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    Donnez-moi cet argent que je ne saurais investir

    Par L'Economiste | Edition N°:298 Le 02/10/1997 | Partager

    Européens et Marocains ne sont pas satisfaits des instruments d'aide aux entreprises mis en place. Les uns mettent en cause la bureaucratie européenne, les autres avancent des dysfonctionnements structurels de l'économie marocaine. Pendant ce temps, les fonds accordés au Maroc dans le cadre du programme MEDA trouvent toutes les peines du monde à être convertis en projets viables.


    "Nous sommes là pour aider la mise à niveau des entreprises, mais pas en distribuant de l"argent à tout bout de champ», M. Lucio Guerrato, chef de la délégation de la commission européenne à Rabat a des idées bien précises sur la véritable mission de sa délégation. Avec son franc-parler habituel, M. Guerrato a voulu couper cours à l'idée qui commençait à germer dans certains esprits et selon laquelle la manne financière européenne serait intarissable et qu'il suffisait de lever le petit doigt pour être servi: L'argent ne manque pas, mais c'est son utilisation efficiente qui fait défaut. "J'ai un budget global de 535 millions d'Ecus dans le cadre du programme Méda pour 1996, 97 et 98. Une tranche supplémentaire est prévue pour l'exercice 1999. Cet argent du contribuable européen est placé sous notre responsabilité et nous devons en faire bon usage", affirme le chef de la Délégation européenne.

    Le Maroc est considéré comme un grand receveur parmi les 12 partenaires méditerranéens de l'Union Européenne pour un budget global Méda de 4,7 milliards d'Ecus (1Ecu= 10,73 DH). Sur les 450 millions accordés au Maroc, 275 sont alloués à l'appui de la transition économique du pays à travers les mesures d'ajustement structurel et d'aides aux entreprises, 175 millions sont consacrés à des actions d'appui pour un meilleur équilibre socio-économique (programme de développement rural intégré, santé de base , éducation...) et les 3 millions restants sont prévus pour les études, l'assistance technique et les évaluations.
    Au moment de la fixation de ces montants, un sentiment d'insatisfaction mêlé de mécontentement s'est dégagé chez certains responsables et hommes d'affaires marocains. Pour eux, le Maroc méritait davantage de fonds et plus d'attention: l'argent débloqué ne pouvait en aucun cas satisfaire la totalité des besoins des secteurs privé et public marocains.

    Concevoir c'est rien, exécuter c'est tout


    "A l'époque un esprit de concurrence s"est installé et des conflits se sont produits entre certains ministères pour se partager le gâteau", indique M. Guerrato, tout en précisant que la décision prise par le Ministère des Finances concernant la budgétisation des fonds par l'Etat était très courageuse et a permis de réduire l'appétit des prétendants aux crédits.
    Dans l'esprit du responsable européen, il est maintenant clair que l'argent ne peut être alloué que pour des projets précis, viables et bien ficelés. Ceci est valable aussi bien pour le privé que pour le public. Une certitude acquise suite aux graves difficultés de certains projets de financement, notamment celui du Crédit Chamal, d'un montant global de 7 millions d'Ecus, et qui n'a pas pu réaliser toutes les espérances placées en lui. "Nous avons prévu au départ un taux de perte de 20%. Au décompte final, l'addition s'est avérée plus corsée".

    Pour M. Guerrato, ce résultat inattendu s'expliquerait par une gestion défaillante des projets retenus. "L'argent a été parfois donné à des gens inexpériementés, qui n'ont aucune assise financière et qui n'ont bénéficié, de surcroît, d'aucune assistance technique". Le bémol de l'histoire: un précédent fut créé et les bailleurs de fonds ont appris à leurs dépens qu'il faudrait désormais être plus pointilleux quant au choix des projets d'investissement. «On ne peut éviter l'erreur, mais on peut toujours l'utiliser»
    "Mettre en exécution les projets est terriblement difficile. Le travail de terrain se trouve parfois retardé par des paramètres incontrôlables". En homme d'expérience, M. Guerrato sait parfaitement ce qu'il dit. "Le projet doit être élaboré comme un tout et en symbiose avec son environnement; L'exemple de l'aménagement rural intégré dans le Nord est à cet égard très édifiant". D'un montant global de 25 millions d'Ecus, le projet fait intervenir trois types d'actions: l'aménagement des massifs, l'aménagement forrestal et l'aménagement hydro-agricole.

