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    Tribune

    Dédramatisons le champ politique

    Par L'Economiste | Edition N°:227 Le 25/04/1996 | Partager

    par Abdelmoughit BENMESSAOUD*

    L'Economiste se sent à l'étroit, le socio-culturel s'asphyxie et la culture politique des décennies 60 et 70 perdue. Il est grand temps d'approcher le politique autrement.

    Dire que la situation politique est dans l'impasse est désormais un euphémisme. Dire aussi que les réformes s'imposent plus que jamais est une lapalissade. Et pourtant on a l'impression que le Maroc s'est installé depuis quelque temps déjà dans un état d'immobilisation dommageable et dangereux.
    Il faudrait le reconnaître, le pays a atteint un seuil à la fois de maturité et de fragilité; les deux caractéristiques conjuguées feraient naturellement du changement une nécessité impérative. En effet, tous les indices plaident dans ce sens. Mais, malgré cela, il y a quelque chose d'inaudible qui caractérise le champ politique marocain. Un "non -dialogue" de sourds s'y est érigé en règle de conduite Et si "dialogue" il y a, c'est par organes interposés et par le biais de manifestations symboliques ou de forces qu'il existerait Les derniers avatars de cette logique d'incompréhension auraient été la campagne d'assainissement d'un côté et la préparation d'un "printemps chaud" de l'autre. La situation actuelle donne l'impression qu'un canal qui servait d'intermédiaire et de communication a disparu.
    L'Histoire, disait Charles de Baudelaire, ne progresse que par des malentendus. Au Maroc, on dirait que le fameux malentendu est fait pour durer et utilisé comme prétexte pour constituer un facteur et une source d'immobilisme. Et pourtant l'amnistie Royale accordée en 1994 aux détenus politiques et aux exilés, le dernier symbole de cette période heurtée de notre histoire récente, était censée constituer un grand pas pour une nouvelle ère politique. Tout le monde a, en effet, considéré que par la clôture de ce dossier une page était définitivement tournée. Il semble que ce n'est pas encore le cas; en témoignent la persistance du climat de suspicion et le balbutiement des projets de réformes.

    Du malentendu à la convergence

    Tout le monde, ou presque, pensait que depuis cette amnistie Royale venue comme le point d'orgue d'un processus de réformes entamé depuis le début de cette décennie, le politique serait conçu, pratiqué et perçu de la part de tous les acteurs différemment, du moins sans a priori et surtout dégagé de ses pesanteurs historiques Il semble que sur le plan du système de pensée et d'action, nombreux sont ceux qui n'ont pas encore quitté totalement et définitivement les rivages de la culture politique ayant régné durant les décennies 60 et 70.
    Il est grand temps d'approcher le politique autrement; on ne fait pas la politique pour la politique. Normalement on la pratique pour servir la collectivité.
    Il est grand temps d'exorciser dans cette pratique l'idée d'une revanche sur l'Histoire; en s'arcboutant au passé et en faisant une sorte de fixation morbide sur les souffrances et les responsabilités des uns et des autres, on risque de rater encore une fois le coche; et l'Histoire risque de se faire sans ceux qui prétendent et/ou aspirent à lui apporter la tonalité du changement et du progrès.
    Enfin, il importe désormais que tous les acteurs politiques s'évertuent à dédramatiser le champ politique C'est la condition sine qua non d'un déblocage de l'immobilisme actuel seul à même de permettre une véritable avancée dans le processus d'ouverture politique.
    Pour ce faire, un consensus devrait s'établir sur les trois idées essentielles suivantes:
    - Le caractère nécessaire et impératif de la réforme
    - La nature et l'ampleur de la réforme
    - Les acteurs ou les partenaires de la réforme.

    La nécessaire réforme

    Dire que la réforme est nécessaire, c'est aussi un euphémisme. Ce n'est nullement une vue d'esprit; c'est un impératif catégorique, il y va de l'intérêt du pays, de la nation. Tout cela reste vague et il est difficile de le traduire concrètement dans la réalité du terrain. Et pourtant personne ne peut contester l'urgence de cette réforme. La question qui se pose plutôt, c'est de savoir le genre et l'ampleur de la réforme. Elle doit être multidimensionnelle mais surtout et avant tout politico-institutionnelle; assurément, elle ne peut qu'avoir un effet d'entraînement sur le reste. Car au Maroc le politique commande à tout. Mais pas pour longtemps; depuis quelque temps l'économique se sent à l'étroit et le socio-culturel a besoin d'un espace de respiration et d'épanouissement.
    Pour réussir une telle réforme, tout est question de degré; entre le tout maintenant et l'immobilisme régnant, il y a moyen de trouver un terrain d'entente. La difficulté, il est vrai, réside donc dans l'équilibre à trouver entre les possibilités de réformes proposées et les conditions de succès de l'expérience projetée (c'est-à-dire une forme quelconque d'alternance).
    La deuxième condition de la réussite de la réforme est l'adhésion de tous les acteurs à faire l'option, avec profonde conviction et esprit de suite, du changement: le devenir de la nation en dépend.
    De Gaulle disait: "les grands pays le sont parce qu'ils l'ont voulu".
    Veut-on ou non que le Maroc ait un rang dans l'ordre des nations? L'enjeu politique actuel se résume, en partie, en ces termes.

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