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    International

    Guerre d’Irak: «triomphe ou bien défaite?»(1)
    Par le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:3347 Le 25/08/2010 | Partager

    Une promesse du candidat Obama a été tenue: le rapatriement d’Irak des unités américaines de combat avant le 31 août 2010. Pourtant, le président des Etats-Unis affiche un profil bas. Pas question de crier victoire, encore moins d’affirmer «mission accomplie», comme l’avait imprudemment proclamé George W. Bush, déguisé en pilote de l’aéronavale US, sur le pont du porte-avions Abraham Lincoln, le 1er mai 2003. Près de sept mois et demi plus tard, la Maison-Blanche se veut prudente(2).Elle a raison! La guerre d’Irak n’est pas terminée. Le départ d’Abou Ghraib de la 4e brigade dite «Stryker»(3), – 5.200 hommes appartenant à la 2e Division Blindée –, et qui ont franchi jeudi 19 août la frontière du Koweït, suscite quelques interrogations. Il serait en effet intéressant de savoir s’il s’agit là d’une phase significative de l’affaire irakienne et si la réponse est «oui», il faut se demander aussi ce que ce départ signifie.L’invasion de l’Irak répondait à un triple objectif : détruire l’armée de Saddam Hussein, renverser le régime baasiste, le remplacer par un gouvernement ami des Etats-Unis. Les deux premiers objectifs ont été atteints en quelques semaines. Sept ans plus tard, toutefois, l’Irak n’a toujours pas de gouvernement, sans même parler d’un pouvoir pro-américain. L’inexistence à Bagdad d’un gouvernement investi par l’assemblée nationale correspond à un échec stratégique d’envergure. La faute majeure commise lors de cette invasion ne doit pas être recherchée dans son exécution militaire mais plutôt dans l’absence d’une analyse politique sérieuse. Les Américains savaient combien la communauté chiite était hostile au Baas tout en étant très influencée par l’Iran. Cependant, la décision d’abattre le régime de Saddam plaçait la communauté sunnite dans une situation impossible, entre une armée américaine hostile et des chiites qui l’étaient tout autant. D’où l’insurrection de cette communauté, soutenue par des « djihadistes » étrangers, menée à la fois contre l’envahisseur américain et l’adversaire chiite!Face à des sunnites désespérés et qui n’avaient plus rien à perdre, les Etats-Unis pouvaient imaginer susciter un Irak dominé par les chiites. Mais ils comprirent un peu tard que le nouveau pouvoir serait contrôlé par l’Iran. En raison de ce mauvais calcul, Washington se voyait désormais confronté aux sunnites mais aussi, dans une assez large mesure, aux chiites. De plus, et dans le même temps, ces deux communautés s’affrontaient quasi directement par le biais d’attentats meurtriers énormes. De 2003 à 2007, l’Amérique n’a pas mené une guerre en Irak, elle y a affronté le chaos.

