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    Blé tendre: Les modalités de la libéralisation sont annoncées

    Par L'Economiste | Edition N°:227 Le 25/04/1996 | Partager


    Le Ministère de l'Agriculture et de la Mise en Valeur Agricole (MAMVA) a maintenu la date de la libéralisation au 1er mai 1996. Des modalités d'accompagnement viennent d'être soumises aux opérateurs de la filière. Minotiers et producteurs contestent la procédure, insistent pour l'instauration de la concertation et attendent la clarification de certaines dispositions.


    Les jeux sont faits pour la filière céréalière. La libéralisation fixée au 1er mai a été maintenue et confirmée aux opérateurs lors d'une réunion tenue le 22 avril à Rabat. Le processus était en fait irréversible. Engagements internationaux et efficience économique obligent. La seule interrogation résidait dans les modalités d'accompagnement. Le sevrage d'une filière restée pendant près de 40 ans sous la tutelle de l'Administration était en effet attendu à juste titre avec beaucoup d'appréhensions par quelques corporations, plus particulièrement les producteurs et les minotiers. Ces derniers ont en effet à plusieurs reprises interpellé les autorités de tutelle, avec études à l'appui, sur les conséquences d'une libéralisation brutale de la filière. "Nous avons été mis devant le fait accompli", commente amèrement M. Ghali Sebti, président du CPM. La raison de cette déception: les pouvoirs publics n'auraient pas tenu compte des propositions de la profession et ont décidé, sans concertation, des mesures d'accompagnement jugées opportunes. M. Ahmed Nejai, Président de l'Union Marocaine de l'Agriculture, déplorait, il y a quelques jours encore, ce déficit de concertation qui, selon M. Sebti, "nous laisse perplexes et très inquiets quant à l'avenir de la filière". Les deux présidents ont d'ailleurs réaffirmé leur position sur la question au cours de l'émission "Entreprendre" réalisée par la TVM et qui sera diffusée ces jours-ci.

    Liberté surveillée


    En pratique, le principe de la liberté de commercialisation du blé tendre est acquis, mais la filière reste sous surveillance pour une certaine période encore.
    Parmi les dispositions essentielles annoncées figurent le maintien de la subvention pour les 10 millions de quintaux de FNBT (farine nationale de blé tendre). Cependant, ce quota sera mis en compétition entre les minoteries par le biais d'un appel d'offres.
    Deuxième élément: le principe de la protection de la production nationale demeure. Ce qui devrait rassurer les associations d'agriculteurs qui redoutaient terriblement le spectre de la concurrence des céréales importées. Si le taux de protection tarifaire n'est pas définitivement fixé, "le blé importé ne devrait cependant pas être commercialisé en dessous de 260DH/q", indique un opérateur. Il est à souligner que le prix d'achat au producteur pour les deux dernières années était fixé à 250 DH/q.

    Troisième point: le stock de sécurité est fixé à 5 millions de quintaux, soit un besoin d'écrasement d'un peu plus de 3 mois. Ce stock représente la quantité minimale de blé tendre que le pays doit détenir en permanence pour remédier aux événements exceptionnels susceptibles de créer une rupture d'approvisionnement du marché. La moitié du volume arrêté sera gérée par l'Etat par le biais de l'ONICL. Le Dahir n°1-95-8 du 22 février 1995 portant promulgation de la loi 12-94 relative à cette structure et à l'organisation du marché des céréales prévoit que "...l'Office est chargé, éventuellement, concurremment avec les organismes qui y sont habilités, de constituer ou de faire constituer et conserver un stock de sécurité en céréales". L'autre moitié sera détenue par les minoteries et les SCAM, notamment. D'ailleurs, une loi de 1971 stipule que, parallèlement au stock de sécurité appartenant à l'Etat, les opérateurs privés peuvent être obligés à détenir un stock estimé à 2 millions de quintaux ou environ un mois d'écrasement. Le texte relatif à la restructuration de l'ONICL confirme cette disposition en précisant que "l'Office peut demander aux opérateurs de procéder, pour son compte, à des opérations d'achat, de détention et de vente de céréales dont ils assument la responsabilité de la conservation". En principe, la prime de stockage ne sera plus versée que pour ces réserves.

    "Ballon d'essai" ou mesures définitives?


