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    Economie

    Crise asiatique: Ça va chauffer pour le Maroc

    Par L'Economiste | Edition N°:310 Le 25/12/1997 | Partager

    Moins 30%. Moins 50%... Les pays d'Asie alignent les baisses de leur monnaie respective suite à la crise. Les conséquences sont présentées comme bonnes pour les investissements au Maroc. Est-ce si sûr? Pas du tout.


    Une version de l'analyse des conséquences de la crise asiatique veut que les pays émergents de l'Europe de L'Est et ceux de la Méditérranée ou encore d'Amérique latine profitent d'un report de placement. Autrement dit, les investissements financiers qui ne se feraient plus en Asie iraient automatiquement vers d'autres destinations. Les destinations qu'ils avaient négligées jusqu'ici parce qu'elles n'avaient pas des rentabilités aussi intéressantes qu'en Asie.
    Il n'est pas sûr que les reports soient automatiques. Au contraire. En effet, il n'est pas sûr que l'argent se comporte comme l'eau. L'eau doit se déverser quelque part, car il n'y a pas moyen de la comprimer. L'argent, lui, se comprime de deux manières, avec le taux d'intérêt et avec le taux de change. On peut même combiner les deux et c'est justement ce que font les marchés financiers tous les jours.

    Nous en avons l'exemple sous nos yeux avec l'emprunt d'Etat du Maroc, lancé en septembre. Les 200 millions de Dollars ont du mal à se replacer, malgré la crise asiatique. Certes, les vendeurs expliquent tous les jours à leurs prospects que le risque marocain est inférieur à celui de l'Asie d'aujourd'hui. Mais que répondent les prospects? Ils ne répondent pas que le jeu en vaut la chandelle. Ils répondent que c'est parce qu'ils se sont brûlés en Asie qu'ils ne veulent pas recommencer à trop s'aventurer. Au lieu d'un mécanisme de réversion, de report, on a à faire à l'application du proverbe: " Chat échaudé craint l'eau froide ". Cela ne donne évidemment pas le même résultat. Au lieu des reports attendus, le Maroc rencontre de conditionnalités aggravées.
    Mais le Maroc, pays émergent ou préémergent n'est pas encore très présent sur les marchés financiers internationaux. Pour nous, le proverbe n'entraîne qu'un manque à gagner, pas des pertes. Il n'en va pas de même pour le commerce international.
    En modifiant brutalement à la baisse le prix de leur monnaie respective, les pays d'Asie modifient leur position concurrentielle. L'effet porte sur leurs produits habituels. Ainsi, les marchandises à bonne valeur ajoutée qu'ils ont pris l'habitude de produire ont déjà gagné des points en termes de position concurrentielle. Le téléviseur coréen livré en Europe entre 800 et 1.000 FF ne vaut plus aujourd'hui que 500FF. Plus le produit est intégré dans le tissu asiatique plus ses gains concurrentiels sont importants.

    L'exemple du téléviseur montre l'ampleur du mouvement qui concerne tous les produits sortants d'Asie. Pour le Maroc, c'est l'industrie du semi-conducteur, celle des pièces détachées de l'automobile, le télétravail... qui risquent d'être éprouvées. Vis-à-vis de la concurrence thaïlandaise, c'est dans le textile que les positions concurrentielles vont être modifiées, car ce pays est resté producteur de textile et même parfois acheteur auprès des pays méditerranéens.
    Le cas de la Thaïlande attire l'attention sur une autre conséquence de la crise asiatique sur le tissu industriel marocain. " La baisse des monnaies est telle que des activités qui avaient disparu en Asie vont y redevenir rentables ", prévoit M. Mohamed Lahlou, président de l'Association Marocaine des Industries du Textile et de l'Habillement. Il a raison. Avec des monnaies fortes, la Corée, l'Indonésie, la Thaïlande... avaient abandonné tout ou partie de leurs activités textiles, qui ont la particularité d'être peu intégrée et d'avoir une petite marge de valeur ajoutée. Quand la monnaie baisse, la marge grandit d'autant. Or, ces pays ont fait la preuve que leurs entrepreneurs savent très vite saisir une opportunité puis passer à la suivante dès que la première devient moins intéressante. Rien ne dit qu'en cinq ou sept ans de croissance forte et sûre ils aient perdu cette agilité. Donc même s'il est certain que d'ici cinq ou sept ans ils auront retrouvé un cycle haussier, entre-temps ils auront saisi les opportunités de gains offertes par la baisse de leur monnaie.

    Les entreprises marocaines ont eu un aperçu du dynamisme commercial des pays asiatiques, dans les halls des grands hôtels de Casablanca: pendant qu'un vendeur dort sur une chaise, un autre poursuit la vente, zéro temps mort pour l'entreprise de Hong-Kong, Taïwan, Corée... Ce système, les entreprises marocaines vont l'avoir en face d'elles, non plus comme offreur
    de marchandises et de services, mais comme concurrent. Ça va chauffer...

    Nadia SALAH

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