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    Culture

    Ghandi, libéralisme et dignité

    Par L'Economiste | Edition N°:910 Le 06/12/2000 | Partager

    . Dans son ouvrage «Le Génie de l'Inde«, Guy Sorman analyse l'organisation sociale en Inde et revient sur l'expérience de Ghandi . Les castes, mode de fonctionnement de la société indienne, ont résisté aux religions et aux courantsréformateursCe qui est personnel en Occident est laissé au libre arbitre en Inde: Quoi manger et ne pas manger; qui fréquenter et qui éviter; avec qui parler, partager ses repas et se marier? Chacun doit être repérable par son vêtement et ses ornements. Chacun porte sur son front le signe du dieu tutélaire qui protège sa caste. L'individu n'existe pas hors de sa fonction sociale au sein de sa caste.. Notion récente d'égalitarismeMais qu'est-ce qu'une caste? Une fédération de population? Une confrérie? Peut-être, mais la caste est surtout une idéologie. C'est ce qui tient ensemble les Indiens, le trait unificateur qui permet de parler d'une Inde éternelle.La rigidité de cette idéologie aura d'emblée engendré sa contestation par Bouddha, l'islam et les chrétiens mais aussi par les réformateurs indiens puis européens depuis le XIXème siècle. Cette condamnation est une attitude contemporaine qui n'apparaît pas avec la notion récente d'égalitarisme. Lorsque, au XVIème siècle, les Portugais accostèrent en Inde et découvrirent la classification hiérarchique héréditaire de la société indienne, ils la nommèrent «castes« sans porter de jugement.Dans les annonces matrimoniales, on lit que les prétendants cherchent jeunes filles «à la peau claire«, de «bonne famille«... et de «de haute caste«. Lorsqu'il y eut des juifs en Inde, à Bombay et à Cochin, ils se répartissaient en trois castes: les Blancs, les Bruns et les Noirs, en fonction de leur origine ethnique. Les plus clairs étaient supposés être les plus nobles et les plus sombres, des descendants d'esclaves. Un Indien peut se convertir, mais le bouddhisme, l'islam et le christianisme n'enlèvent pas le converti à sa caste.Dans l'évolution récente des castes, le plus surprenant ne nous paraît pas tant leur dilution, même si elle est indéniable, que l'extraordinaire résistance de leur idéologie à la modernisation.Force est de le constater, l'idéologie des castes est fondée sur des valeurs partagées par les Indiens, et non pas sur la nécessité. Chacun, motivé par sa dignité, préserve sa pureté et se préserve de l'impureté de l'autre.Il y a vingt siècles, le Bouddha, niant aux castes toute validité, ne reconnaissait que l'individu comme sujet et invitait chacun à rechercher son propre salut. Pareillement, l'autre vague de contestation des castes a été menée au nom de l'islam, mais elle n'a pas réussi.. Différences de hérosEstimant que le système des castes était une source de solidarité collective, Ghandi combattait leur hiérarchie et la discrimination qui en dérivait, mais pas l'institution elle-même. Les castes, selon lui, avaient le mérite d'empêcher ce qu'il ressentait comme une dérive vers l'individualisme occidental, socialement égoïste, culturellement appauvrissant et moralement douteux.Si Ghandi est bien connu en Occident, Ambedkar est considéré comme une stature au moins équivalente à celle du Mahatma. Grâce à son éducation britannique, il atteint le rang le plus élevé de la fonction publique dans l'Inde coloniale. En même temps que Ghandi, il participa activement à la lutte pour l'indépendance de l'Inde. Pour Ghandi, la finalité de ce combat était le sauvetage d'une civilisation qu'il fallait restaurer dans sa différence. Pour Ambedkar, une société qui avait engendré les castes ne méritait pas d'être préservée. Ni Ghandi, ni Ambedkar ne niaient le principe de l'égalité. Mais, il y avait une divergence: selon le premier, l'égalité pouvait régner dans la différence des statuts sociaux, tandis que pour le second, elle devait régner entre les individus et pas seulement entre les communautés.. Rudes lois de l'économieIls divergeaient aussi sur la manière d'atteindre les objectifs qu'ils s'étaient assignés. Ghandi penchait pour la pédagogie, la réforme morale, le ressourcement dans la religion et le bon usage du temps. Ambedkar, juriste et politique, croyait en la loi pour dicter aux hommes leur juste conduite, et au plus vite.Mais comme Ghandi, Ambedkar a été trahi par la classe dirigeante de l'Inde. Leurs principes devaient être défaillants. Le moralisme et le légalisme seuls ne pouvaient inverser la discrimination. Il aurait fallu intégrer dans l'analyse les rudes lois de l'économie auxquelles bizarrement ni Ghandi ni Ambedkar n'attachaient d'intérêt particulier. Il fallait plutôt combiner la morale, le droit et le marché et inventer une «économie de la dignité«.


    La californie en Inde!

    C'est à Bangalore, considérée capitale de l'Inde du futur, que l'on assemble des armes et construit des fusées. Depuis longtemps, cette ville n'est plus la «cité des jardins« ainsi qu'on la nommait du temps des sultans et Britanniques. L'éloignement des frontières ennemies -chinoise et pakistanaise- a conduit les gouvernements de l'Inde à localiser ici les entreprises les plus avancées, les industries de l'armement, de l'aéronautique et de l'informatique: un complexe militaro-industriel qui n'est pas sans rappeler celui de la Californie... sauf qu'à Bangalore règne le plus grand désordre. L'irruption des villageois provoque la pagaille. Les immeubles, vite et mal construits, lui confèrent un air d'abandon alors que tout y est neuf. C'est ici que s'est déclaré le premier mouvement d'homosexuels en Inde.. Castes et informatique!A lire la presse moderniste, on croirait que «la race« indienne est dotée d'une intelligence particulière, qui permet à l'Inde de se retrouver, grâce à l'informatique, dans le peloton de tête des nations les plus modernes. De nombreux Indiens occupent aux Etats-Unis des rangs éminents dans des sociétés de logiciels. La plupart de ces informaticiens sont issus des castes brahmaniques. Les brahmanes avaient toujours privilégié l'étude des mathématiques.A. Z.Demain, troisième partie: Le génie commence ici!

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