Politique

IER: L’histoire gardera ses énigmes

Par L'Economiste | Edition N°:2174 Le 19/12/2005 | Partager

. Pas de nouvelles sur les anciens tortionnaires, ni sur le sort de Ben Barka. 592 morts pendant les années de plombA priori, la mesure pourrait surprendre. L’Instance Equité et Réconciliation (IER) a demandé la fin de l’impunité pour les auteurs des violations des droits de l’homme dans son rapport de fin de mission présenté le 30 novembre dernier au Souverain. Non! ce que demande l’IER ne concerne pas les anciens tortionnaires. Mais plutôt des précautions à prendre dans l’avenir. L’Instance recommande «la mise en oeuvre d’une stratégie nationale de lutte contre l’impunité par le biais de réformes juridiques et l’élaboration d’une véritable politique des droits de l’homme dans les secteurs de la justice, de la sécurité et du maintien de l’ordre». De quoi rajouter aux ressentiments d’un monde associatif que l’Instance a habilement tenu à l’écart. Vivement critiquée en raison de la non-citation des noms des responsables des crimes, la commission de Driss Benzekri a finalement présenté des conclusions très symboliques: Pas de nouvelles sur le sort de Mehdi Ben Barka, ni sur les soulèvements du Rif. Encore moins sur les disparus du conflit du Sahara ou sur les tortionnaires.Bien des dossiers sont entourés de flous. Mais il n’y a pas de quoi être surpris. Car l’Instance est restée fidèle à son cahier des charges. Elle s’en est tenue au rétablissement de la vérité sans accuser qui que ce soit. «L’Instance aurait dû au moins demander la révocation des responsables des crimes de leurs postes actuels», soutient Mohamed Sebbar, président du Forum Vérité et Justice. On s’attendait en effet à ce que la volonté qui a été derrière la découverte des charniers et des tragédies individuelles pousse un peu plus son action en demandant à ce que les responsables soient sanctionnés ou au moins relevés de leurs fonctions. Ce n’était pas le cas. Car cette même volonté a préféré faire valoir le pardon. Le dossier des années de plomb se fermera sur cette note. La roue de la justice ne marchera pas pour les anciens tortionnaires, laisse entendre le travail de l’IER. Mais la pression sociale pourra prendre le relais comme le montre cet exemple du président d’un club de football du sud du Maroc qui a été destitué après la découverte de son passé de tortionnaire et ce, à l’initiative d’un de ses anciens prisonniers. Il faut préciser que la particularité du processus de rétablissement de la vérité au Maroc est qu’il est mené en douceur. La conséquence est que les anciens tortionnaires, en tout cas ceux qui sont connus, se sentiraient mal et démissionneraient d’eux-mêmes, sans scènes de violence ou de lynchage. «Le dossier des violations restera ouvert», promet Abdelhamid Amine, secrétaire général de l’AMDH. Mis à part les multiples cas de disparition non élucidés et l’exclusion de la période post-1999, l’Instance n’a pas encore mis toute la lumière sur les charniers des événements de 1981. Bien des vérités restent à rétablir. Bien avant de tourner la page, il faudra savoir comment ces violations ont été commises, déterminer les responsabilités individuelles et institutionnelles. Et puis surtout expliquer les célèbres cas de disparition, devenus des énigmes de l’histoire. «Personne ne peut admettre que l’Etat ne détient pas la vérité sur le cas de Ben Barka», affirme le patron de l’AMDH. Des passages en blanc, il en restera dans l’histoire du Maroc. L’essentiel est que l’Etat reconnaisse ses torts et s’en excuse publiquement. Et si cela se réalise, ça sera un autre moment fort dans le dossier des droits de l’homme dans tout le monde arabe. Il faut souligner que SM le Roi a ordonné la publication du rapport de l’IER. Ce qui est en soi un signe très fort dans le travail mené jusqu’à maintenant pour exorciser les années de plomb (qui s’étalent de 1960 à 1990). La question du nombre des morts pendant cette triste période est objet de controverses aussi. L’IER en a recensé 592. Alors que l’AMDH parle de milliers de victimes, dont la majorité abattue lors des manifestations de 1965 et 1981.Dans son rapport, l’IER a localisé avec précision les lieux de sépulture et déterminé l’identité de 85 personnes décédées dans les tristement célèbres Tazmamart, Agdez, Kal’at Mgouna, Tagounit, Gourrama et près du barrage Mansour Ad-Dahbi. 174 autres sont morts dans des centres de Dar Bricha, Dar Al Baraka, Tafnidilte, Coubiss, Derb Moulay Chérif..L’Instance a également localisé les lieux de sépulture et déterminé l’identité de 12 personnes décédées lors d’affrontements armés.Près de 322 personnes, considérées pour certains comme faisant partie de la catégorie de disparus, sont en réalité décédées lors des émeutes urbaines de 1965, 1981, 1984 et 1990 «du fait d’un usage disproportionné de la force publique».N. L.

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