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    Economie

    Christian Delvoie, responsable à la Banque Mondiale : "Il faut revoir la politique de financement"

    Par L'Economiste | Edition N°:248 Le 03/10/1996 | Partager

    Sans pour autant être alarmante, la situation économique au Maroc est relativement difficile. La marge de manoeuvre est faible. Entretien sans tabous avec le chef de la Division des Opérations Maghreb et Iran de la Banque Mondiale.


    - L'Economiste: Que pensez-vous de l'évolution économique du Maroc?
    - M. Christian Delvoie:
    Pour la Banque Mondiale, l'évolution du Maroc est globalement positive comparé à d'autres pays en voie de développement durant ces dernières années. Ceci n'est pas subjectif, puisque le Maroc a connu une bonne croissance du revenu par tête et une diversification de son économie. Le pays a également entrepris une des politiques d'ajustement les plus réussies au monde, en termes de croissance, d'augmentation du revenu et de réduction de la pauvreté. Cependant, alors qu'au niveau international des pays comme le Mexique, le Brésil ou la Chine notamment s'ouvraient au commerce en augmentant leur taux d'intégration chaque année de 20%, le Maroc souffrait de plusieurs années de sécheresse.
    En dehors des secteurs agricoles, les autres domaines d'activité n'ont pas connu une reprise de la croissance.

    - Avec une rigidité budgétaire et un poids de la dette aussi important, comment pensez-vous que le Maroc puisse manager?
    - Le problème budgétaire n'est jamais très facile. Les pays qui ont connu des dérapages budgétaires sont des pays qui étaient dans une crise profonde. Ce n'est pas le cas du Maroc avec un déficit de 4,5% l'an passé, actuellement 2,5% avec les privatisations. Il est clair maintenant que, dans le cadre de l'intégration mondiale en raison de la fluidité des flux de capitaux, il y ait une prime à une bonne gestion macro-économique. Si vous voulez attirer des capitaux étrangers, il va falloir résorber rapidement le déficit budgétaire.

    Restructuration des dépenses

    D'un autre côté, le budget est effectivement rigide et cela pour deux raisons: premièrement, près de 6% du PIB va au paiement des intérêts de la dette. Cela correspond en gros au budget d'investissement public de la plupart des pays. Deuxièmement, il y a une rigidité de la masse salariale qui est très importante, elle est de 10% du PIB. Vous additionnez tout cela et il ne reste pas grand-chose pour faire de l'investissement. L'investissement public est actuellement financé à travers le déficit.
    La première difficulté est de savoir comment procéder actuellement à une restructuration de la composition des dépenses publiques. En effet, pour créer la flexibilité nécessaire à l'investissement, il faut réguler en partie les dépenses de fonctionnement. Cela ne veut pas dire mettre à la porte le personnel, mais signifie en réalité mettre en place un programme de restructuration du rôle de l'Etat pour dégager les recettes nécessaires pour les allouer aux dépenses. Au niveau de la structure de dépenses, il y a beaucoup de chose à faire à l'intérieur du budget lui-même. Le second constat est qu'il est nécessaire de revoir sa politique de financement lorsque la dette intérieure surpasse en terme de paiement la dette extérieure. Il faut une politique claire sur le montant des emprunts à l'extérieur et à l'intérieur et sur le mode de financement de manière à gérer ce budget très peu flexible. La marge de manoeuvre n'est pas très grande.
    Le dernier constat, quand vous avez un budget rigide, c'est le moment de déclarer les priorités. Cela nécessite un consensus gouvernemental sur l'allocation des dépenses vers les grandes priorités. On ne peut se permettre de couper à travers tous.

    Taux d'intérêt élevés

    - Est-ce qu'une dette intérieure aussi importante ne va pas créer un effet d'éviction pour l'investissement privé? Quelles sont les alternatives?
    - La première alternative serait de réduire plus rapidement le déficit budgétaire. Cette alternative est politiquement facilement acceptable, mais pas toujours évidente à réaliser. Tout dépend sur le marché intérieur du mode de financement. Parmi les chiffres récents dont j'ai eu connaissance pour le Maroc, l'un des signaux clignotants est la baisse de l'investissement privé. Mais la grande question à se poser est le pourquoi. Je ne suis pas sûr qu'il baisse en raison de taux élevés d'intérêt. Cela demande une analyse. L'effet d'éviction du déficit public sur le secteur privé n'est vrai qu'à moyen et long termes.
    Au regard de la situation bancaire, la liquidité est importante.
    Il faut également voir la profitabilité relative des banques, vous avez des taux d'intérêt réels très élevés, avoisinant les 12% avec une inflation de 5 à 6%. Le taux d'intérêt réel de 5 à 6% est trop élevé. Cela veut dire que les banques sont en train d'établir un coussin important. Cela pose la question de savoir s'il existe une concurrence réel à l'intérieur du système bancaire et entre ce dernier et la Bourse et comment le développer d'avantage. A terme, la politique du gouvernement est d'essayer de limiter son déficit budgétaire pour créer une relance nécessaire de l'investissement. Il est clair que l'impact privé de l'investissement sur la croissance est beaucoup plus rapide que l'impact sur l'investissement public.

    Propos recueillis
    par Fatima MOSSADEQ


    Face à la globalisation:

    Les défis à relever par l'économie marocaine

    "Face à la globalisation de l'économie, les défis que doit relever le Maroc sont nombreux", souligne M. Christian Delvoie, chef de la Division des Opérations au Département Maghreb et Iran. En effet, la difficulté à laquelle est confronté le Maroc est de savoir comment grâce à son accord avec l'UE bénéficier de l'opportunité pour réintégrer cette croissance mondiale rapide. Un des problèmes de la globalisation est qu'il n'y a pas que des gagnants, mais également des perdants. "Dans la plupart des pays, les conséquences de la globalisation ne sont pas encore très bien connues, ni d'ailleurs son impact sur les disparités sociales", souligne M. Delvoie. Aux USA et en Europe, la globalisation pousse à une disparité plus grande entre la main-d'oeuvre qualifiée et non qualifiée, entre les pauvres et les personnes bien intégrées. Celle-ci se manifeste par un chômage accru. De ce point de vue, le Maroc reste confronté à un double problème:
    - une disparité sociale entre les ruraux et les urbains qui risque d'augmenter cette cassure à moins que le gouvernement ne fasse des efforts phénoménaux et qu'il mette les bouchées doubles pour réduire cet écart.
    - la nécessité d'intégrer l'économie dans le reste du monde.

    Pour le Maroc, une intégration rapide est très importante, car elle est liée à la croissance économique.
    Or, la croissance passée du Maroc ne lui a pas permis de résorber le chômage. Celui-ci a tendance à s'aggraver. A côté de cela, le niveau d'éducation générale de la population est relativement faible comparé au compétiteur de l'Est ou de l'Asie. En conclusion, le défi du Maroc se résume en trois grands défis: premièrement l'intégration et deuxièmement partager le fruit de cette intégration entre les milieux rural et urbain et troisièmement donner à la population la base de l'économie de demain qui est l'enseignement, l'éducation. La réalisation de ces défis coïncide avec une période de rigidité budgétaire et à un moment où le pays est préoccupé par le processus d'ouverture démocratique qui pose lui-même la question de la continuité des politiques économiques. "La Banque est optimiste, parce que le débat est sur la place publique et tout le monde est au courant des défis. Pour le moment, le Maroc cherche encore la balance entre ces différents objectifs, mais d'ici un an tout cela doit se décanter".

    F.M.

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