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    Culture

    Invitation au voyage dans la Sicile musulmane
    Par Mouna Hachim

    Par L'Economiste | Edition N°:3332 Le 03/08/2010 | Partager

    Comment poursuivre notre périple insulaire et quête éminemment culturelle, consacrés dans les deux dernières chroniques aux îles Canaries et aux Baléares, sans une escale dans la plus grande île de la Méditerranée qu’est la Sicile du temps de la prépondérance musulmane.Carrefour stratégique, cette île de forme triangulaire caractéristique a vu se succéder de nombreux peuples depuis les premiers substrats formés d’abord par les autochtones Sicanes, puis par les Élymes (probablement originaires d'Asie Mineure) et par les Sicules (donnés pour Indo-Européens) qui lui laissent son nom…Phéniciens, Grecs, Carthaginois, Romains, Vandales, Ostrogoths, Byzantins... tous ces conquérants successifs laissent leurs empreintes dans cette île, dite initialement Sicania, puis Sikélia, avant que les Arabes ne s’y établissent à leur tour, la rebaptisant Siqiliah. C’est en 652 que commencent les premières incursions «sarrasines» occupant quelques points de la côte. Mais la domination effective n’est entamée qu’en 827 par les Aghlabides, encouragés en cela par les divisions byzantines, par les révoltes des populations contre les pressions fiscales et par la proximité géographique de leurs troupes nord-africaines. Emirs arabes issus d’Orient, régnant sur l'Ifriqiya (Tunisie actuelle avec Kairouan pour capitale) au nom du calife abbasside de Bagdad, les Béni El-Aghlab auraient été appelés sur l’île en 826 par l’amiral de la flotte byzantine Euphemius, révolté contre son général Constantin et défait par les troupes de l’'empereur Michel II après sa scandaleuse affaire de mœurs qui lui aurait fait déshonorer une jeune nonne enlevée de son monastère.Les Aghlabides finissent par s’emparer de Palerme en 831 avec à la tête de leurs troupes le juriste Asad Ibn El-Furat et l’érigent au rang de capitale de l’émirat de Sicile, florissante sur les plans économique et culturel. Au terme d’une résistance acharnée, ils emportent les villes de Messine en 842, l’ancienne capitale Syracuse en 878, ainsi que l’archipel maltais…La Sicile est effectivement idéalement placée pour lancer des expéditions militaires hors de l’île, y compris en Italie, avec notamment le sac de Rome en 846 ou un an plus tard, la prise de Bari, siège d’un émirat arabe, rameau des Aghlabides.Malgré ce retentissant essor politique, l’édifice aghlabide ne tarde pas à vaciller sous les coups des Fatimides chiites depuis qu’est venu prêcher chez les Ketama de Petite Kabylie, le missionnaire propagandiste ‘Ubayd Allah El-Mehdi, originaire de Syrie, se prévalant de la descendance du Prophète par son cousin et gendre Ali et sa fille Fatima. Avec l’aide des Berbères qui en furent les ardents partisans et fers de lance pour la conquête (en Afrique du Nord, Egypte, Syrie, Sardaigne, Sicile…), les Fatimides prennent pour capitale Mehdiya dans le Sahel tunisien en 921, avant de laisser la direction de l’Ifriqiya aux gouverneurs berbères Zirides du Maghreb central. Eux-mêmes transfèrent le siège de leur gouvernement au Caire (Al-Qahira, la victorieuse) dont ils sont les fondateurs à la suite de la campagne menée en 969 par le général sicilien Jawhar El-Siqilli.Évidemment tous ces événements changent la donne en Sicile. D’abord la chute de l'émirat aghlabide sunnite vassal des Abbassides, représentée par la fuite de son dernier souverain en Orient en 909, fait de la Sicile une province du califat fatimide. Ensuite, au milieu du siècle, avec le départ pour l’Egypte du calife Ismaïl El-Mansour, Hassan El-Kalbi, nommé gouverneur, ne tarde pas à fonder un émirat héréditaire qui se maintint pendant plus d'un siècle. L’île est alors partagée en trois districts dits valli (de l’arabe wali) à la tête desquels se trouvait un gouverneur nommé par l'émir: le vallo de Noto, le vallo Demone et le vallo de Mazara. Une organisation administrative qui subsista jusqu’en 1818. Durant toute cette période musulmane, la Sicile, marquée par l'arabisation et l'islamisation, connaît d’importantes vagues d’immigrations notamment nord-africaines, ainsi qu’une période de prospérité économique et d’épanouissement culturel dans le cadre d’une civilisation urbaine aux échanges fructueux avec les villes musulmanes du bassin méditerranéen et avec les républiques maritimes de la péninsule italienne. Par ailleurs, les Arabes ont introduit en Sicile de nombreux produits agricoles (mûrier, agrumes, canne à sucre, coton, caroubier, indigo...) et ont développé l'agriculture par la mise en place de nouvelles méthodes telles que l’irrigation artificielle dont l’héritage se poursuivrait jusqu’à nos jours.Autre technique notable: l’élevage du ver à soie introduit dans l’île qui en devint un centre producteur et grand exportateur au point qu’actuellement encore au Maroc, le travail des soieries précieuses en fil d’or est appelé Sqalli (le sicilien). Dans son ouvrage «Histoire de la soie», Ernest Pariset affirme qu’«attribuer aux Arabes africains qui ont envahi la Sicile, l’introduction de la soie à Palerme, ce n’est pas faire violence aux faits historiques: cette ville était au Xe siècle, tout à fait arabe, l’industrie et les lettres y étaient encouragées, le commerce y était actif».De toute cette période subsiste encore de remarquables vestiges dans les domaines culturel, artistique, culinaire… témoignant d'une forte imprégnation interculturelle. Même la langue sicilienne comporte de nombreux mots arabes moulés avec la langue du pays au terme de plus de deux siècles et demi de présence musulmane. Dès 1061, les chevaliers normands, avec à leur tête Robert Guiscard et son frère le Grand Comte, Roger Ier s’introduisent en effet dans l’île avec la bénédiction du pape et profitent des divisions religieuses et politiques parmi les musulmans pour s’emparer de Palerme en 1071. Maîtres de toute la Sicile en 1090, ils y maintiennent la même organisation administrative que leurs prédécesseurs en s’appuyant sur les bases précédentes aussi bien musulmanes que grecques. Dans cet état d’esprit, signalons que la cour de Roger II, fondateur du royaume de Sicile, voyait travailler de grands savants arabes tel le géographe El-Idrissi, auteur du chef-d’œuvre cartographique qu’est la «Tabula Rogeriana», commenté par son livre de géographie descriptive écrit à la demande du roi et mécène, intitulé pour cela, «Le Kitâb Rudjâr» (Livre de Roger).Mais cette Pax germanica n’aurait été ni générale ni définitive. La tradition retient à ce titre l’exil de membres de familles Houssayni ayant occupé de hautes charges dans l’île, d’abord vers l’Andalousie, puis vers le Maroc dès le règne almohade où ils se ramifièrent à Sebta, à Marrakech, à Doukkala, à Taourirt ou à Fès où ils sont encore connus sous l’ethnique Sqalli.

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