Politique

Immigré, musulman… donc voyou

Par L'Economiste | Edition N°:2175 Le 20/12/2005 | Partager

. Les médias français face aux fauteurs de trouble . Une représentation basée sur des clichés religieuxDans les événements des banlieues françaises, perpétrés, entre autres, par des jeunes issus de l’immigration, le rôle des médias a connu beaucoup d’hésitations que ce soit au niveau du langage utilisé que de la représentation donnée aux immigrés. Cette fois-ci encore, la presse semble découvrir ces ghettos où vivent pourtant depuis les années 60 de très grandes communautés maghrébine et africaine. Jeunes, voyous, fauteurs de troubles, révolution, insurrection… Côté vocabulaire, il y avait un choix très délicat pour les médias français car chaque mot pouvait apaiser ou inciter à plus de violence. De la même manière que l’ont été les images et les bilans chiffrés des voitures qui brûlent. A ce niveau, les télés ont nourri involontairement une compétition inter-quartier et puis entre les villes. Certaines chaînes, comme France 3, ont alors cessé de donner des chiffres parce qu’elles ont compris que les bilans et les cartes d’incendies rajoutaient au feu. Le résultat a été immédiat. Les incendies ont baissé (grâce aussi au couvre-feu). C’est un exemple qui montre, en tout cas, comment un média peut résister à une déviation.Pour revenir au volet linguistique, la question était de savoir si les journalistes devaient utiliser les mêmes termes qu’utilise le français lambda surtout pour des mots à connotation hostile comme «arabe» et «immigré». Immigré, islamiste, terroriste… Il est vrai que, généralement, les médias français ne sont pas tombés dans l’amalgame. En revanche, les chaînes américaines et russes ont vite crié à la menace islamiste. La chaîne d’information continue Fox News a même appelé les ressortissants US à évacuer les zones de troubles. La CNN a passé une carte des incendies qui comporte des erreurs monumentales. La ville de Toulouse a été ainsi placée à l’est de la France. Le cas des médias américains est vraiment extrême. Il est certes loin de notre corpus, qui est la Méditerranée. Mais cela pour dire que les confusions existent partout. Plus on est loin des enjeux de la migration, plus on peut tomber dans les approximations. En revanche, ces mêmes médias américains ont soulevé une question intéressante à laquelle les médias français n’ont pas pensé: Ces jeunes sont-ils Européens? C’est une question qui se posera dans l’avenir. Car très peu d’informations circulent sur l’évolution intérieure des communautés qui composent actuellement la France multiple. Le traitement réservé aux communautés issues de l’immigration est à la limite du cliché religieux. On décrit plus souvent le Ramadan, les fêtes religieuses et le Conseil du culte musulman, mais très peu d’informations circulent sur le parcours et la vie de tous les jours des personnes composant ces communautés. La raison relève visiblement du modèle d’intégration français qui met tout le monde dans le même moule sans accorder beaucoup d’attention aux différences culturelles, identitaires ou religieuses. Invisible socialement, l’émigré serait ainsi invisible médiatiquement. Mais les événements des banlieues ont montré que la situation n’est pas aussi simple. Les enfants des émigrés dénoncent le racisme, le manque d’opportunités d’emploi et un ascenseur social en panne. En fait, l’émigré a toujours existé dans le champ de l’information, mais il était mal représenté. Cette représentation a fait de ce dernier un “type à problèmes”, dont la figure se confond avec celle du musulman. Cette jonction existait déjà depuis la fin des années 80 avec l’affaire des «Versets sataniques» de Salmane Rushdie, le voile islamique, la guerre du Golfe, et tout récemment les attentats terroristes. Les médias français ont appris à humaniser leur approche sur le tas. Progressivement, leur analyse a évolué d’une projection d’images spectaculaires de voitures incendiées par des jeunes issus de la migration à une description de l’insalubrité des habitations des banlieues pour arriver à des portraits de jeunes ayant réussi socialement. Donner l’exemple, donner de l’espoir, lever les amalgames… n’est-ce pas là le rôle d’un média? En France, en tout cas, l’exception culturelle se confirme. Qu’il soit clandestin ou en situation régulière, l’émigré restera toujours cette personne qui a un passé, une origine.


Enfin des chiffres!

- 14 émigrants sont morts dans les assauts de Sebta et Mellilia, dont 4 tués par balles par la police marocaine.- Au total, près de 3. 000 clandestins essentiellement Sénégalais et Maliens ont été refoulés par avion dans leurs pays respectifs, depuis la mise en place d’un pont aérien à partir de la ville d’Oujda (décompte de l’AFP).- Il y aurait environ 15.000 migrants clandestins africains au Maroc, notamment des Sénégalais, Maliens et Camerounais, et plus de 25.000 Africains vivent en situation régulière dans le Royaume.- Près de 11.000 membres des forces de sécurité marocaines luttaient contre l’immigration clandestine pour un coût évalué entre 70 et 80 millions d’euros. Il y a eu plus de 26.000 interceptions d’émigrants depuis le début de l’année dont 20.000 Subsahariens.- Plus de 7.000 agents marocains sont déployés pour la surveillance du littoral. Il s’en est suivie une forte baisse des tentatives d’émigration clandestine de 25% en 2004 et de 40% pour les 8 premiers mois de 2005.N. L.

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