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    Agro-industrie : Vin: Le désengagement de l'Etat piétine

    Par L'Economiste | Edition N°:240 Le 25/07/1996 | Partager


    Lourdeurs administratives, difficultés de financement des programmes d'investissement... la politique de désengagement initiée par l'Etat depuis trois ans dans le secteur vini-viticole est au ralenti.

    "La politique de l'Etat en matière de viticulture manque de clarté et de cohérence dans son application". Telle est l'une des principales conclusions de l'étude menée sur "le bilan de la politique de partenariat" dans la filière vigne de cuve au Maroc. A la demande du Ministère de l'Agriculture, l'Agribusiness Marketing Investissement (AMI) a réalisé une mission en mars 1996 afin de mettre à jour l'étude de 1993 sur le secteur(1).

    Pour les experts, la politique tracée au plus haut niveau de l'Etat semble clairement définie. Il s'agit ainsi du désengagement par la location à long terme des terres à des sociétés marocaines, des viticulteurs indépendants et des sociétés conjointes. Figure aussi l'encouragement de l'investissement privé de partenaires étrangers pour le développement des exportations. Cependant, la mise en oeuvre de cette politique se heurte à un grand nombre de contraintes. Ainsi, des freins ont été relevés dans l'attribution de terres à des sociétés et des particuliers responsables de leur mise en valeur. S'ajoute la préparation par la Sodea d'un plan de développement de son vignoble, "qui est en contradiction avec la politique officielle de désengagement de l'Etat et de promotion du partenariat avec le secteur privé". De plus, des retards anormalement élevés ont été relevés dans la mise en place des financements extérieurs des entreprises conjointes.

    Pas de progrès significatifs


    Pour les experts, la politique de partenariat et de location à long terme des terres et caves de la Sodea n'a pas progressé de manière significative. Trois séries de causes pourraient être à l'origine du ralentissement de la mise en oeuvre de cette politique de partenariat. La première a trait à "la volonté de l'Etat de faire une pause", afin d'évaluer l'impact de cette politique en termes de développement de l'investissement, de créations d'emplois, d'augmentation de la production et d'exportation. La deuxième concerne l'absence de maître d'oeuvre institutionnel pour cette politique: "aucune des grandes institutions directement concernées (MAMVA, Sodea et CNCA) ne se déclare directement responsable de cette politique". Troisième cause: les mauvaises conditions de mise en oeuvre, telles qu'elles ressortent de l'expérience des premiers investisseurs étrangers.

    Outre la location ou la cession des terres de l'Etat(2), la politique vini-viticole de l'Etat repose sur la création d'entreprises conjointes avec des partenaires étrangers. Ces sociétés s'engagent à reprendre en location des terres gérées par la Sodea, à investir dans la rénovation des caves, la régénération et l'extension du vignobles sur ces terres. Elles s'engagent également à apporter leur savoir-faire vini-viticole et à assurer la commercialisation du vin produit, exclusivement sur le marché d'exportation.

    La société conjointe réunit théoriquement un partenaire étranger et la société holding Holdagro, dont les actionnaires à parité sont la Sodea et la CNCA. Cette dernière, rappellent les experts, devait financer les investissements de la société conjointe à concurrence de 70%. La CNCA a octroyé 100 millions de DH de crédit aux sociétés conjointes, avec des garanties relativement "souples".

    Les entreprises conjointes


    Trois entreprises conjointes ont été créées par Holdagro avec un partenaire étranger. La première est la société Delorme, constituée avec des investisseurs étrangers, dont le négociant-importateur est Clauzel. Holdagro détient 40% du capital de cette société. Les financements de la CNCA sur ce projet ont été attribués: 3 millions de DH de crédit court terme en 1995 et environ 12 millions de DH de crédit moyen terme depuis 1992. Les déblocages sont toutefois suspendus actuellement en raison des impayés de l'entreprise. La seconde société est la Société Agricole des Domaines de Aït Yazem (SADAY), constituée avec le groupe William Peters, le principal négociant et distributeur de vins du Maghreb, propriétaire de la marque Sidi Brahim. Cépages de Meknès est la troisième société conjointe, créée en 1995 avec le Groupe Castel, le plus important négociant en vin du monde, notamment par l'intermédiaire de sa filiale SVF détentrice de la marque "Gris de Boulaouane". Ici, Holdagro n'a pas libéré sa participation au capital. Le groupe Castel contrôle donc, dans les faits, la totalité de la société puisqu'il a financé l'ensemble des investissements. La CNCA n'a mis en place ses financements qu'au mois de mars 1996: 1,9 million de DH de crédit court terme et 12,3 millions de moyen-long termes. "Ils étaient censés représenter au départ 70% des investissements prévus".

