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    Politique

    Des médias «boxeurs» s’affrontent sur le ring de la migration

    Par L'Economiste | Edition N°:2175 Le 20/12/2005 | Partager

    . Le nord et le sud de la Méditerranée s’échangent des coups. Bagarre médiatique au nom de l’honneur et de la mère-patrie. Au final, qui a gagné?Deux événements ont remis le rôle des médias dans le traitement de la question migratoire au-devant de la scène: les évènements de Sebta et Mellilia où des centaines de clandestins ont forcé les grillages des deux villes, et la crise des banlieues en France déclenchée suite à la mort accidentelle de deux adolescents issus de l’immigration. Il fallait un drame, un accident, une crise politico-diplomatique pour que les médias remettent les projecteurs sur les migrants. Pour le cas de Sebta et Mellilia, des équipes de journalistes ont été dépêchées au Mali, au Sénégal et au Maroc pour rapporter le drame humain à son origine.Pourtant, depuis de nombreuses années, des dizaines de clandestins meurent pratiquement chaque jour dans les pateras, sur les côtes de Gibraltar, de Fuenventura, de Lampedusa et de la Sicile. Pour ceux-là, le traitement médiatique était conjoncturel. Parfois, il y a eu quelques grandes enquêtes mais le drame est tombé dans la banalité au point que plusieurs médias se limitaient et se limitent toujours à rapporter le nombre de morts et les PV de la gendarmerie marocaine ou de la Guardia civile. Une grosse perte humaine, comme une grosse saisie de drogue, est tout juste signalée en ouverture du journal. Il est vrai que l’essence même du journalisme est de répondre à la question: Quoi de neuf? Ce qui fait qu’il est difficile de suivre constamment un sujet aussi complexe que la migration clandestine. Mais la focalisation sur les images-chocs des pateras a engendré des conceptions erronées. L’opinion publique croit à tort que le gros contingent de clandestins est fourni par ces embarcations de fortune. Ce n’est pas vrai. Les ports et les aéroports restent le principal canal d’acheminement.Même le langage utilisé véhicule une notion sécuritaire triomphaliste. Dans la presse marocaine, des expressions comme «coup de filet», «chasse à l’homme», «opération de ratissage» reviennent souvent dans les articles éludant la dimension humanitaire de ce drame.La crise de Sebta et Mellilia a radicalement changé la donne. Jamais la presse n’a été aussi mobilisée avec des positions aussi antinomiques. Un journal de la ville de Tanger ira jusqu’à qualifier les Subsahariens de «criquets noirs». Des pateras à Sebta et Mellilia, le traitement de la question migratoire n’a pas gagné en maturité, car la presse a joué le jeu des officiels, assumant un rôle d’avocat et passant à côté du vrai problème: la misère et le manque de conditions pour une vie digne en Afrique. Pour Sebta et Mellilia, la «crise» médiatique a connu un rapport de force sans égal entre trois «clans». En premier lieu, les médias du Nord, se plaçant en donneurs de leçons, ont dénoncé la passivité du Sud et le manque de sérieux des pays de passage. En deuxième lieu, les médias du Maroc, pays de transit, ont crié à l’injustice, au manque de moyens et à l’absence d’une collaboration régionale. Certains journaux ont greffé sur le drame des problèmes politiques tel le statut de Sebta et Mellilia et la question du Sahara. . Beaucoup de susceptibilité!Et, en troisième lieu, les médias subsahariens, notamment sénégalais, maliens et camerounais, ont ouvert le feu sur le Maroc en raison d’agissements inhumains qu’auraient subis leurs compatriotes. Le traitement est tombé encore une fois dans «le spectaculaire». Au moment des rapatriements, la télévision marocaine diffusait des témoignages de clandestins avant leur embarquement vers leurs pays. Ces derniers disaient avoir tiré les leçons de leurs mésaventures et semblaient être déterminés à chercher du travail dans leurs pays. Le but médiatique était visiblement de dissuader d’autres candidats. Mais, arrivés à destination, les rapatriés ont changé de discours. Ils se sont déchaînés sur le Maroc par presse interposée. Certains médias subsahariens ont changé de position après la visite organisée spécialement pour eux par les officiels marocains afin de leur expliquer l’état des lieux. Les retombées de cette visite ont été immédiates. Beaucoup de journaux subsahariens sont devenus plus neutres, plus compréhensifs de la situation de ce pays en tant que zone de transit. Signe que beaucoup d’ambiguïtés peuvent être levées par un échange constructif. Un langage de sourd semble dominer la communication Nord-Sud en matière de migration clandestine. Chaque pôle regarde par le petit bout de sa lorgnette et contribue ainsi à multiplier les ghettos médiatiques autour de cette question. On se rejette la responsabilité, passant à côté d’un drame humain qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Le traitement de la migration clandestine demeure un sujet entouré de beaucoup d’incompréhensions et de susceptibilités patriotiques. Tant que ces susceptibilités ne sont pas levées, la presse ne pourra pas jouer son rôle de résistance à ce phénomène. Les médias méditerranéens sont appelés à humaniser et à harmoniser leur approche. Chacun doit avoir à l’esprit que, finalement, l’objectif est de contrecarrer le phénomène de la migration clandestine depuis ses origines. Nadia LAMLILI

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