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    Economie

    Entretien choc avec M Lamine Benomar, ministre de la Population : "Il va y avoir un débat fort sur les équilibres"

    Par L'Economiste | Edition N°:237 Le 04/07/1996 | Partager

    L'avant-projet de plan pose inévitablement la question des moyens. Le débat va s'engager entre les partisans des équilibres et de la rigueur et ceux de la relance à tout prix. Lamine Benomar défend farouchement les premiers


    - L'Economiste: Qu'appelez-vous "croissance volontariste"?
    - M. Lamine Benomar: Nous sommes dans une situation économique difficile, donc toute action de progrès et de croissance ne pourra être que volontariste. Avec une croissance telle que nous l'avons connue ces dix dernières années, il va être difficile de rattraper la pression démographique. Aussi faut-il une économie assez solide et une croissance forte et durable, capable de supporter cette pression et faire face à une concurrence internationale de plus en plus grande.

    -Comment peut-on interpréter que "la préservation des équilibres fondamentaux n'est pas une fin en soi" dans l'avant-projet de plan?
    -Les avis divergent. Est-ce que la préservation des équilibres fondamentaux est une fin ou un moyen? Certains affirment que ce n'est pas le moment de se préoccuper des équilibres fondamentaux. Travaillons sur le développement, quittes à déraper un peu pour atteindre à la fin les équilibres nécessaires. D'autres estiment, bien au contraire qu'il faut porter une attention particulière aux équilibres. Les risques de dérapage sont latents et compromettront le développement. Notre économie n'est pas assez puissante pour financer un déficit de 3 à 4%.

    - Quel est votre avis en tant que planificateur?
    - Ce que nous préconisons, c'est de maintenir les équilibres financiers macro-économiques. Tout dérapage, notamment au niveau budgétaire, serait très préjudiciable à nos finances publiques et risquerait, non seulement d'alourdir notre dette, mais gênerait à coup sûr le financement des entreprises privées. Il n'en reste pas moins que le débat va se situer à ce niveau avant de passer aux détails.

    - Pensez-vous qu'un taux de croissance des importations de 4,2% permettra de stabiliser les recettes douanières?
    - La baisse des droits de douane entraînera inéluctablement une augmentation des importations, donc des recettes. L'essentiel est de se maintenir au niveau actuel, à savoir entre 15 et 20% des recettes de l'Etat.

    Trouver de nouveaux contribuables

    - La fiscalité est jugée déjà très importante, pourtant les taux de croissance des impôts tournent autour de 8%. Il est prévu d'élargir la base, à qui pense-t-on?
    - Le poids de la fiscalité au Maroc n'est pas plus élevé que celle des pays à croissance et économie similaires. De plus, ces taux sont en baisse constante. Nous sommes passés de 24% en 1990 à 22% actuellement et nous pensons parvenir à 19% en 2000. Evidemment, moins d'impôt impliquera plus d'épargne. On doit y gagner. Mais il faut aussi élargir l'assiette, trouver d'autres contribuables, réduire ou enlever les exonérations. Chaque citoyen doit payer ses impôts. Il faut également combattre la fraude et l'évasion fiscale aussi bien par des moyens répressifs que par des moyens éducatifs.

    -Les investissements directs sur lesquels vous tablez sont-ils des transferts de capitaux ou de l'investissement direct par la création d'entreprises?
    - Sur les deux, nous sommes preneurs de tous. Evidemment, nous avons tendance à préférer l'investissement direct. Il présente l'avantage de faire baisser l'encours de la dette et de permettre des transferts de technologie tout en favorisant la création d'emplois directe.

    -Comment allez-vous opérer pour accroître les transferts RME sachant que vous vous adressez aux 2ème et 3ème générations dont les mentalités ont complètement changé?
    - Il est vrai que les attaches ne sont plus les mêmes et qu'il y a un changement de mentalités. A part les transferts eux-mêmes, nous pouvons y voir un réservoir d'investisseurs.

    - Le rôle de l'Etat change, il se privatise. Le secteur privé devra jouer un rôle moteur, pensez-vous qu'il va suivre?
    - Non, l'Etat ne se privatise pas. A une certaine époque, il fallait que l'Etat intervienne pour créer l'entreprise, les Marocains n'étaient pas des entrepreneurs dans le sens moderne. L'Etat se devait de créer un tissu industriel et commercial et moderniser son agriculture. Seul l'Etat pouvait le faire. Maintenant, il est clair qu'une entreprise entre les mains de fonctionnaires est moins performante qu'une entreprise entre les mains du privé.
    Tout ce qui est commercial et industriel non stratégique, tout ce qui est supposé laisser un bénéfice sans pour autant être considéré comme un service public ne doit pas être gardé entre les mains de l'Etat. L'Administration doit vivre pour le privé et non comme le privé. Lorsqu'il réclame une rémunération des services rendus, c'est pour aller vers la vérité des prix. C'est une façon d'élargir les recettes.

    Propos recueillis par Fatima Mossadeq

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