reçues: «Allah est-il Dieu?»
    Par Mouna Hachim

    Par L'Economiste | Edition N°:3342 Le 17/08/2010 | Partager

    Vue du côté musulman, cette question est aussi farfelue que si on demandait: «God est-il Dieu?» Le mot Allah est considéré comme l’équivalent en arabe des termes Dieu en français, God en anglais, Gott en allemand… Prétendre que les musulmans adorent un dieu différent parce qu’ils le nomment «Allah» est aussi absurde que d’affirmer que les francophones adorent une autre divinité que les anglophones parce qu’ils l’appellent «Dieu».Pourtant, des allégations allant dans ce sens sont propagées depuis quelques années par certains cercles évangélistes, trouvant leur pleine expansion dans quelques sites de propagande sur internet. Même les avis les plus tempérés restent parfois troublés par le doute. Que ce soit dans la littérature ou dans les médias occidentaux, le mot Allah lorsqu’il est formulé par un non-musulman semble désigner implicitement, un dieu distinct, propre à l’Islam. Pour compliquer les choses, certains traducteurs musulmans du Coran persistent à ne pas traduire le mot «Allah», ce qui ne manque pas de susciter des interrogations ; voire d’être exploités par ceux qui combattent l’Islam. La traduction de la proclamation de foi des musulmans est ainsi traduite: «Je témoigne qu’il n’est de Dieu qu’Allah» au lieu de «Je témoigne qu’il n’est de divinité que Dieu».Dans son édition du 28 juin 2005, le New-York Sun titrait «Is Allah God?» (Allah est-il Dieu ?) par la plume de l’intellectuel néo-conservateur Daniel Pipes, classé par le journal The Forward comme l’un des «cinquante Juifs états-uniens les plus influents». Cette question d’allure sémantico-métaphysique fait suite à la réponse de l’ancien président américain George Bush qui avait proclamé, s’agissant de la divinité commune aux juifs, aux chrétiens et aux musulmans, «Je crois que nous adorons le même Dieu», provoquant ainsi «la consternation» dans le milieu évangélique. Les avis les plus extrêmes, représentés notamment par le célèbre télévangéliste fondamentaliste Pat Robertson n’hésitent pas à identifier Allah à la divinité préislamique titulaire de La Mecque. Ce leader conservateur de la droite chrétienne et membre du mouvement théologico-politique «Sionisme chrétien» a déclaré en effet lors de son voyage en Israël en janvier 2004 que les musulmans sont les adorateurs du «dieu-lune Hubal».Même son de cloche chez l’apologiste Robert Morey, véritable promoteur de cette théorie qu’il a popularisé depuis 1991 sur la base de l’extravagante hypothèse, largement réfutée, du savant danois Ditlef Nielsen qui a limité le panthéon de l’Arabie du Sud à une triade d’origine bédouine composée du Père-Lune, de la Mère-Soleil et du Fils-Vénus. Auteur de plusieurs ouvrages hostiles à l’Islam dont «Islamic Invasion», le pasteur américain Robert Morey conteste le fait qu’Allah soit le Dieu de la Bible et déterre le dieu-lune bédouin dans son ouvrage «The Moon-god Allah in the Archeology of the Middle East» (Le dieu-lune Allah dans l’archéologie du Moyen-Orient).Ne nous arrêtons pas sur les longues réfutations qui ont mis en évidence l’aspect fallacieux de cette théorie sur des bases archéologiques et bibliographiques. Ne nous étalons même pas sur les réponses théologiques, tellement cette spéculation est contredite par l’essence même de l’Islam qui prône le monothéisme dans son abstraction la plus absolue. Se basant sur le Coran, nous pouvons lire à la Sourate «L’Araignée» au sujet des liens entre musulmans et Gens du Livre: «Nous avons foi en ce qui nous a été révélé et en ce qui vous a été révélé; notre Dieu et votre Dieu sont Un, et c’est à Lui que nous nous soumettons». Il est intéressant toutefois d’envisager l’aspect linguistique de la question qui est éclairant à plusieurs égards. Le nom de l’Essence divine en langue arabe, «Allah» qui ne peut être mis au pluriel et qui n’a pas de genre (ni féminin ni masculin) est employé avant la révélation coranique par les Arabes qui considéraient Allah comme le dieu suprême par rapport aux autres divinités. Rappelons à ce titre que le nom du père du Prophète était Abd-Allah (Serviteur de Dieu). Ce mot n’est pas sans rappeler la racine sémitique «El», répandu dans les cultures antiques du Moyen-Orient, désignant dieu de façon générique et qui se retrouve en hébreu dans l’Ancien Testament sous les déclinaisons, «El », Eloah (correspondant à l’arabe Ilah) et son pluriel de majesté «Elohim» (transcrit également Eloïm) par adjonction de la terminaison «im»...De même, en araméen, langue usuelle de la Palestine du temps de Jésus, Dieu était dit Allaha. Selon l’emplacement du terme dans la phrase, le nom peut être prononcé invariablement en araméen comme en arabe qui se basent sur un alphabet non consonantique: Allaha, Allahu, Allahi... A ce titre, citons ce fameux passage des Evangiles attribué à Jésus qui aurait prononcé: «Eli, Eli, lema sebaqtani» selon Mathieu et «Eloi, Eloi lema sebaqtani» selon Marc dans le sens de «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné?» Or, «Mon Dieu» en arabe s’écrit «Elahi» et rejoint exactement le terme araméen, rendu par les termes «Eloï » ou «Eli».Dans ce même ordre d’idées, les chrétiens arabophones d’Orient (sauf les Coptes) emploient habituellement le nom “Allah” pour dire “Dieu” dans les versions arabes des Evangiles. Un document émanant du secrétariat du Vatican intitulé Orientations pour un dialogue entre chrétiens et musulmans rappelle dans ce cadre que “Allâh est le seul mot qu’ont les chrétiens de langue arabe pour dire Dieu».Quelle meilleure démonstration de cette communion unissant les descendants d’Abraham qui adressent leurs prières à un Etre unique malgré les divergences, battant en brèche une théorie qui se situe au-delà de la chicane d’ordre sémantique pour nier l’universalité du message de Dieu à l’humanité.

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