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    Culture

    Face aux extrémismes, la conciliation ne sert à rien
    Par Mathias Doepfner

    Par L'Economiste | Edition N°:2174 Le 19/12/2005 | Partager

    Mathias Doepfner est le PDG du groupe de presse allemand Axel Springer, le premier groupe de presse européenne. Doepfner dirige ce groupe depuis plus de 20 ans et a accentué son franc-parler, voire son côté un peu outré... Le groupe Axel Springer, du nom du fondateur disparu en 1985, édite notamment Bild Zeitung, un quotidien très grand public, Die Welt (maintenu artificiellement en vie en raison d’une promesse faite par Doepfner au fondateur du groupe peu avant la mort de ce dernier en 1985). Springer est connu pour sa boulimie et son sens du commerce: il vient tout récemment de conclure un accord avec des éditeurs chinois de presse scientifiqueL’Europe n’a toujours pas appris la leçon. Plutôt que de protéger la démocratie au Moyen-Orient, la conciliation européenne, se cachant derrière le vocabulaire flou de «l’équidistance», semble souvent tolérer les attentats suicides en Israël perpétrés par les extrémistes palestiniens. De même, cela génère une mentalité qui permet à l’Europe d’ignorer les 500.000 victimes des sévices et du système meurtrier de Saddam et, motivée par l’arrogance du mouvement pacifique, de prendre parti contre George W. Bush considéré comme un fauteur de guerre. L’hypocrisie se perpétue encore alors même que l’on découvre que certains de ceux qui s’opposèrent le plus à l’action américaine en Irak ont fait des milliards, en fait des dizaines de milliards, de dollars de profits grâce à la corruption du programme «Pétrole contre nourriture» des Nations unies.Nous devons aujourd’hui faire face à une forme particulièrement grotesque de conciliation. Comment l’Allemagne réagit-elle face à l’escalade de violence des extrémistes musulmans aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et ailleurs en Europe? En suggérant, tenez-vous bien, qu’une des réponses appropriées à un tel barbarisme serait de créer un jour férié musulman en Allemagne.J’aimerais bien que cela soit une blague, mais non, ce n’est pas une blague. Une grande partie du gouvernement allemand, et, si l’on en croit les sondages, du peuple allemand également, pense effectivement que la création officielle d’un jour férié musulman nous épargnera d’une manière ou d’une autre le courroux des extrémistes musulmans. On ne peut s’empêcher de se souvenir du Britannique Neville Chamberlain à son retour de Munich, agitant le dérisoire traité signé par Adolf Hitler, et déclarant l’avènement de «la paix en notre temps».Quelles atrocités devra-t-on subir avant que les citoyens européens et leurs leaders politiques comprennent ce qui se passe véritablement dans le monde? Nous sommes sous le coup d’une sorte de croisade, une campagne particulièrement perfide, faite d’attaques systématiques de la part de certains musulmans orientées vers les populations civiles, dirigée contre nos sociétés occidentales ouvertes et libérales, et qui a la ferme intention de les détruire totalement.Nous nous trouvons face à un conflit qui durera probablement plus longtemps que tout autre grande bataille militaire du siècle dernier: un conflit mené par un ennemi qui ne peut pas être dompté par la «tolérance» et la «conciliation» parce que cet ennemi est, en fait, encouragé par de tels gestes. De telles réponses ont été accueillies comme signes de faiblesse et elles seront toujours considérées comme telles de la part des extrémistes musulmans.Seuls deux présidents américains ont récemment eu le courage nécessaire pour rejeter la conciliation: Ronald Reagan et George W. Bush. Ceux qui critiquent l’Amérique peuvent pinailler sur les détails, mais dans nos cœurs, nous connaissons la vérité parce que nous en sommes les témoins directs. Reagan a mis fin à la Guerre froide, libérant l’Europe de près d’un demi-siècle de terreur et d’esclavage. Et le président Bush, partant de ses convictions morales et uniquement soutenu par Tony Blair, un social-démocrate, a reconnu le danger que pose la guerre islamiste contre la démocratie.Entre temps, l’Europe se cale dans son fauteuil multiculturel avec son habituelle assurance insouciante. Au lieu de défendre les valeurs libérales et d’agir comme centre de pouvoir attrayant, à jeu égal avec les véritables grands pouvoirs, l’Amérique et la Chine, elle ne fait rien. Au contraire, nous, Européens, nous présentons, par opposition aux «Américains arrogants», comme les champions de la «tolérance», chose que même le ministre de l’Intérieur allemand Otto Schily critique fort justement. D’où vient cette réaction de suffisance? Se justifie-t-elle par notre moralité élevée? J’ai bien peur qu’elle ne vienne du fait que nous, Européens, soyons si matérialistes, totalement dépourvus de toute boussole morale. Pour sa politique de confrontation directe avec le terrorisme islamiste, Bush risque la chute du dollar, un supplément de dette nationale très important et une pression massive et persistante sur l’économie américaine. Mais il le fait, car contrairement à l’Europe, il a compris que ce qui est en jeu ici est littéralement tout ce qui compte pour véritablement libérer les peuples.Tandis que nous critiquons les «barons voleurs du capitalisme» américains parce qu’ils montrent trop d’assurance dans leurs priorités, nous défendons avec timidité notre Etat-providence. «Ne nous en mêlons pas! Cela pourrait se révéler coûteux», nous exclamons-nous. Ainsi, au lieu d’agir pour défendre notre civilisation, nous préférons discuter la réduction de la semaine de travail à 35 heures, étendre nos quatre semaines de congés payés annuels, améliorer notre couverture dentaire ou, peut-être, écoutons-nous les pasteurs prêchant à la télé la nécessité de «tendre la main aux terroristes», pour comprendre et pardonner.En ce moment, l’Europe me fait penser à une vieille femme qui, de ses mains tremblantes, cache frénétiquement ses derniers bijoux quand elle s’aperçoit qu’un voleur vient de pénétrer chez les voisins. Conciliation? Ce n’est là qu’un début. Europe, ton nom est Lâcheté.


    Les cadavres de la conciliation

    L'Ecrivain Henryk Broder a récemment émis une accusation cinglante: «Europe, ton nom de famille est Conciliation». Cette phrase fait écho, car elle est terriblement vraie. La conciliation a coûté la vie à des millions de juifs et non-juifs tandis que l’Angleterre et la France, alliées à l’poque, négociaient et hésitèrent trop longtemps avant de comprendre qu’Hitler devait être combattu et défait, parce qu’il ne pouvait pas être lié par des accords inefficaces!Par la suite, la conciliation légitima et stabilisa le régime communiste de l’Union soviétique et l’Allemagne de l’Est, puis à travers le reste de l’Europe de l’Est, où, pendant des décennies, des gouvernements inhumains, répressifs et meurtriers furent glorifiés.La conciliation a également handicapé l’Europe quand la Bosnie et le Kosovo furent la proie d’un génocide rampant. En effet, même si nous avions la preuve absolue des tueries qui se produisaient là-bas, nous, Européens, avons débattu et encore débattu et toujours débattu. Nous débattions encore quand, finalement, les Américains ont dû faire des kilomètres pour venir une fois de plus en Europe faire notre travail.Copyright: Project Syndicate 2005.Traduit de l’anglais par Catherine Merlen

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