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    Politique Internationale

    Alternatives: Demandez le programme

    Par L'Economiste | Edition N°:296 Le 18/09/1997 | Partager

    L'Association présidée par M. Abdelali Benamour publie une «contribution» en attendant que les partis politiques se décident à annoncer leurs programmes.


    «Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien à l'horizon», pourrait demander une électrice inspirée par Barbe Bleue à une autre.
    «Hélas ma soeur Anne, je ne vois que les partis en tournoi, et les élections bientôt là».
    Et aucun programme à l'horizon. Car il n'y a plus que 40 jours qui nous séparent des élections législatives directes, et aucun des partis qui aspirent au pouvoir, c'est-à-dire tous, n'a pris le soin de concocter le moindre programme, regrette en choeur les participants à une réunion de l'Association «Alternatives», avec la presse. «C'est manquer d'égard et de respect au citoyen», clame un homme d'affaires, «je me sens frustré, insulté». Et un journaliste de rappeler que les partis européens publient leurs programmes 2 ou 3 ans avant les échéances électorales.
    «Mais nous réfléchissons, nous travaillons», rétorque un militant sans convaincre personne.
    Puisque les partis sont défaillants «Alternatives», par dépit, veut y pourvoir, grâce à un document de 40 pages. C'est une «contribution» de son Comité National au débat sur «la stratégie de développement et le grand chantier de la réforme». Tout un programme, qui a «le mérite d'exister», selon son président Abdelali Benamour.

    «L'association a mis la main à la pâte» et même beaucoup pétri. C'est exhaustif, lyrique, et long, comme le rapport de Kroutchev sur la déstalinisation. D'ailleurs, cette contribution coupe court avec toutes les nourritures marxistes, dont les professeurs d'université, USFP-PPS gavaient leurs étudiants. M. Benamour, Ben Ali, et bien d'autres de leurs amis se sont rangés complètement à la vision libérale.
    Avaient-ils le choix, à l'heure où même la Chine veut faire un «grand bond en avant» par les privatisations en masse. «Il s'agit d'une vision de gauche rénovée qui considère que le libéralisme hérité du siècle des lumières est foncièrement progressiste, et qu'il peut vivre en interaction harmonieuse avec une orientation sociale». C'est Rousseau qui prend la relève de Marx, et la philosophie qui est appelée au secours de l'économie impuissante. Ainsi le programme évoque des «utopies», des réalités qu'il faut «transcender» et «n'est pas une matrice sectorielle entrée-sortie».

    Le pays en stand-by


    Pour rêver le futur, Alternatives trace «des objectifs socio-économi-ques à l'horizon 2020». Une date magique qu'une autre association «Maroc 2020» a pris pour nom et pour raison d'être. «Mais attention, si les problèmes immédiats ne sont pas résolus, et tout de suite, nous n'arriverons jamais à 2020», rétor-que M'jid, que l'âge rend impatient et fougueux comme un adolescent.
    Ces objectifs devraient faire du pays une économie émergente, (nous ne le sommes pas!) avec 40 millions d'habitants, la multiplication par 4 du revenu moyen, un tissu social équilibré, un taux d'alphabétisation de 80%, l'accès généralisé à l'eau potable, des villes à visage humain. Des objectifs, avec lesquels on ne peut être que d'accord, tant ils sont généraux et généreux.
    Difficile de susciter avec cela des «controverses» même si Aternatives le voudrait bien, et regrette que le consensus ait mis fin à tout débat d'idées. Mais les controverses naissent là où les choix sont possibles, et douloureux: quelle entreprise abandonner, quel secteur promouvoir, et surtout, avec quels moyens.

    Après les objectifs, l'Association trace des «grands consensus sociaux» des «stratégie et politique de développement» et des «stratégies de financement». Là encore, pas d'idée choc, à contre courant: «Réflexions sur les coûts de facteurs pour l'industrie, moralisation de la justice, réforme fiscale en faveur de l'économie moderne...». Que du bon goût politiquement correct!
    Cependant, là où le message est le plus fort, c'est sur le constat. Alternatives affirme tout haut ce que tout le monde murmure tout bas. Le pays vit une «longue période de stand-by... sans générer un succès démocratique évident... les investisseurs nationaux boudent... il y a perte de confiance et auto-flagellation».
    Dans plusieurs domaines «on fait du surplace».
    Bref la situation est dramatique, mais pas désespérée. Il ne faut ni céder à l'optimisme des uns, ni au défaitisme des autres. «Messieurs les politiques ressaisissez-vous», disent les membres d'«Alternati-ves», parfois affiliés à un parti. Leur message est lancé par un détour via «la société civile», comme s'il n'y avait plus rien à faire de l'intérieur.
    En fait, toute la contribution semble s'adresser à la Koutla (le mot n'est jamais cité) ou du moins à la gauche marocaine, pour lui dire de faire sien ce programme, au grand soir de l'Alternance.

    Khalid BELYAZID

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