    Le retournement
    Survinrent alors deux surprises. En 2006, on croit le président affaibli par l’échec des élections de mi-mandat, on le dit même prêt à ordonner le retrait des troupes. Il fait le contraire. C’est le «surge»! Les renforts ne sont pas tellement nombreux. De longs mois passent avant qu’ils n’arrivent en Irak. Ils prennent pourtant tout le monde à contre-pied, Iran compris. Mieux, George W. Bush désigne un officier de qualité. Celui-ci propose une stratégie. Impossible, pense le général Petraeus, de se battre contre tout le monde. En Irak, l’Amérique doit se trouver un allié. Ce sera la communauté sunnite. Pour deux raisons : les chefs de tribus sunnites sont exaspérés par les excès commis par les djihadistes étrangers, ils redoutent le moment où les Américains, quittant l’Irak, ils seront laissés à la merci des chiites. Ces faits, joints à des distributions d’argent aux responsables des tribus, renversent la situation. La communauté chiite se retrouve sur la défensive face aux milices sunnites créées pour appuyer les troupes US.Ce faisant, si Petraeus stabilise la situation, il ne gagne pas la guerre. L’Irak n’a pas de gouvernement dûment investi. Les élections législatives de l’hiver 2010 n’ont pas dégagé une majorité. Avec à sa tête une équipe d’irresponsables, sans mandat ni représentativité, le pays, miné par son confessionnalisme, est incapable de rebâtir une véritable armée, indispensable pour équilibrer l’Iran, pas même des forces de police sérieuses. Or, un problème géostratégique majeur existe qu’il revient à Washington de résoudre. Une fois les Etats-Unis partis d’Irak, l’Iran sera la première puissance militaire conventionnelle et, pourquoi pas, nucléaire, de la région du Golfe. Ce résultat, dans ses cauchemars les plus affreux, l’Amérique «va-t-en-guerre» de MM Bush et consort ne l’avait sûrement pas imaginé. A l’inverse, un Irak fort est une hantise pour l’Iran, lequel, on s’en souvient, a perdu un million d’hommes dans sa guerre contre l’Irak de Saddam. Téhéran veut donc disposer à Bagdad d’un pouvoir dont il soit sûr. Sans pouvoir imposer un gouvernement aux Irakiens, Téhéran, grâce à ses réseaux et à ses services spéciaux, a les moyens d’empêcher l’avènement à Bagdad d’une équipe qui lui déplairait. Voilà donc, comme aurait dit Molière, «pourquoi votre fille est muette» et pourquoi il n’y a toujours pas de gouvernement à Bagdad.Avec 50.000 hommes en Irak, les Etats-Unis vont avoir pendant 16 mois encore des capacités suffisantes pour intervenir puissamment et sans délai en cas de besoin. Cependant, le retrait de leurs dernières unités de combat ne signifie pas la victoire. Il faut attendre la suite, c’est-à-dire de nouveaux allègements d’effectifs, jusqu’au jour, peut-être proche, où les milices chiites, éventuellement soutenues par des éléments iraniens, se sentiront capables d’affronter leurs rivaux par les armes. Pour l’éviter, deux solutions sont possibles. La première est une nouvelle politique américaine vis-à-vis de l’Iran. Washington devrait convenir avec Téhéran des conditions d’une stabilisation pérenne de l’Irak. Jusqu’à plus ample informé, il n’en est pas encore question. L’autre solution est la guerre. Un tel choix est très improbable. Entrer en guerre contre l’Iran pour se sortir d’Irak constituerait une suite calamiteuse à l’erreur énorme de l’administration précédente. Techniquement, d’ailleurs, envahir un pays montagneux de 80 millions d’habitants ne serait pas une partie de plaisir. Des bombardements sélectifs n’auraient probablement pas non plus d’autre effet que de souder les Iraniens autour d’un pouvoir qu’ils n’aiment pourtant pas. Et des frappes israéliennes contre les installations nucléaires iraniennes n’empêcheraient pas Téhéran de toujours exercer son contrôle sur Bagdad(4).Au fond, s’entendre avec l’Iran semble la seule issue possible. Beaucoup à Washington jugent cette éventualité déraisonnable, sinon catastrophique. Qu’elle soit plus invraisemblable que de causer avec Staline ou Mao reste à vérifier! Pour l’heure, la stabilité relative à laquelle le soldat Petraeus est parvenu en Irak, et dont se félicitent les Américains, constitue le cadre nécessaire pour une solution de compromis à définir entre Bagdad, Téhéran et Washington. Hélas, aux Etats-Unis, les deux dernières administrations n’ont pas révélé de personnalité politique à la hauteur du talentueux général Petraeus, au beau nom d’empereur romain!

    Le parti Baas

    Le Baas a été fondé en 1947 à Damas. Son but est d’unir les Etats arabes en une seule et grande nation. Le mot lui-même signifie en français «résurrection» ou «renaissance».Ce parti s’impose en Syrie de 1963 à 1966, puis de 1970 à nos jours. Il est la marque du pouvoir irakien quelques mois en 1963 puis de 1968 à 2003. Cependant l’idéologie originelle n’est plus qu’un lointain souvenir.En Irak, le coup d’Etat de juillet 1968 permet au général baasiste Ahmad Hasan al-Bakr de prendre le pouvoir. Saddam Hussein lui succède en 1979 et dirige l’Irak jusqu’en 2003. Bien que l’esprit du parti ne soit nullement de nature militaire, le Baas irakien sous Saddam Hussein change nettement, il se militarise et ses principaux dirigeants apparaissent fréquemment en uniforme.En juin 2003, l’occupation américaine conduit à l’interdiction du parti. On a beaucoup critiqué les Etats-Unis pour avoir interdit tous les membres du Baas de faire partie du gouvernement, de l’administration, du corps enseignant… Une foule de professeurs ont perdu leur travail, entraînant de larges protestations et des manifestations dans les universités. Comme la plupart des professeurs devaient faire partie du Baas, on imagine la désorganisation de l’enseignement en Irak.-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1)…«Si tu peux rencontrer triomphe après défaiteEt recevoir ces deux menteurs d’un même front,Si tu sais conserver ton courage et ta têteQuand tous les autres les perdront, Alors les rois, les dieux, la chance, la victoire,Seront à tout jamais tes esclaves soumis, Et ce qui vaut bien mieux que les rois et la gloire,Tu seras un homme, mon fils!»Rudyard Kipling (traduit par André Maurois)(2) Voir à propos de l’embarras du président des Etats-Unis le quotidien The New York Times du 22 août 2010 : Peter Baker, «As mission shifts in Iraq, Risks linger for Obama» («au moment où en Irak la mission évolue, le risque pour Obama demeure»).(3) Certaines brigades des divisions blindées de l’US Army sont appelées « Stryker » dès lors qu’elles sont dotées de toute une famille de blindés à 8 roues, canon ou transport de troupe, dénommés Stryker. Ces matériels sont dérivés du véhicule de combat canadien LAV III, et produits aux Etats-Unis par General Dynamics Land Systems.(4) Au moment où la centrale nucléaire de Bouchehr vient d’être inaugurée, on parle de plus en plus souvent, et d’abord en Israël même, de frappes israéliennes contre l’Iran. Cela ne semble pas impressionner Téhéran. Pourtant, il peut s’agir là d’une tactique. En multipliant les bruits de cette nature sans que rien ne survienne, l’état-major israélien peut vouloir donner aux Iraniens un faux sentiment de sécurité et les amener à baisser leur garde…

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