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    Enquête

    Aux côtés des migrants, sur les bancs de l’école

    Par Ségolène DARGNIES | Edition N°:4747 Le 08/04/2016 | Partager
    Subsahariens, Syriens, Congolais, Irakiens, Yéménites, Palestiniens: une palette de nationalités à l’école marocaine
    Depuis 2013, les établissements publics et privés de toutes les académies se doivent d'ouvrir leurs portes aux migrants
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    Cours de soutien en mathématiques. Plusieurs des professeurs et salariés de la Fondation Orient-Occident sont eux aussi des migrants (Ph. SD)

    Ce mercredi vers 15h, des écoliers paressent au soleil dans le jardin public qui jouxte la Place Al Massira dans le quartier de Yacoub El Mansour à Rabat. À quelques pas, dans une des salles de classe de la Fondation Orient-Occident, une quinzaine d’élèves se concentre sur la notion de racine carrée, sous l’œil attentif de leur professeur de mathématiques. Ils sont Marocains, mais aussi Congolais, Yéménites, Irakiens, Syriens, et sont venus assister aux cours de soutien dispensés par la Fondation. Scolarisés dans les écoles du quartier, ils mettent à profiter leurs heures de libre pour se remettre à niveau. C’est l’une des nombreuses missions de cette Fondation vouée à l’enfance défavorisée : accompagner les enfants de migrants en les inscrivant dès que possible dans les écoles du Royaume – premier pas vers l’intégration – et les aider à s’y adapter en leur proposant ces séances de rattrapage, notamment en français et en arabe, l’adaptation linguistique étant souvent la pierre

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    Malika Oukhatar, responsable éducation de la Fondation Orient-Occident

    angulaire d’une scolarisation réussie. Les enfants marocains peuvent eux aussi bénéficier de ces après-midis studieuses s’ils le souhaitent : « Une façon d’apprendre à vivre tous ensemble », confie Malika Oukhatar, responsable du programme éducation au sein de la Fondation qui fait de l’interculturalité et de la lutte contre le racisme ses piliers.
    Les associations sont unanimes. La circulaire du ministère de l’Education Nationale d’octobre 2013 qui oblige les directeurs d’établissements publics et privés à recevoir les inscriptions des enfants « étrangers issus des pays du sahel et des pays subsahariens », pour reprendre ses termes exacts, a été une petite révolution. « Depuis, les Académies sont de plus en plus ouvertes : elles permettent systématiquement l’accès aux enfants. S’ils ont les critères nécessaires : notamment l’adéquation entre l’âge et le niveau », déclare Maha El Gharbi, directrice du SAM (Service d’Accueil des Migrantes) de Casablanca. L’âge d’entrée sur le sol marocain a bien sûr un impact direct et majeur sur la qualité de l’intégration : « Plus l’enfant arrive tôt, plus l’arabe est intégré vite, et plus les relations avec les autres enfants, dans les classes mais aussi dans les quartiers, sont sereines », renchérit Maha El Gharbi, qui, cette année, suit de près la scolarisation de 95 enfants subsahariens.  A contrario, ceux qui foulent pour la première fois le sol marocain déjà adolescents peinent à rejoindre le circuit classique et sont envoyés – quand du moins ils font l’objet d’un suivi associatif – vers l’éducation non formelle, ou directement vers une formation professionnelle, un système qui a le mérite d’exister mais est encore tâtonnant : « Nous avons quelques adolescents qui suivent une formation professionnelle d’aide-vendeur boucher. Le nombre de formation est encore très limité » précise Maha El Gharbi.

    Plus de 400 enfants dans l’ensemble du territoire

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    Jeux extérieurs de la crèche de la Fondation Orient-Occident. La structure parvient aussi à accueillir une vingtaines d’enfants en pré-scolaire, pendant que leurs mères suivent des formations en couture et broderie (Ph. SD)

    Cette année à la Fondation Orient-Occident, Malika Oukhatar a de son côté  inscrit un peu plus de 400 enfants dans leurs classes respectives, du primaire au supérieur, et sur l’ensemble du territoire marocain. Ces enfants ont acquis le statut de réfugié auprès du HCR et ont pu bénéficier, à ce titre, d’un kit éducatif distribué par l’Agence des Nations Unies: fournitures scolaires, mais aussi aide au transport par exemple. Parmi eux, de nombreux Syriens, et, depuis peu, des Yéménites, qui fuient leur pays en guerre. C’est une autre donnée à prendre ici en compte : l’état psychologique de ces enfants traumatisés par la

    violence des conflits. « Je reçois des appels de directeurs désemparés, qui décrivent comment les enfants se cachent sous les tables au passage des avions », témoigne Malika Oukhatar, qui déplore le manque de moyens en termes de suivi psychologique. L’afflux massif de Syriens est un nouveau défi humanitaire pour la Fondation : « On ne peut malheureusement répondre aux besoins de tout le monde. Les demandeurs sont en constante augmentation».  

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    Bibliothèque de la Fondation Orient-Occident. Ouverte à tous, elle accueille des migrants mais aussi des étudiants marocains qui viennent profiter du calme du lieu. Ici, un cours d’anglais pour des subsahariens arrivés récemment sur le territoire (Ph. SD)

    Les enfants referment leurs cahiers de mathématiques, il est l’heure de filer au cours de français. « Riza, chante pour nous s’il te plaît !  » demande Malika Oukhatar, femme attachante que plusieurs jeunes appellent « Mama ». Une voix merveilleuse et parfaitement juste s’élève soudain, faisant cesser tout le brouhaha autour. « Je vais t’inscrire aux ateliers culturels avec Jawad ! » lance la responsable à la jeune congolaise ravie. La fondation fait également la part belle aux arts, une façon de travailler à tisser des liens entre Marocains et étrangers et à favoriser la reconstruction des enfants.

    La circulaire n° 13-487 du 9 octobre 2013

    Texte-clé de la politique migratoire, la circulaire n° 13-487 astreint les directeurs d’établissement à accepter les enfants de migrants dans leurs établissements. Initialement prévue pour les élèves subsahariens, elle s’applique désormais, tacitement, à tous les étrangers. Son application est réelle mais ne va pas sans difficultés. Par exemple, les enfants syriens qui ont fui la guerre dans l’urgence parviennent souvent au Maroc sans certificat de scolarité qui attesterait de leur niveau. Les inégalités territoriales sont criantes: hors des grandes villes, les éducateurs sont moins sensibilisés à ces questions, les cours de soutien en langue n’existent pas.

    Migrants, réfugiés, demandeurs d’asile...

    ■ Un migrant est un étranger en situation de mobilité dans un autre pays que son pays d’origine.
    ■ Un réfugié est un migrant qui a obtenu le statut de réfugié auprès du HCR : il a prouvé que sa vie était menacée dans son pays d’origine. Un migrant économique ne peut obtenir ce statut.
    ■ Un demandeur d’asile est un étranger inscrit dans une procédure visant à obtenir la reconnaissance du statut de réfugié.

     

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