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    Dounia Hôtels: L'histoire du colosse aux pieds d'argile

    Par L'Economiste | Edition N°:310 Le 25/12/1997 | Partager

    «On ne gère pas un empire comme une épicerie familiale». Ce commentaire acerbe d'un hôtelier réagissant à l'annonce du déclenchement par le CIH de la procédure de mise en possession de la chaîne Dounia-Hôtels est en lui-même révélateur.


    Le président du groupe Dounia Hôtel, M. Abdelhadi Alami, n'a pas bonne presse auprès de ses pairs dans l'hôtellerie. «Le moins que l'on puisse dire est qu'il s'est mis tout le monde ou presque à dos», regrette un opérateur hôtelier. M. Alami est aujourd'hui l'un des hommes les plus en vue du pays, mais aussi l'un des plus endettés. Son groupe doit entre 750 et 800 millions de DH au CIH. Les spécialistes les plus optimistes estiment que, même en faisant jouer l'hypothèque, la banque ne pourra que difficilement récupérer l'intégralité de sa créance. Heureusement qu'elle peut toujours se retourner vers les garanties personnelles.
    Inspecteur des Finances en 1965, M. Alami, selon ses propres dires, commence sa carrière dans la Fonction Publique, alors que l'Etat se montrait encore généreux avec ses hauts cadres, denrée rare à l'époque. Lorsqu'on l'interroge sur l'origine de sa fortune, M. Alami répond que c'est grâce à la vente d'un terrain qu'il a démarré. Pour lui, ce qui a été déterminant, c'est le rachat des propriétés foncières et immobilières de la famille Elie Rotchild à Casablanca-Aïn Sebaâ et Marrakech. Et c'est grâce au produit de cession de ce patrimoine, dix à quinze ans plus tard, qu'il financera la croissance du groupe Dounia-Hôtels et des activités constituées autour de ce pôle d'hôtellerie, à savoir le BTP, la presse et la formation. Mais la largesse des pouvoirs publics qui ouvraient les robinets du crédit dans les années 70 et 80 est sans doute pour beaucoup dans l'ascension du président de Dounia-Hôtels.

    Avec le recul, il s'est avéré que bien des promoteurs avaient initié des projets sous le standing de 4 étoiles, qui se sont transformés par la suite en 5 étoiles, une fois achevés. L'artifice consistait à contourner l'inéligibilité des 5 étoiles au code des investissements. Plusieurs hôteliers ne se sont pas privés d'utiliser ce détour. C'était un premier motif d'irritation des pouvoirs publics à l'endroit du groupe, avant la tentative en 1992, de reprendre à bon marché les hôtels privatisables dont le groupe avait la gérance.
    Dounia-Hôtels, le groupe créé par M. Alami il y a plus de vingt ans (en 1976 exactement) et dont il risque de perdre le contrôle cette semaine (voir ci-dessus), croule sous les dettes. De sources bien informées, la chaîne américaine Westin a des chances de reprendre la gestion du complexe du Palais des Congrès de Marrakech, constituant la partie la plus connue du pôle hôtelier du groupe de M. Alami. Les dirigeants de cette société sont attendus entre les 7 et 8 janvier prochains pour reprendre langue sur ce projet. Même si pour l'heure, sur le site Internet de Westin, Dounia-Hôtels ne figure pas encore dans la liste du programme de développement de la société américaine. Le groupe Dounia-Hôtels avait été constitué avec la marque PLM avec un capital d'un million de DH et un noyau dur de cadres ayant quitté Maroc Tourist. A sa création, et selon M. Alami, ce groupe avait un tour de table prestigieux composé de la BCM (17%), PLM devenu Wagon-Lits (34%) et M. Alami lui-même, à hauteur de 43 %. Depuis, il a racheté les parts de Wagon-Lits et de la BCM, ce qui a porté son contrôle à 99%(1) .

    La construction du complexe du Palais des Congrès à Marrakech devrait donner une envergure et une place spécifique au groupe du fait des «services que le Palais rend au pays». Mais cela ne s'est pas passé ainsi.
    Au lendemain de la guerre du Golfe et de la sévère crise qui a sévi dans le tourisme, le CIH mit en place un plan de rééchelonnement de la dette hôtelière. M. Alami comme d'autres débiteurs jugent la proposition de la banque spécialisée "pas assez ambitieuse". Le président de Dounia-Hôtels traîne les pieds avant de signer l'accord de rééchelonnement en juillet 1996. Un peu moins de huit mois après, retour à la case départ. Selon le CIH qui s'exprimait officiellement, M. Alami "n"a pas remboursé un centime depuis février 1997". Parallèlement, au printemps dernier, des négociations entre Dounia Hôtels et Accor étaient très avancées pour qu'un accord de principe soit soumis aux autorités marocaines, en particulier pour trouver une formule de règlement pour l'énorme dette de Dounia Hôtels. Mais le patron de Dounia-Hôtels avait fait volte-face publiquement à la dernière minute. Le groupe français qui avait même procédé à la nomination de directeurs avait alors dû se replier.

    Abashi SHAMAMBA

    (1) Cf L'Economiste du 1er juillet 1993.

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