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    Economie

    Chef, j'ai trouvé un délégué!

    Par L'Economiste | Edition N°:292 Le 07/08/1997 | Partager

    Les entreprises et les administrations peuvent-elles rester en marge des transformations politiques du pays? Les élections du 26 septembre pour les délégués du personnel seront un test. Mais l'entreprise n'est pas candidate à la démocratie


    Va-t-il la séduire, la conquérir ou l'ignorer. Lui, c'est le monde politique; elle, c'est l'entreprise. Ils ne s'aiment pas, mais sont bien obligés de se rencontrer lors du bal du 26 septembre organisé pour les élections des délégués du personnel. Ce pourra être une soirée mondaine, pour la forme. Ils repartiront alors dos-à-dos. Ce pourra être une révélation, une nouvelle vie, le mariage du patronat et du salariat, béni par la classe politique dans un grand consensus social. A moins que ce ne soit un mariage forcé, l'occasion pour le personnel oublié de s'imposer, d'affirmer sa présence, ses besoins et ses revendications. Dans tous les cas, l'entreprise et l'Administration peuvent-elles vivre en marge de l'animation politique du pays?
    Beaucoup de patrons, du public et du privé, le souhaitent. Pour eux, le monde du travail devrait être isolé pour mieux produire. Il y a déjà les défis extérieurs, la mondialisation et le manque de moyens. On ne va pas en rajouter avec les revendications qui dispersent les énergies.

    Pas du tout, rétorquent d'autres. C'est l'occasion pour mobiliser les énergies. L'écoute, l'implication des hommes dans leur travail et même dans les décisions stratégiques, ce sont les seuls moyens de se battre. Et si l'on impliquait les délégués dans cette galère au lieu de les cantonner à présenter les revendications, comme le prévoit la loi.
    La décision? La stratégie? Et puis quoi encore? répondent les premiers. Tout cela est le privilège du patron. N'est-il pas là pour penser pour les autres. Et puis, chacun est maître chez soi! Rangez-moi ces idées communistes.
    Et bien non! Ce sont de bonnes méthodes capitalistes pratiquées à nos portes, et sur notre sol par les multinationales. C'est ainsi qu'elles recrutent nos meilleurs managers et les motivent. Ils produisent mieux, vendent plus. C'est l'intérêt bien compris des employeurs et des employés.

    Le jeu des syndicats


    Ce n'est pas par philanthropie ou conviction démocratique. Mais parfois les avancées du management croisent celles de la politique. Nous devons bien nos congés au Front Populaire. Puis, après l'indépen-dance, les augmentations du SMIG et les améliorations de la sécurité sociale n'ont été cédées qu'à des moments délicats.
    Il ne faudrait pas croire pour autant que l'entreprise est appelée à devenir une démocratie. Ce serait la plus grande confusion. L'entrep-rise reste une autocratie, et sa légitimité ne remonte pas de la base, mais descend de haut en bas. Son fondement est l'argent. Celui qui l'apporte détient le pouvoir premier qu'il délègue à un directeur, puis à un contremaître, et ainsi de suite jusqu'au portier.
    D'ailleurs, la loi consacre cette autorité descendant en cascade: «Les salariés doivent obéissance à leurs chefs hiérarchiques directes», prévoit le statut-type.

    Ecouter, impliquer, satisfaire chaque échelon n'est pas renoncer à ce flux de pouvoir descendant.
    Les délégués ne sauront donc remplacer les chefs hiérarchiques. Reste le jeu des syndicats. Les grandes entreprises et l'UMT avaient appris à s'affronter et négocier. Mais depuis 1980, «l'unité» syndicale est rompue au profit du «pluralisme». Encore un fait politique avec lequel les entreprises devront faire le 26 septembre, surtout que la CDT et l'UGTM affichent leurs liens, ou leurs dissensions récentes, avec la Koutla.
    L'entreprise craint alors de devenir un champ de bataille politique par syndicats interposés. Mais les syndicats ont compris l'enjeu, ajusté leur méthode, et leur discours. Ils sont virulents et revendicatifs dans les entreprises qui font de la marge comme les banques. Ils composent, même pour des compressions de personnel, quand il n'y a plus rien à faire. Ils sont obligés de s'adapter. C'est l'indifférence au fait syndical, ou l'abstentionnisme le 26 septembre qui sera leur plus grand malheur. A moins qu'à l'image des SAP ne fleurissent des délégués SAS, sans appartenance syndicale.

    Khalid BELYAZID

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