Affaires

Ce que pèse le secteur du thé

Par | Edition N°:3168 Le 11/12/2009 | Partager

. Les importations ont totalisé 120 millions de dollars en 2008. 49.000 tonnes importées l’an dernier. Le Maroc, premier client de la ChineDans le secteur du thé, «c’est chacun pour soi». La devise s’est vérifiée au cours du Symposium du commerce de thé organisé, mercredi 9 décembre, à l’initiative de la Chambre chinoise de commerce pour les produits alimentaires (CCCFNA). Hormis l’intervention d’un importateur marocain, les débats étaient à sens unique. Seuls les participants chinois se sont exprimés. Les opérateurs marocains ont préféré parler thé en aparté avec les exportateurs chinois. Mais force est de constater qu’ils étaient nombreux les exportateurs chinois à faire le déplacement au symposium tenu au Maroc. Au total, une vingtaine qui représente 80% des exportateurs opérant sur le Maroc. Visiblement, l’enjeu est de taille. Ils étaient accompagnés de responsables de départements ministériels, du Bureau d’inspection et de contrôle qualité, de l’Institut de recherche sur le thé et autres experts… «L’objectif de cette rencontre est d’écouter les doléances des importateurs marocains en matière de qualité et de prix», explique Cai Jun, SG de la Chambre chinoise de commerce. Pour le négoce du thé, le Maroc reste à ce jour le premier client de la Chine. Pour sa part, l’usine du monde produit 1,2 million de tonnes par an. Elle compte la plus grande surface plantée. Le pays de Mao est de ce fait le premier producteur mondial de thé. Il en exporte chaque année plus de 300.000 tonnes. En sa qualité de premier client de l’empire du Milieu, «le Maroc est un pays qui influence beaucoup la production de cette denrée en Chine», précise le secrétaire général de la Chambre chinoise de commerce. En 2008, le marché marocain a importé près de 55.000 tonnes de thé chinois, pour une valeur d’environ 120 millions de dollars. A fin octobre dernier, le volume des importations de cette denrée s’est déjà établi à 49.000 tonnes. «Nous allons certainement dépasser le volume de 2008», prévoit Jun. Bon an, mal an, les expéditions de thé chinois vers le Maroc évoluent de 3 à 5%. Curieusement, la consommation du thé au Maroc augmente considérablement pendant les années de sécheresse. Explication: «les revenus des employés du secteur agricole baissent, ce qui les pousse à se rabattre sur la consommation du thé comme aliment de base», explique Astaib, importateur. La hausse de la consommation du thé s’explique aussi «par l’effort marketing agressif des importateurs. Ce qui reste notre point faible en Chine», explique Bin Tang, directeur général de la Société pour la promotion des produits de Chine dans les marchés francophones. Une entreprise financée à 85% par les entreprises privées et subventionnée à hauteur de 15% par le gouvernement chinois. Depuis la libéralisation du secteur en 1993, le marché du thé a changé au Maroc. De nouveaux entrants ont fait leur apparition aux côtés de l’opérateur historique, l’ancien office national du thé et du sucre, devenu Somathes. Mais si les producteurs chinois ont créé la commission du thé au sein de la CCCFNA, les importateurs marocains, eux, ne sont pas encore en mesure d’accorder leurs violons. Mohamed Astaib, importateur de thé qui commercialise aussi le café Asta, explique que la filière n’est pas encore mûre pour s’organiser en association. Résultat: silence radio lors du 3e symposium. Mais une chose est sûre, «la contrefaçon est un fléau qui gangrène le secteur du thé au Maroc», se plaint l’importateur. Selon ce dernier, des boîtes de thé, emballées sous des fausses marques marocaines, transitent par l’Algérie et arrivent sur le marché local. Un phénomène qui s’est accentué en 2009. «C’est une concurrence déloyale parce que nous payons 60,25% en frais d’importation, dont des droits de douane, la TVA et la TIC», indique Astaib. Selon l’importateur, ces mêmes frais ne dépassent guère les 10% en Algérie. Sur ce point, producteurs, douane et imprimeurs chinois ont leur part de responsabilité, admettent les participants chinois au symposium. Ceci dit, et après un moment d’hésitation, les membres de la délégation chinoise ont proposé aux entreprises marocaines, victimes de contrefaçon, de transmettre des dossiers complets aux services de l’ambassade de Chine, qui se chargera de saisir les services concernés. Autre sujet invoqué, la qualité du produit. «Depuis deux mois, nous recevons du thé poussiéreux», témoignent des importateurs. Sur le registre de la qualité, l’industrie agroalimentaire chinoise fait souvent l’objet de critiques de la part des consommateurs à travers le monde. L’on se souvient de l’affaire du lait en poudre contaminé en 2008, qui avait eu un retentissement mondial. «Depuis ce scandale, le gouvernement chinois a promulgué une loi sur la sécurité des produits alimentaires qui prévoit des amendes décuplées en cas de fraude», annonce Tang Guangjiang, directeur de l’Administration générale d’inspection et de supervision de la qualité. Pour verrouiller le système, la Chine compte procéder à l’établissement d’une liste noire des sociétés exportatrices qui recevront le plus de réclamations. «Il s’agit de pratiques que nous souhaitons mettre en place pour préserver les intérêts des consommateurs étrangers», affirme la délégation chinoise. En tout cas, Guangjiang soutient que «les produits exportés sont soumis à un système d’homologation, ce qui en renforce le contrôle». Des visites inopinées sont également organisées dans les sites de production.


Boisson nationale n°1

Selon Tang, les ventes de thé chinois au Maroc remontent à 300 ans, mais ce n’est qu’au cours du XXe siècle que la consommation du thé s’est vraiment démocratisée au Maroc. Le Royaume importe deux variétés de thé: le Gunpowder (Poudre à canon) et le Chumee. Le premier, au goût assez fort, représente 70% des ventes au Maroc. Tandis que le second, plus prisé dans le sud, représente le tiers restant. Le Gunpowder se distingue par sa robustesse pendant son transport, tandis que le second est plus fragile à cause de sa forme. Au départ, les deux proviennent de la même plante. Travaillés sur des machines différentes, le premier a une forme granulée, alors que le second est en forme d’aiguilles.Hassan EL ARIF

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