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    Coopération maroco-allemande dans le monde rural : Le biogaz séduit le Souss-Massa

    Par L'Economiste | Edition N°:148 Le 06/10/1994 | Partager

    L'installation biogaz s'intègre dans l'exploitation agricole. Elle utilise le fumier et permet la production de bio-méthane et d'engrais L'économie en butane peut atteindre 3.384DH/an pour une ferme, en plus de l'économie de bois. Ceci permet de limiter la désertification de la région du Souss-Massa

    Le projet de développement de la technologie du biogaz dans la région du Souss-Massa est dans sa phase de prévulgarisation. "Il faut tout d'abord sensibiliser les agriculteurs quant à l'apport du biogaz et à la technologie d'utilisation", expliquent les ingénieurs responsables du projet.
    Une visite chez les agriculteurs montre que ces derniers maîtrisent parfaitement la technique grâce aux conseils du représentant de la GTZ et de l'équipe de l'Office chargée de la diffusion de la technologie biogaz. Cette technique permet, grâce à la fermentation anaérobie des déchets animaux, d'apporter de l'énergie sous forme de biogaz et des engrais sous forme de déchets fermentés.

    L'ORMVA du Souss-Massa avec la collaboration de la GTZ (coopération technique allemande) a déjà supervisé l'installation de 38 digesteurs dans la région. L'effet de groupe est particulièrement visible dans la région de Taroudant où déjà 18 digesteurs sont installés. Les agriculteurs de cette région viennent d'eux mêmes vers l'Office pour demander assistance. Mais ce dernier n'arrive
    pas à suivre l'ensemble des demandes, "il ne dispose pas des moyens matériels et humains nécessaires", expliquent les responsables du projet. La seule condition d'installation d'un digesteur est que la ferme dispose d'au moins 4 bovins.

    Encadrement des agriculteurs

    Le projet de diffusion de la technologie du biogaz dans la région de Souss-Massa fait partie du "Programme Spécial Energie" (PSE) entamé depuis 1988 par la GTZ en collaboration avec le Centre des Energies Renouvelables (CER). C'est dans ce cadre qu'un conseiller de la GTZ est détaché à I'ORMVA Souss-Massa depuis 1990. Déjà depuis 1983, une tentative de diffusion de la technologie du biogaz a été entreprise par le Ministère de l'Agriculture. Près de 300 digesteurs ont été installés à travers le Maroc. Toutefois, "50% de ces installations ne fonctionnent plus à cause de défauts techniques et par manque de structures de suivi et d'encadrement des agriculteurs", explique M. Marc Wauthelet, ingénieur agronome conseiller de la GTZ.

    Les premières actions techniques se sont attachées à développer un nouveau modèle de digesteur: simple, robuste et moins onéreux. Les responsables du projet ont fait appel aux conseils de l'entreprise allemande Borda. Les nouveaux types de digesteurs sont à dôme hémisphérique de 10 à 85m3. Ils sont entièrement construits à partir de matériaux locaux.

    Parallèlement, les tuyauteries ont été améliorées et de nouveaux appareils à biogaz ont été testés. Ainsi, des cuisinières, brûleurs, lampes, fours à pains, des moteurs et des réfrigérateurs ont été adaptés à l'utilisation du bio-méthane. Par ailleurs, le programme a permis de former des maçons privés pour la construction des installations . Ils sont employés comme occasionnels par l'Office. La formation au Maroc et à l'étranger a concerné des techniciens et des ingénieurs de l'ORMVA d'Agadir.
    Le groupe chargé du volet biogaz a, par ailleurs, confectionné des brochures de vulgarisation, des cassettes audio et vidéo et a constitué un centre de documentation (guides de construction ou d'utilisation...).*

    Lutte contre la désertification

    Une étude des potentialités dans la région de Souss-Massa a montré qu'il serait possible d'y implanter à moyen terme 2.000 digesteurs méthaniques de 10 à 100m3.
    La production s'élèverait à 3 millions de m3 de biogaz/an. Ceci permettrait d'économiser chaque année 1.300 hectares d'arganiers. En effet, dans cette région, les 60.000 hectares d'arganiers disparaissent au rythme de 2% par an.

