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    Entre les grèves et les grandes concertations : OCP: Les difficultés du dialogue social in vitro

    Par L'Economiste | Edition N°:221 Le 14/03/1996 | Partager

    La CDT organise deux jours de grève à l'OCP, alors que M. Mourad Chérif veut briser le silence avec les syndicats. Sur la table des négociations, des mesures en faveur du logement, problème social encore plus sensible que les salaires. La plus grande entrepris du pays veut montrer la voie d'un dialogue social constructif, mais prend les risques de l'ouverture.


    M. Mourad Chérif est quelque peu amer. Lui qui voulait faire de l'OCP un laboratoire pour le dialogue social a vu son ouverture vers les syndicats perturbée par deux journées de grève lancées par la CDT, syndicat majoritaire, pour les 13 et 14 mars.
    Le directeur général de l'Office Chérifien des Phosphates voulait rompre la guerre froide, le "non face-à-face" instauré pendant les années Karim-Lamrani.
    Aussi, 76 réunions ont été tenues dans le cadre d'une "commission du dialogue social", entre des directeurs et tous les syndicats: CDT (62% des délégués du personnel), UGTM (7%), SNP (8%), UMT et les "sans affiliation" (23% des délégués). "Les réunions c'est bien, mais ça ne se mange pas", ironise M. Houcine Kafouni, secrétaire général du syndicat CDT des phosphatiers. "Nous voulons des résultats concrets sur tout un cahier revendicatif, qui comporte des revendications de salaire, de logement, de liberté syndicale, de gestion d'oeuvres sociales". Il déplore que les directeurs désignés pour ce dialogue social se refusent à établir des PV de réunions, des protocoles d'accord, banals dans la plupart des entreprises, mais encore tabous à l'OCP: "Ce serait nous reconnaître ou constater le manque de résultats concrets de ces réunions",continue-t-il.

    Une grève politique?

    Et pour donner plus de force à sa revendication, la CDT exhibe lors d'une conférence de presse (voilà le syndicat dans l'ère de la communication!) le dahir du 29 juillet 1960, fixant la composition du conseil d'administration de l'OCP: ministres, représentants du BRPM, de l'ODI et "représentants du personnel de l'Office désignés dans les conditions qui seront fixées par décret". Ce que l'on attend toujours. Ce n'est pas M. Karim-Lamrani, du temps où il était Premier ministre, qui aurait signé ce décret pour retrouver quatre syndicalistes dans son Conseil.
    Les anciens directeurs de l'OCP, qui résistent à l'ouverture aux syndicats, craignant l'escalade des revendications, une remise en cause de l'autorité et de la discipline, trouvent ici des arguments.
    Ils accusent la CDT de mener une grève "politique", dans la ligne du parti qui lui est lié, l'USFP, et qui voit la perspective d'alternance reléguée au second rang. L'UGTM et l'UMT ne se joignent d'ailleurs pas au mouvement. Grève politique? M. Kafouni s'en défend: "on ne rejoint pas la grève pour le plaisir, surtout quand les jours de grève sont prélevés sur les salaires. Et puis, le personnel, plus instruit, ne s'arrête que lorsqu'il sait pourquoi". Puis, pour montrer l'indépendance des phosphatiers par rapport à la centrale, il rappelle que son syndicat a été créé en 1976, avant la CDT en 1982. De toute façon, il continue ses débrayages, commencés en 1995, tant qu'il n'obtiendra pas des mesures concrètes à annoncer à ses troupes.

    M. Mourad Chérif, de son côté, continuera son dialogue social, quelles que soient les difficultés. L'ancien ministre des Finances a connu la formule au plus haut niveau. Il ne peut donc ignorer la dimension politique de son action et se réfugier dans un management savant. "On ne peut se lancer dans des stratégies commerciales innovatrices, comme l'alliance avec Prayon, restaurer la confiance dans l'OCP, de l'Etat et des banques et laisser l'élément humain marginalisé", dit-il en substance. "L'idéal est d'arriver à des contrats de progrès". Il n'oublie pas qu'il est à la tête de la plus grande entreprise du pays, employant 28.000 personnes. Toute expérience qui y réussit peut servir d'exemple, dans les autres entreprises, voire au niveau national. L'OCP peut donc servir de laboratoire avec tous les risques de l'expérimentation.

    Les mines créent les villes

    Mais M. Mourad Chérif est aussi un ingénieur des mines qui a commencé sa carrière sur les sites d'exploitation. Là, il a constaté toute l'importance du logement, les mines n'étant pas créées dans les villes, mais là où il y a des minerais.
    Les entreprises doivent créer toute l'infrastructure, notamment le logement, le commerce, les loisirs, la santé Les ouvriers entièrement pris en charge s'y habituent. A leur retraite, à 50 ans s'ils ont 30 ans de service, et à 55 ans au maximum, ils ont la hantise de se retrouver à la rue.
    Aussi le logement sera-t-il la priorité de la troïka chargée du dialogue social à l'OCP. M. Traki, directeur des marchés, se voit confier cette mission supplémentaire. Avec lui, M. Reghaye, un autre directeur, rompu au social par la gestion de la formation du groupe, et M. Nouiga, directeur des Ressources humaines, venu de l'exploitation, du terrain. Une organisation matricielle est mise en place.
    Et dans ce cadre, le dossier logement, normalement géré par la DRH, sera confié à M. Jamaleddine. Celui-ci avait travaillé 10 ans aux Etats-Unis avant d'entrer à l'OCP; il finit directeur de la société de transport (SOTREG) et donc loin du logement. A 6 mois de la retraite, il ne risque pas de manipuler le dossier dans l'intérêt de sa carrière. M. Jamaleddine aura la responsabilité de faire avancer le dossier logement, d'en être le catalyseur. Il devra travailler, en transversal avec les services en place, sans remettre en cause leurs prérogatives.
    La CDT reconnaît, du bout des lèvres, les acquis, mais les estime insuffisants tant qu'ils ne sont pas généralisés.

