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    Politique Internationale

    Economie souterraine : Les ramasseurs de carton

    Par L'Economiste | Edition N°:1 Le 31/10/1991 | Partager

    Se sentant parias de la société urbaine, les ramasseurs de carton jouent pourtant un rôle économique et écologique important. Leur nombre est inconnu car il s'agit d'une population fluctuante, qui vient au ramassage parce qu'elle n'a pas trouvé où s'employer.Le produit de la collecte est concentré au niveau de "grossistes" installés dans des dépôts. Cette collecte demande plus de soins qu'on ne l'imagine et toutes proportions gardées, l'amélioration du produit exige des investissements bien précis...


    ADOPTANT un profil bas, poussant d'une seule main leurs charrettes, guettant d'un il vigilant les petits coins des immeubles et autres emplacements d'ordures, ils ratissent quotidiennement, d'une manière systématique, tout ce qui peut avoir une relation avec l'industrie du carton et du papier, à telle enseigne qu'ils fouillent les poubelles de leurs propres mains.
    Ils s'abattent, par vagues successives, sur les artères du centre ville et les quartiers résidentiels en début de soirée, avant le passage du camion communal. Ils travaillent en silence à l'écart des passants.
    Les ramasseurs de carton n'aiment pas que l'on s'intéresse à eux, mais ils collectent entre 40 et 150 kg de carton par jour, avec des horaires très variables, en jouant parfois des relations personnelles établies parmi le personnel des usines.

    Mal vus mais de bonne foi...


    «Que Dieu vous aide. Evitez-moi ça. Je ne vous répondrai pas... que Dieu vous aide».
    Le ton de la voix est timide. Le jeune ramasseur saisit un morceau de carton, le jette dans sa charrette puis s'éloigne rapidement.
    C'est vrai... depuis que la chaîne 2MI a consacré une de ses émissions au «ramassage d'ordures», les récupérateurs de carton, de pain sec et de bouteilles n'en reviennent pas. Paradoxalement ils se sont senti directement visés et, peut-être, même humiliés.
    «C'est un métier mal vu» constate avec amertume Ismaïl, 28 ans, qui, il y a quelques mois, travaillait comme plâtrier sur un chantier avant de devenir chômeur, à la fin des travaux.
    Ce sont des personnes pratiquement illettrées qui s'emploient au ramassage, pour fuir le chômage et survivre. Certains sont des immigrants ruraux qui se sont retrouvés à Casablanca sans ressources après avoir travaillé pendant 3 mois dans le bâtiment, le temps de la construction d'un immeuble. Dans d'autres cas, ce sont des natifs de Casablanca qui n'ont pu s'intégrer à cause d'une enfance misérable, d'un vécu dramatique au fond d'un bidonville... Mustapha est orphelin de mère. Il vit avec son père et sa belle mère, alors que Fatouma, elle avoue n'avoir jamais vu ses parents.

    Agissant dans la solitude, les ramasseurs sont sensibles au moindre regard curieux ou méfiant jeté dans leur direction par un quelconque passant. Il est vrai que le sentiment général qui prévaut chez les gens tend, sinon à l'hostilité, du moins à la méfiance, comme en témoigne les propos tenus par Brahim, un simple citoyen qui avance que le ramassage du carton «est un métier qui nourrit la petite délinquance. Ce sont peut-être des voleurs déguisés ou des drogués...».
    Pourtant, la réalité révèle qu'il s'agit dans la plupart des cas de personnes certes, rejetées par la société, mais quand même animées d'une bonne foi. Mustapha, 25 ans, célibataire, habite aux carrières de Hay Mohammadi et vit depuis dix ans de ce métier. De bonne mine, le visage souriant, il se déclare satisfait de son métier et souhaite que Dieu lui «octroie la Baraka» dans sa vie. Même sentiment chez Fatouma, une vieille femme dont les rides profondes contrastent avec la jeunesse d'esprit. Elle aussi se déclare satisfaite et rend louange à Dieu et aux bonnes âmes. Les responsables des ateliers de confection lui gardent chaque jour une partie des déchets issus de la coupe, et des filets de carton. La récupération du carton et de ses dérivés obéit à la règle de la gratuité. Particuliers, restaurants, imprimeries et ateliers de confection sont ainsi les principaux pourvoyeurs des ramasseurs.

    Rendements très variables


    Les horaires de travail sont fonction du lieu d'investigation et de son importance économique. Ainsi, Mustapha travaille chaque jour de 7 heures jusqu'à 14 heures car il opère dans un secteur industriel. Par contre, les ramasseurs du centre ville ne commencent leur travail que le soir en raison de la prédominance des activités de restauration et de commerce.
    Les moyens nécessaires pour le ramassage sont : la force du travail et la charrette, outil indispensable pour la récupération du carton.
    Faite de tiges métalliques espacées, la charrette est souvent couverte d'un morceau de plastique blanc, bien épais que les ramasseurs appellent «chlifa». Elle coûte 100 DH et permet de protéger le carton récupéré contre la déperdition. Mustapha a acheté sa charrette au prix de 250 DH, chez un soudeur et envisage d'acheter dans les prochains jours une «chlifa».

    Le kilogramme de carton récupéré est vendu aux intermédiaires à un prix qui oscille entre 0,25 DH et 0,35 DH à Hay Mohammadi, Mustapha a un revenu quotidien de 40 à 50 DH à raison de 0,35 DH/kg. Fatouma, quant à elle, ne dépasse pas 10 DH par jour pour un prix de 0,25 DH/kg.
    Matériau de conditionnement et d'emballage par excellence pour la majorité des produits, le carton est utilisé aujourd'hui par divers activités industrielles, allant de l'alimentation à l'hygiène et la pharmacie.
    C'est un véritable marché dont les enjeux sont à la fois économiques et écologiques. Dans le cas du carton, les ramasseurs sont les premiers acteurs du processus de récupération sans pour autant être les principaux bénéficiaires. Les intermédiaires qui ont l'avantage de posséder des dépôts, profitent de la situation pour imposer des prix ridicules qui n'offrent pas aux ramasseurs les possibilités d'évolution matérielle. Certes, il y a des ramasseurs qui ont pu grimper les échelons du marché et devenir à leur tour des intermédiaires.
    En tout cas, on n'aime pas du tout les visites de journalistes dans les dépôts...

    Abdelkhalek ZYNE

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