    Meriem OUDGHIRI


    Les recommandations de l'étude



    ·Un désengagement de l'Etat de la production viticole et de la vinification accélérée. Les terres de la Sodea, dont les vignes pourraient être remises à niveau rapidement (2.000ha selon la Sodea) devraient faire l'objet de baux à longue durée ou être cédées dans les conditions autorisées par la loi (au cas où le projet de loi serait voté par le Parlement). La politique de lots de très grande taille ne s'impose pas; des lots de 10 à 50 ha sont tout à fait acceptables, dans la mesure où il existe des caves à proximité (caves coopératives ou privées), qui constituent un débouché pour les raisins. Par ailleurs, soulignent les analystes, Sincomar devrait être privatisée, "afin de pouvoir disposer des moyens nécessaires pour conserver sa position de leader".

    ·Le désengagement de l'Etat doit être conduit de façon à renforcer l'intégration verticale du secteur. Les trois négociants-embouteilleurs de vins marocains (Sincomar, Les Celliers de Meknès et Thalvin) ne contrôlent que partiellement, ou pas du tout, leur approvisionnement. "Malgré leurs différences, ces entreprises souhaitent évoluer vers une maîtrise plus importante de leurs produits, afin de suivre la demande sur le marché avec une plus grande flexibilité. Les succès obtenus par les nouveaux pays producteurs sur le marché européen tendent à conforter l'intérêt d'une telle stratégie", indiquent les analystes. Selon eux, une intégration verticale, au moins partielle, est nécessaire à la mise en oeuvre d'une telle stratégie. "Le désengagement de l'Etat doit donc aller dans ce sens, de manière à créer un secteur réellement concurrentiel et éviter de créer des situations de fournisseurs/clients exclusifs nuisibles à l'amélioration de la qualité".

    ·Un déficit de production doit être résorbé le plus rapidement possible, notamment par la cession ou la location à long terme des vignes de la Sodea, "encore en bon état", aux sociétés déjà engagées dans la production ou à des viticulteurs indépendants.

    ·La mise en oeuvre de la politique de partenariat doit être mise en cohérence avec les principes qui l'ont inspirée. Pour les entreprises déjà créées, il convient de réexaminer très rapidement leur situation financière et leur plan de financement. La mission n'a pas disposé des informations financières détaillées les concernant et ne peut donc formuler de recommandations précises, hormis sur ce qu'il convient d'examiner:
    -le capital a-t-il été entièrement libéré par le partenaire étranger et Holdagro?
    -quels sont les besoins de financement d'exploitation et d'investissement pour les trois prochaines années?

    ·La politique vini-viticole doit intégrer l'existence d'un marché intérieur et par conséquent favoriser la production nationale pour ce marché et ce, notamment, en accélérant la cession ou la mise à disposition des terres de l'Etat à des viticulteurs indépendants ou à des entreprises marocaines du secteur.

    ·Une politique de production des plants doit être mise en oeuvre, précédée dans l'immédiat d'une baisse des taxes à l'importation des plants certifiés. La Sodea pourrait jouer un rôle positif à ce niveau.

    ·La stratégie de développement des exportations. Pour les marchés traditionnels, la stratégie doit reposer sur la cohérence avec l'image et le positionnement actuels des vins du Maroc. S'ajoutent l'amélioration de la qualité et l'augmentation des volumes de qualité adéquate. Pour les nouveaux marchés, la stratégie produit peut être innovante. C'est la démarche retenue par Les Celliers de Meknès, qui ont créé pour et en collaboration avec Sainsburry une ligne de vins originale tant du point de vue des caractéristiques nologiques (par exemple un Ugni blanc très "citronné") que du conditionnement et de l'étiquetage. "Une certaine prudence doit cependant être adoptée par rapport à une telle démarche qui pourrait conduire à une image très brouillée et confuse des vins du Maroc".


    M. O.
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