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    Economie

    Espagne : Les ambiguïtés de la politique "marocaine" de M Aznar

    Par L'Economiste | Edition N°:221 Le 14/03/1996 | Partager

    De notre correspondante à Madrid,
    Pascale BOURGAUX

    Les futures relations économiques, commerciales et financières entre l'Espagne et le Maroc sont l'objet de déclarations d'intention contradictoires de la part du Parti Populaire.


    Un flou artistique entoure toujours la politique que le Parti Populaire (PP), vainqueur des élections législatives du 3 mars dernier, mettra en pratique une fois au gouvernement, en matière agricole, commerciale et de pêche. Il existe une grande différence entre la position défendue dans le programme électoral fortement démagogique, voire même "nationaliste défensif", et les confidences des dirigeants du parti conservateur qui tiennent un discours beaucoup plus modéré.

    Programme démagogique

    Au chapitre de la "Politique Agricole Commune", le Parti Populaire propose: "L'introduction de meilleurs mécanismes pour sauvegarder nos produits agricoles, d'élevage et de la pêche, entre autres le principe de préférence communautaire face à l'entrée dans l'Union Européenne de certains produits de pays tiers qui bénéficient de conditions plus favorables que les mêmes produits de ses propres pays membres".
    Sans faire clairement allusion au Maroc, le texte évoque de manière implicite les tensions de l'année dernière entre les deux pays riverains, et les arguments brandis par les pêcheurs et agriculteurs espagnols contre l'entrée des fruits, légumes et poissons marocains.
    Le PP revient à plusieurs reprises sur le problème de la pêche et s'en prend surtout aux normes communautaires: "Le gouvernement du PP maintiendra une ferme défense extérieure de nos intérêts en matière de pêche pour obtenir la pleine, totale et effective intégration du secteur espagnol dans la politique de pêche communautaire, dans les mêmes conditions que les autres pays de l'Union Européenne".

    A plusieurs reprises, nous avons essayé de savoir jusqu'où le PP est disposé à aller: le nouveau gouvernement compte-t-il remettre en question l'accord communautaire de pêche? Fera-t-il de la protection des fruits et légumes espagnols un casus belli lors de la proche conférence intergouvernementale sur la réforme du Traité de Maastricht? Rodrigo Rato, homme de confiance de Aznar, et potentiel futur ministre de l'Economie, s'est montré très vague: "l'accord de pêche, nous ne pouvons pas y toucher puisque c'est un accord communautaire", a-t-il déclaré à la fin d'une conférence de presse. Alors qu'en est-il du programme? "On agira là où c'est possible! Nous sommes favorables aux relations commerciales avec le Maroc mais nous ne voulons pas que leurs produits fassent concurrence déloyale aux nôtres... Dans la pratique, on verra ce qu'on peut faire".

    Coopération au développement

    Quant aux investissements espagnols au Maroc, le futur ministre est prudent: "Nous sommes favorables à la présence d'entreprises espagnoles au Maroc et nous encourageons les PME à investir à l'étranger". Les mesures d'encouragement spécifiques pour les entreprises présentes au Maroc ne sont cependant mentionnées nulle part dans le programme, pas plus que les projets économiques qui part dans le programme, pas plus que les projets économiques qui peuvent rapprocher les deux partenaires, entre lesquels il n'est question que de "coopération" et d'"aide au développement". C'est ainsi que dans le chapitre consacré à la Méditerranée, le PP rappelle l'importance du Sommet de Barcelone, et insiste sur le fait que "le Maroc, l'Algérie et la Tunisie doivent être l'objet d'une attention spéciale dans le cadre des relations bilatérales avec les pays voisins du sud-méditerranéen". Mais les axes de cette coopération sont pour le moins ambigus: "l'effort européen et espagnol pour favoriser la prospérité économique de ces pays ne doit pas seulement être compris comme une obligation solidaire, mais aussi et surtout comme un moyen de doter de rationalité économique et d'espoir de progrès, des zones de plus en plus nombreuses et pauvres. Les programmes d'aides au développement devront avoir un caractère préférentiel pour le Maghreb".
    Dans le même chapitre, il est question de l'immigration, du respect des droits de l'Homme et libertés fondamentales, du danger du "fondamentalisme islamique" et du Sahara ("qui doit constituer une préoccupation importante pour la politique extérieure espagnole qui agira dans le cadre des résolutions de l'ONU").

    Instabilité politique

    Il faudra sans doute attendre plusieurs semaines avant que ces points ne s'éclaircissent. Actuellement, les dirigeants conservateurs ont d'autres chats à fouetter. Privé de la majorité absolue (156 sièges soit 20 de moins), José Maria Aznar et son équipe sont obligés de négocier l'appui des petits partis nationalistes catalans (CiU:16 sièges), basques (PNV:5 sièges) et canariens (CC: 4 sièges) pour pouvoir former un gouvernement. Or, ces négociations s'éternisent: les dirigeants catalans de Convergence et Union (CiU) ne sont pas prêts d'oublier les dures attaques du PP pendant toute la législature précédente, précisément à cause de leur soutien à Felipe Gonzalez. Ces affrontements ont non seulement crispé la vie politique, mais aussi sociale, créant un climat anti-catalan généralisé. Aujourd'hui, malgré certaines différences idéologiques de taille (le processus de décentralisation, la politique linguistique, etc...), PP, CiU et PNV étudient pas à pas le futur rapprochement, qui est par ailleurs vivement souhaité par toutes les organisations patronales de Madrid et Barcelone. En effet, après la baisse historique de la Bourse au lendemain des élections, les cercles économiques et financiers verraient d'un très mauvais il que l'instabilité politique se prolonge plus longtemps.

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