    Pour M. Wauthelet, il serait plus rentable pour l'Etat marocain de consacrer une subvention aux agriculteurs pour l'acquisition de digesteurs que de dépenser de l'argent dans des programmes de lutte contre la désertification. "En supposant que 50% du biogaz produit remplace du bois et que 50% remplace du butane, le digesteur occasionne des économies annuelles de 11.500DH en reboisement et de 790DH en devises", évalue M. Wauthelet.

    Sur le plan international, cette subvention est généralement de 50% du coût d'acquisition. Celui-ci est en moyenne de 10.300DH pour un digesteur de 30m3. La contribution actuelle de l'Office correspond à environ 30% du coût d'installation d'un digesteur. Elle comprend la supervision technique et le travail des maçons.

    Laïla TRIKI

    Biogaz plus solaire

    Dans trois fermes visitées dans la région d'Agadir, le fumier acquiert une valeur de plus en plus importante. Des caisses en plastique sont parfois employées pour le récupérer lorsque les bovins se rendent dans les champs.

    Les agriculteurs sont satisfaits de leurs installations biogaz. Ils les montrent avec fierté ainsi que les équipements fonctionnant avec le biométhane: cuisinière, four, lampe, un moteur de 5KVA, réfrigérateurs, chauffe-eau... Au niveau de la ferme de Haj Zegnine, l'installation d'un digesteur de 80m3 lui a permis d'économiser 7 bouteilles de butane de 13kg et 3 bouteilles de 3kg par mois. Sans tenir compte du coût de transport des bouteilles, l'épargne s'élève ici au minimum à 3.384DH par an. La maison abrite une famille nombreuse de 14 personnes. Deux des trois fermes visitées combinent le biogaz à l'énergie solaire. Leur installation a été faite avec la collaboration de la cellule biogaz dont d'ailleurs les membres sont parfaitement intégrés aux familles campagnardes.

    Dans la troisième ferme, l'installation solaire réalisée il y a quelques années est défaillante, le propriétaire, Haj Arjdal Ali, a demandé avec insistance aux membres de la cellule biogaz de revenir en vue de l'assister pour sa réparation. Pour M. Marc Wauthelet, conseiller de la GTZ, les deux énergies sont complémentaires, car il est plus rentable d'utiliser le solaire pour l'éclairage.

    Par ailleurs, les déchets fermentés sont utilisés comme engrais. Ces déchets n'ont rien perdu de leur valeur fertilisante; au contraire ils sont plus minéralisés et plus rapidement assimilés par les plantes. "L'avantage de ces déchets est qu'ils ne contiennent pas de parasites, car ils ont été fermentés en l'absence d'oxygène. Ceci élime le ver blanc (belaïde) et évite la multiplication de mauvaises herbes", explique Haj Zegnine. Néanmoins, l'assimilation rapide de l'engrais par les racines oblige l'agriculteur à répéter l'opération en moyenne chaque mois.

    Au niveau de la grande exploitation, les effluents sont pompés à l'aide d'un moteur adapté lui-même au biogaz, mis dans une citerne pour l'arrosage des champs. Dans les plus petites, ils sont déversés directement dans les vergers.
    Haj Zegnine, qui dispose d'une exploitation moderne, a même innové en remplaçant l'eau pour la dilution du fumier avant son envoi dans le digesteur par les effluents. "La fermentation s'effectue dans ce cas plus rapidement", certifie-t-il.

    M. Wauthelet considère qu'il faut en moyenne effectuer 10 visites sur le terrain destinées à la formation des agriculteurs avant de les laisser maîtres de leurs installations. Toutefois, au niveau de Taroudant, "l'effet de groupe favorise l'auto-formation", précise-t-il.

    L.T.

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