    Un fief comme l'ONE

    La même contestation prévaut sur les concours internes: ils ont permis la promotion de 4.000 agents sur les 14.000 candidats qui se sont présentés. L'OCP a dû organiser pour cela 119 jurys et a dû verser les augmentations en conséquence: "C'est avant tout le mérite et l'effort de l'agent, clament les syndicalistes. Il ne faut pas croire que ce sont 4.000 sur 28.000 qui changent de statut chaque année. Ce sont souvent les mêmes qui grimpent l'échelle de la promotion. Mais il faut aussi améliorer le sort des autres".
    La défense des plus faibles reste un bon argument pour un syndicat, tout comme le social.
    Sur ce plan, la CDT réclame la gestion des oeuvres sociales, à l'instar de l'ONE, et la gestion tripartite de la caisse de retraite interne (qui sert 16.000 retraités), selon le modèle CNSS. Allusion est faite au confrère UMT, confortablement installé dans ces deux maisons, même s'il s'en lave les mains. La CDT semble donc chercher son fief dans un grand organisme public, et l'OCP est le terrain rêvé. "Rassurez-vous, on ne cherche pas une grosse mamelle à téter. Nous nous devons de veiller à nos fonds et le personnel veillera à nos actes. Quant à la CNSS et l'ONE, nous n'abandonnerons pas la lutte pour y entrer", annonce M. Kafouni, qui a tout son temps pour ces batailles, depuis qu'il a pris une retraite active.

    Khalid BELYAZID


    Les mesures pour le logement


    Le logement est passé devant les augmentations de salaires dans toutes les revendications, tant il est devenu difficile de se loger, pendant sa carrière et surtout après.La CGEM et l'UMT réclamaient l'utilisation des surplus de la CNSS au logement social.
    Puisque "la mine crée la ville", le logement est donc la priorité du "dialogue social" ouvert à l'OCP. Les réunions avec les syndicats ont d'abord permis de lister les voies d'accès à la propriété et d'aide de l'entreprise: prêt hypothécaire, lotissement, construction, développement économique, développement de l'épargne. Puis il a fallu trouver des mesures pour chaque formule.
    Le prêt logement existait, il a fallu revoir le montant et la procédure. Ceci, car des demandes qui étaient parfois retenues ne recevaient pas suite: un ouvrier, pour des raisons de charge familiale peut être prioritaire, mais ne pas avoir d'apport personnel. "Au total, 200 à 230 prêts sont accordés chaque année: pour un nombre cumulé de demandes qui a dépassé les 5.000", indique M. Jamaleddine.

    Pour la cession des logements de fonction, des actions entamées en 1993 seront poursuivies. Au total, 2.490 cessions de logement ont déjà été réalisés sur les 4.938 sont prévues, tant à Casablanca que sur les sites: Safi, Youssoufia et surtout Khouribga. Le prix est modéré (entre 50.000 et 100.000DH) fixé par une commission d'évaluation. Il devrait être nul, car les logements sont amortis, estime la CDT.
    L'acompte est limité à 10% de la valeur d'acquisition, et le paiement peut être étalé sur 12 ans. Au passage, sur les bulletins de paie, l'indemnité de logement ont été augmentées pour aider au remboursement ou aider ceux à qui la possibilité n'est pas ouverte. Elle varie désormais de 100 à 310 DH par mois.
    Outre les logements de fonction, il y a la cession de lot de terrains, politique entamée en 1993. Ici, 2.032 cessions sont prévues et 1.605 sont déjà réalisée. "Le prix d'acquisition du terrain est pratiquement égal au prix d'aménagement, l'acompte limité à 15% de la valeur d'acquisition, et la possibilité d'étalement du paiement sur 36 mois". La commission logement travaille par ailleurs avec le CIH, la BCP et la BMCI pour que le personnel qui contracte des crédits logements auprès des banques puisse payer après l'âge de la retraite (50 ou 55 ans), et jusqu'à 60 ans.

    Outre le logement, les nouvelles mesures concernent l'augmentation de l'indemnité de transport de 150 à 180DH par mois, l'octroi d'une prime exceptionnelle en décembre 1995 pour tout le personnel qui équivalait à 2,5% du salaire annuel.
    Il y a eu aussi l'instauration d'une prime de rendement pour 7.779 agents qui a été de 70 à 350 DH par mois pour les ouvriers et 160 à 850DH pour la maîtrise. L'allocation forfaitaire de congé varie de 110 à 750DH suivant les catégories.. "Injuste", s'écrie un syndicaliste égalitaire, "elle doit être la même pour tout le monde".
    Au total, et si l'on inclut les ajustements de salaires consentis aux 4.000 promotions, le coût annuel des dernières mesures est évalué par l'OCP à 143,4 millions de DH. "Nous avons plus fait pendant l'année passée que pendant les quatre années précédentes".
    L'évaluation de la CDT s'arrête à 70 millions de DH. Le syndicat estime entre 500 et 600 millions de DH le coût de ce qu'il réclame.

    Khalid BELYAZID

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