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    Avant, pendant et après le Protectorat

    Par L'Economiste | Edition N°:298 Le 02/10/1997 | Partager

    Dès 1902, Paribas lève des fonds pour le Maroc. Puis la banque continuera de s'impliquer dans les infrastructures, l'industrie, les finances, comme un acteur majeur.


    Garantie sur les produits des tabacs et du kiff. C'est de «l'emprunt 5% 1910» qu'il s'agit. Il faut croire que ces deux denrées étaient d'un apport sûr pour qu'elles figurent en tête de liste des garanties, avant «les Mostafadets dans tous les ports et des sakkats», avant «les revenus des biens domaniaux dans tous les ports», et avant «la portion revenant au gouvernement impérial dans le produit de la taxe urbaine dans les ports».
    C'était en 1910, et le gouvernement impérial du Maroc émettait un emprunt pour plus de 101.124.000 Francs, soit autant de Pesetas, et à 81.910.440 Reichsmark. Toutes ces conditions figuraient sur les obligations de 500 Francs.

    Un livre réalisé par la banque en 1972, à l'occasion de son centenaire, raconte qu'en 1893 la Banque de Paris et des Pays-Bas a été saisie d'une «question marocaine». Un raid de tribu sur Mellilia avait fait 40 blessés et 18 morts. Le Maroc avait besoin d'argent pour indemniser l'Espagne. Finalement, ce pays accepte des délais de paiement au point où l'emprunt n'était plus nécessaire.
    La question marocaine revient en 1902. Et l'on voit la collusion de l'argent et de la politique. M. Delcasse, ministre des Affaires Etrangères, s'adresse au sénateur Eugène Gouin, président de Paribas.
    Il faut aider les Marocains à obtenir un prêt de 7,5 millions de Francs. Le montant est rassemblé en moins d'un mois par Paribas, qui souscrit un million pour son compte.
    Puisque les marchés suivent un autre emprunt de 62,5 millions de Francs estimé en 1904, garanti par le produit des Douanes, recette sûre et facile, hier comme aujourd'hui.

    La grand-mère de l'ONE


    En ce début de siècle, comme en sa fin, les financiers traitaient avec les Etats. Mais il a fallu que la politique et les grandes ambitions coloniales s'en mêlent. C'est la Conférence d'Algésiras de 1906. Mais Paribas s'était bien positionnée. Avec un consortium bancaire français qu'elle dirige, elle jouera un rôle de leader dans la Banque d'Etat du Maroc qui sera installée à Tanger et aura le monopole de l'émission monétaire, des emprunts, et de la gestion des finances publiques naissantes.
    Après l'instauration du Protectorat et la guerre de 14-18, Paribas va se lancer dans des opérations de «privatisation de services publics» avant l'heure. La Lyonnaise des Eaux et ABB-CMS n'ont pas introduit la production et la distribution privées de l'électricité au Maroc. Dès les années 20, il y a eu la création du «Syndicat d'Etudes des Forces Hydrauliques du Maroc», d'»Energie Electrique au Maroc», de la «Compagnie d'Eclairage et de Force au Maroc»... Voilà les entreprises grand-mère de l'ONE et des régies.
    Paribas participe aussi, et dès 1910, à la juteuse concession des tabacs. On trouve dans ce «pôle» alimentaire «les Moulins du Maroc», les Brasseries du Maroc» et une «Compagnie des Boissons Hygiéniques de Casablanca».
    Le transport est un autre créneau qui fonctionnait bien en privé avant que le secteur public le condamne au déficit.

    Après la 2ème Guerre Mondiale, la banque s'étend encore dans les sociétés des ports de Casablanca, Agadir, Tanger, Mehdia, dans les pétroles avec la SCP, dans la radio-télévision (Telma) et la télégraphie sans fil, dans l'immobilier avec la CIFM qui survit.
    En 1948, Paribas prend des participations dans l'Omnium Nord Africain, qui donnera l'actuel ONA, et ouvre en 1950 une succursale qui fusionnera avec Worms en 1974 pour donner la SMDC.
    Arrivée avant l'ère du Protectorat, la banque se développera dans son ombre, mais lui survivra. «Cette oeuvre de plus d'un demi-siècle ne s'achèvera pas avec la proclamation de l'Indépendance», affirme avec une pointe de fierté la banque dans son livre. La Banque d'Etat du Maroc», organisme privé, devient un institut d'émission public, la Banque du Maroc», puis «Bank Al-Maghrib». Puis le gouvernement met fin par anticipation aux concessions des chemins de fer et de l'électricité. Cependant, «les négociations menées avec l'Etat marocain permettront de concilier les intérêts en cause... la banque réemploiera sur place, dans la construction, l'hôtellerie et le tourisme, une partie des indemnités reçues, tout en poursuivant ses interventions dans le secteur industriel», reconnaît Paribas, qui a usé au Maroc, de tout les talents financiers et diplomatiques.

    Khalid BELYAZID


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