    La culture du coup


    "Le projet en lui-même est fort intéressant. Mais il fallait créer un cadre très complexe d"exécution ainsi qu'un suivi permanent". Ce genre de projet suppose en effet une implication totale de la part des responsables des départements ministériels régionaux et surtout une adhésion des villageois qu'il s'agit de convaincre du bien-fondé de l'investissement ou d'essayer de trouver avec eux le meilleur moyen de leur faire payer ce type de prestations.
    Les prochains financements seront consacrés à la restructuration du secteur de la santé (20 millions d'écus) et à la promotion des microcrédits (5 millions).
    "Le privé est une autre paire de manches. Les entrepreneurs marocains, pour la plupart, sont obnubilés par l'idée de faire le coup de la vie. Un entrepreneur qui se respecte ne peut pas se permettre ce genre de raisonnement". De l'avis de M. Guerrato, la gestion des crédits accordés au secteur privé serait plus problématique et d'une nature totalement différente. "Les bénéficiaires sont des sujets nouveaux pour nous. Cela a pris du temps pour nous y habituer et pour établir des règles de conduite".
    Il est un instrument dont on attend beaucoup de part et d'autre, mais qui n'a malheureusement pas encore démarré ses activités: le Centre Euro-Maroc de l'Entreprise de Casablanca. Prévu normalement pour septembre 1996, le Centre se cherche jusqu'à ce jour pour déterminer la nature exacte de son activité et le moyen optimal pour réussir sa mission.

    Pendant ce temps, les prérogatives du Centre ont subi un toilettage et connu une nouvelle orientation. Le rôle du Centre serait de contribuer à la mise à niveau des entreprises marocaines, en prévision de la zone de libre-échange. En des termes plus clairs, le Centre aidera les PME à diagnostiquer leur potentiel de production, leurs opportunités commerciales et leurs besoins. M. Langstaff, responsable du Centre, devra alors proposer les noms de quelques experts, les mieux indiqués, pour apporter conseil et assistance. La décision finale reviendrait à M. Guerrato qui fixera par la même occasion le montant de la rémunération. Le Centre va commencer cette année à engager des contacts avec les entreprises pour ne démarrer réellement son activité et tourner à plein régime qu'au début de l'année prochaine. "Notre objectif est d'en faire un instrument au service de l'entreprise et de le consigner au bout de cinq ans aux Marocains qui pourront le gérer alors comme une société privée d'audit et de conseil", affirme M. Guerrato, qui pense par ailleurs que le secteur privé marocain a certes besoin de ce genre d'instruments, mais ce dont il a le plus besoin, c'est une restructuration profonde d'entrepreneurs efficaces et organisés au sein d'associations professionnelles, d'une main-d'oeuvre qualifiée et surtout de projets industriels bien ficelés.

    Que préconiser alors? Deux lignes de crédit vont être accordés par la Délégation européenne pour la promotion du secteur privé marocain: un prêt de 30 millions d'Ecus pour la formation professionnelle et un projet de création d'un fonds de garantie. A côté de cela, une action devrait être menée auprès des banques pour les inciter à s'impliquer davantage dans des projets industriels et prendre plus de risques dans ce domaine. «La mise à niveau de l'industrie marocain est une affaire marocaine avant tout. Il faudra créer de véritables projets industriels, des opérateurs performants, un système de crédit approprié. Nous apprenons chaque jours», conclut M. Guerrato.

    Salim LAHJOMRI

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