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    Economie

    Au secours, Keynes n’est pas mort!
    Entretien avec Gérard Bramoullé, expert en méthodologie économique

    Par L'Economiste | Edition N°:3335 Le 06/08/2010 | Partager

    . La crise? La faute aux pratiques institutionnelles déraisonnables. On a trop exagéré le risque systémiqueAncien élève de Sciences Po et diplômé d’études supérieures en droit public, Bramoullé est docteur d’Etat en sciences économiques et doyen honoraire de la faculté d’économie appliquée à l’université Paul Cézanne d’Aix-en-Provence. Ce membre de l’école autrichienne d’économie est aussi un expert de la méthodologie économique. Il remet en question la notion de la macroéconomie et démontre les limites d’un système qui incarne le retour des théories keynésiennes. - L’Economiste: Que pensez-vous des analyses de la crise et du retour de l’interventionnisme des Etats?- Gérard Bramoullé: Je crois que nous avons aujourd’hui les explications fondamentales de cette crise qui est le résultat d’une politique particulière du gouvernement américain. Une politique sociale qui a voulu garantir l’accès à la propriété à des ménages qui n’ont pas les moyens, via des organismes comme Fannie Mae et Freddie Mac. Ce qui a abouti à des actifs peu risqués. En plus, les agences de notation des actifs, qui avaient été restreintes par la réglementation américaine, n’ont pas aperçu ce type de phénomène. De là, il y a eu des contagions qui ont été entretenues par des réglementations comme le fait que les banques devaient inscrire la valeur de leurs actifs à la valeur du marché et pas à leur valeur historique. Donc, le mécanisme de la crise est imputable à des pratiques institutionnelles déraisonnables. Et au nom d’un risque systémique qui était tout à fait discutable, on a agité le chiffon du risque systémique pour faire payer le contribuable et sauver des banques. Ce qui n’est ni moral, ni efficace. - Mais en quoi cela vous fait penser à Keynes?- C’est le retour de Keynes*! La crise financière a engendré une crise économique. Et curieusement, lorsqu’on est face à une crise économique, les idées keynésiennes, qui ont pourtant été battues en brèche, réapparaissent. Du coup, chaque fois que les Etats veulent effectuer un retour sur le marché, ils font appel à la macroéconomie qui est une démarche scientifique contestée. Car la macroéconomie se fonde sur la régularité et non pas sur la rationalité des acteurs. On ne conduit pas en regardant le rétroviseur.- Vous réfutez donc les concepts de base de l’analyse économique des Etats et les indicateurs des instituts d’études tels que l’Insee et autres…- Dans la macroéconomie, il y a deux aspects différents. Il y a le problème des concepts, des agrégats et des valeurs globales. Et puis, il y a la logique sous-jacente, la logique scientifique. Le problème des concepts, c’est que les agrégats nient les individus. Je vous donne l’exemple de l’agrégat du PNB. Même Joseph Stiglitz (prix Nobel) qui n’est pas un grand libéral est le premier à contester les agrégats globaux et celui du produit national brut en particulier. Après, il y a le problème de la logique de la macro-économie qui est une logique inductive, de corrélation pas de causalité, de régularité pas de rationalité. Cette logique inductive peut être concevable dans les sciences de la nature, mais pas dans les sciences humaines où l’homme a son libre arbitre, son comportement peut changer. - Aujourd’hui, comment peut-on prévenir les crises? - Il faut revenir à l’analyse des comportements des individus et des interactions entre ces comportements. A partir de l’analyse de ces comportements, voir comment ils interagissent, ils coordonnent. C’est ce qui donne les arrangements institutionnels.- Mais c’est un processus lourd ?- Certes, cela demande du temps, des efforts, du travail… mais au moins on évitera les erreurs qu’engendre la macroéconomie et on gagnera du temps avec la chance de faire de meilleures prévisions et des adaptations cohérentes.---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------* J. M. Keynes (1883-1946) économiste dont les théories prônaient le retour de l’Etat dans l’économie. C’est ce qui se passe dans la conjoncture actuelle où les Etats interviennent dans les marchés.


    Ancien professeur de Sa Majesté

    Lorsque Mohammed VI était prince héritier, Gérard Bramoullé lui avait enseigné en 1983 l’économie. A l’époque le Souverain était en 1re et 2e année de licence en droit, se souvient non sans fierté le docteur Bramoullé. «J’avais un groupe d’étudiants extrêmement brillants», se rappelle-t-il. Depuis, le professeur a eu d’autres étudiants, devenus des décideurs politiques. Il a aussi été très proche et conseiller d’Alain Madelin, ancien ministre français des Finances et ancien ministre de l’Industrie aux idées libérales. Propos recueillis par Amin RBOUB

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