    Quant à la prime de transport, elle est intégralement maintenue pour une durée de quatre ans en faveur des moulins excentrés. Les autres pourront aussi en bénéficier pendant la même période dont deux ans seulement en totalité. Pour les deux années suivantes, "le mécanisme de sa détermination est à clarifier".
    De l'avis de quelques professionnels, ces mesures, qui ne sont en fait que des "propositions" ou "un ballon d'essai", ne sont pas définitives, d'autant que plusieurs zones d'ombre demeurent. Aucun texte réglementaire les précisant n'est encore publié. Le président des minotiers résume clairement le sentiment de sa profession: "Nous voulons discuter chaque point tranquillement sans nous précipiter avec toute la mesure et la pondération que nécessite une réforme aussi importante". D'ailleurs, le CPM envisage de convoquer une Assemblée Générale Extraordinaire pour discuter de la question. Auparavant, et outre le plan d'action contenu dans l'étude publiée la semaine dernière, d'autres propositions plus détaillées ont été remises au MAMVA. Les mesures d'accompagnement étaient toutefois ficelées bien avant l'étude du plan d'action. Ce qui est considéré par cette profession comme "un acte de mépris vis-à-vis du travail réalisé", allusion aux différentes études relatives à l'impact de la libéralisation sur la filière.

    Alié Dior NDOUR


    Commercialisation des céréales

    2 milliards de DH pour les Scam


    Contrairement au doute des coopératives, les crédits administrés ne seront pas supprimés pour cette campagne. "Les financements seront assurés", confirme M. Driss Ghannam, directeur délégué chargé de la Direction du Crédit à la CNCA. Les Scam devront en effet bénéficier d'une enveloppe de 2 milliards de Dirhams alimentée par l'ensemble des banques pour les besoins de la collecte. A ce montant s'ajoutent 400 millions de Dirhams consentis à la SONACOS pour l'achat des semences sélectionnées. Seul élément nouveau, les crédits accordés aux coopératives le seront aux conditions du marché alors qu'ils étaient jusque-là à taux bonifiés.
    Maillon essentiel de la commercialisation de la production intérieure de céréales, les SCAM et CMA, dans leur structure initiale, ne peuvent pas survivre à la libéralisation de la filière et continuer à bénéficier des mêmes avantages. Depuis 1993, les autorités de tutelle (le MAMVA, le Ministère de l'Intérieur et le Ministère des Finances sont impliqués dans leur gestion) ont entrepris une réforme profonde de ces structures de manière à les adapter aux nouvelles conditions du marché libre des céréales. Points importants de cette réforme: l'élimination des ambiguïtés et des interfaces entourant les missions de ces organismes et le retrait de l'Etat de leur gestion. Ce dernier objectif constitue un élément fondamental. Selon M. Ahmed Nejaï, président de l'Union Marocaine de l'Agriculture, qui précise que sa profession est tout à fait d'accord sur le projet de réforme, "les coopératives étaient beaucoup plus dirigées par l'Administration que par les agriculteurs". En effet, le directeur de la coopérative était nommé par le ministre de l'Agriculture et l'administrateur délégué, coresponsable de la gestion, était un fonctionnaire du même Ministère. Dans la nouvelle approche, les responsables de la coopérative sont nommés par le Conseil d'Administration entièrement composé d'agriculteurs.

    Le processus de réorganisation de ces structures, l'assainissement financier entre autres, a déjà démarré, mais pas au rythme souhaité par les agriculteurs. Cependant, indique M. Ghannam, il ne reste plus que quatre (El Jadida, Meknès, Tétouan et Oued Zem) à réorganiser et deux (Fès et Kénitra) confrontées à des problèmes sérieux. Et d'ajouter, que "la réforme devrait aussi concerner le rajeunissement du personnel d'encadrement et l'amélioration des équipements" pour permettre aux coopératives de jouer un rôle dynamique dans le nouvel environnement. "Si les SCAM remplissent convenablement leur fonction, les agriculteurs obtiendront certainement le juste prix et seront en mesure d'honorer leurs engagements en matière de crédit", indique-t-il. La CNCA attend en effet beaucoup de cette saison prometteuse qui permettra aux agriculteurs de réduire de manière significative leur endettement, lui offrant par la même occasion "la possibilité de relancer les investissements dans l'agriculture".

    A.D.N.

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