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    Politique Internationale

    Démographie et développement : Les éléments de la controverse du Caire

    Par L'Economiste | Edition N°:144 Le 08/09/1994 | Partager

    La bombe démographique menace-t-elle le monde ? La croissance de la population est source d'inquiétudes. Partisans et adversaires de la limitation des naissances restent divisés sur l'impact de la fécondité sur le développement économique. Au Caire, les uns et les autres tenteront de poursuivre un débat sans issue.

    Malthus doit encore se retourner dans sa tombe. Depuis son "Essai sur le principe de population" en 1798, le débat sur la démographie et le développement n'a jamais été clos. Les empoignades risquent encore d'être plus chaudes en cette fin de siècle entre les tenants et les adversaires de la limitation de la population mondiale.

    Les hostilités ont repris quelques jours avant la conférence du Caire sur la population et le développement organisée par la Fnuap (Fonds des Nations Unis pour les Activités de Population). Dans son rapport 94, cet organe de l'ONU évoque l'expansion non maîtrisée de la population, le sous-développement endémique, le droit non réalisé des femmes à disposer de leur corps et à réguler leur fécondité, et le poids de la population humaine sur les ressources naturelles.

    Scénario apocalyptique

    A côté de la majorité des pays en développement, les extrémistes religieux (musulmans, chrétiens et juifs) se sont pour une fois ligués afin de battre en brèche les idées prônées par cette instance internationale, soutenue par les pays libéraux et les écologistes, qui tire la sonnette d'alarme. Le monde compte actuellement 5,6 milliards de personnes, la population passera à 8,5 milliards en 2025 et 10 milliards en 2050.

    En Afrique, la population devrait atteindre 1,5 milliard de personnes en 2025, contre 680 millions actuellement. La Terre serait littéralement asphyxiée si on ne prend pas garde à la croissance démographique. Un tableau apocalyptique est ainsi dressé pour justifier un contrôle rigoureux des naissances : famines, migrations vers les régions les plus riches, guerres, épidémies.

    Les néo-malthusiens ne désarment pas. Leur thèse est proche de celle de leur maître pour qui la population croît à un rythme géométrique alors que les moyens de subsistance augmentent selon une progression arithmétique. Si la croissance de la population n'est pas contrôlée, le déséquilibre entraînera une baisse des revenus et la hausse de la mortalité ramènera le niveau de population à son point d'origine.

    En d'autres termes, Malthus disait qu'une "population dans laquelle rien ne vient freiner le comportement matrimonial et sexuel des individus est une population qui demeure constamment misérable".

    Malthus

    La théorie malthusienne, vérifiée dans l'Europe du 18ème siècle, a été par la suite contrariée par la révolution industrielle. D'ailleurs, les recherches économétriques menées par la suite n'ont pas réellement établi une corrélation entre croissance économique et croissance de la population.

    Il est cependant reconnu que la démographie constitue très souvent une grande contrainte. Cependant, certains pays d'Asie du Sud-Est ont pu la surmonter grâce surtout à des politiques économiques pragmatiques.

    De toutes les manières, les deux parties resteront divisées sur le sens de la relation de cause à effet entre la croissance démographique et la croissance économique.

    Une recette miracle pour le développement n'existe pas. Dans le contexte actuel, la démographie ne constitue qu'un bouc émissaire, avancent les adversaires du contrôle des naissances. Beaucoup d'observations empiriques convergent pour confirmer qu'une population en augmentation ne signifie pas un développement économique compromis. Des chercheurs ont même établi que les taux de croissance économique ont été en moyenne plus élevés dans les pays de densité supérieure à 100hab./km2 que dans des pays moins denses. Pour cette école, le développement économique doit initier la baisse de la fécondité mais non le contraire. La solution, préconisent-ils, est d'encourager les pays en développement à augmenter leur niveau de vie. La fixation sur la limitation des naissances n'est donc que pure hérésie. En fait l'idée d'une population limite a toujours évolué. D'un milliard au 18ème siècle, elle est actuellement de 20 milliards. Difficile sinon impossible de déterminer ce que peut supporter la Terre.

    Pour autant, les libéraux s'accrochent à leur vision et, vu leur engagement, le risque est maintenant grand de voir l'aide ou les prêts du FMI aux pays en développement conditionnés par un programme de limitation des naissances. Dans ces conditions, verra-t-on certains pays adopter des politiques contraignantes de limitation des naissances ?

    Opposition religieuse

    La réunion du Caire marque de toute façon la prise en considération de la population comme un élément déterminant de la politique internationale, avec la création probable d'une agence indépendante de l'ONU sur la population au même titre que la FAO, le BIT ou l'OMS.

    Mais, au-delà du débat engagé, c'est le problème de la place de la femme dans les sociétés qui reste posé. Ont-elles le droit de disposer librement de leur corps ? se demande le Fnuap. En d'autres termes, peuvent-elles programmer leurs grossesses ?

    Là aussi, aucun rapprochement d'idées ne pourrait être possible. Le Vatican et les autorités islamiques se rejoignent pour fustiger "la dégradation des valeurs morales et religieuses" que cela pourrait entraîner. Leur cheval de bataille : la défense de la famille et le respect de la vie. Le combat concerne globalement la contraception, le planning familial, la sexualité et l'avortement, principal point de divergence.

    Au demeurant, les discussions engagées au Caire ne sont qu'une partie de l'iceberg. La démographie ne constitue qu'un paramètre mais non le principal déterminant du développement. Il ne suffit pas de freiner les naissances pour rendre l'homme plus riche et plus heureux. Le développement suppose d'autres facteurs, entre autres la réduction des inégalités.

    A.D.N.

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