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    COP22: «Marrakech sera déterminante pour l’Accord de Paris»

    Par L'Economiste | Edition N°:4722 Le 04/03/2016 | Partager
    Paris et Rabat lancent le transfert des compétences organisationnelles et de la présidence de la COP
    La COP22 sera celle de la mise en œuvre des engagements de l’édition précédente
    Le retour sur investissement sera important

    Pierre-Henri Guignard est le secrétaire général de la 21e Conférence des parties (COP21) sur le climat. Ce diplomate chevronné est un grand habitué des questions internationales et du système des Nations unies. C’est d’ailleurs au service de la communauté internationale qu’il fait ses premières armes en tant que porte-parole de la Mission permanente de la France à l’ONU, à New York. Il occupera ensuite plusieurs postes de responsabilité au Quai d’Orsay, avant d’être nommé ambassadeur au Panama. Avant de porter sa casquette de commissaire à la COP21, le diplomate a été Observateur permanent de la France auprès de l’Organisation des Etats américains (OEA)
     

    La COP22 est dans les starting-blocks. Le transfert des responsabilités et des compétences organisationnelles s’opère déjà entre Paris et Marrakech. A la demande de Ségolène Royal, la ministre française de l’Ecologie et du Développement durable, Pierre-Henri Guignard, secrétaire général de la COP21, était en visite de travail cette fin de semaine auprès de son homologue marocain sur la COP22, Abdeladim Lhafi, haut commissaire aux Eaux et Forêts. Parallèlement, l’ambassade de France à Rabat vient de se doter d’une task-force à multi-compétences dédiée à la préparation de la COP22. Ce processus sera marqué par plusieurs réunions informelles et, le 22 avril prochain, par l’ouverture à la signature de l’Accord de Paris. Au-delà des synergies opérationnelles liées à l’organisation de l’évènement, Marrakech sera une étape importante marquant la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Le Maroc signera, dans les prochaines semaines, un accord de siège avec les Nations unies.
     
    - L’Economiste: On vous a décrit comme le «chef d’orchestre» de la COP21. Dans quelle mesure cette métaphore serait-elle pertinente?
    - Pierre-Henri Guignard:
    J’aimais beaucoup cette image. Mon rôle était d’être au cœur du dispositif et de faire en sorte que diverses compétences puissent travailler ensemble, dans une coordination optimale. L’organisation d’une COP est à dimension interministérielle. L’enjeu est tellement important qu’il faut que plusieurs administrations se retrouvent pour mettre en place l’événement (ministère de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de l’Environnement, etc.). Le rôle du secrétaire général est justement de s’assurer que chacun joue sa partition. Il est essentiel que tout le monde puisse avancer au même rythme. On n’avance pas sur l’hébergement, sans avancer sur le transport ou encore la restauration. Et tout cela n’a pas de sens si la logistique de l’organisation du centre de conférences n’est pas prise en compte. C’est donc un tout qui fait du commissaire général un chef d’orchestre.
     
    - Après Paris, qu’est-ce qui fera la particularité de Marrakech (COP22)?
    - Quand un pays organise une conférence de cette importance, il a en réalité deux responsabilités. La première est d’obtenir des résultats dans le fond. Ce contrat a été rempli de notre côté avec l’Accord universel obtenu à Paris. La future présidence marocaine, elle, devra permettre la mise en œuvre de cet engagement. La seconde responsabilité est celle d’accueillir la communauté internationale et de permettre que les échanges se fassent dans des conditions optimales. Nous nous préparons aujourd’hui à passer le relais de la présidence de la COP au Maroc qui détiendra progressivement ses responsabilités. Pour Paris, il ne s’agit pas de montrer à Rabat comment organiser une COP. De toute façon, le Maroc en a déjà organisé avant nous. Il s’agit plutôt de partager une expérience, des réussites et des difficultés qui peuvent se présenter.
     
    - Quelles seraient, justement, ces erreurs à éviter?
    - Le principal écueil, à mon avis, serait d’organiser une conférence qui ne reflète pas le fond. La COP est une rencontre sur le climat et sur l’éco-compatibilité des activités économiques. Il sera donc important, dans les prochains mois à Marrakech, que la forme reflète le fond. Il ne faudrait pas donner le sentiment qu’il y ait un discours d’un côté, et une action qui montre autre chose, de l’autre. Cette responsabilité est très importante et je pense que nos partenaires marocains en sont parfaitement conscients.
     
    - La sécurité a beaucoup pesé sur la COP21. La société civile a même été interdite de marches. N’est-ce pas un détail qui a dérangé?
    - Ce contexte n’était pas lié à la COP21. Après les attaques de Charlie Hebdo, nous savions que la conférence se déroulerait dans un contexte sécuritaire particulier. Les attentats du 13 novembre nous ont amenés à revoir légèrement le dispositif mis en place, qui était déjà à son maximum. Cette situation a surtout permis à ce que les participants acceptent sans difficultés les règles de comportement qui s’imposent dans un environnement sécuritaire difficile. Les marches de la société civile ont été interdites non pas parce qu’elles constituaient un risque pour la sécurité publique, mais qu’elles faisaient prendre un risque aux participants eux-mêmes. Au lendemain du 13 novembre, les autorités françaises ont considéré que si l’on autorisait les marches, le moindre mouvement de panique pourrait découler sur des situations très dangereuses pour les participants. L’objectif était de protéger les gens. Mais cela n’a pas empêché les débats. Le climat est l’un des thèmes sur lesquels la société civile internationale est la plus engagée. On est dans le cadre d’un multilatéralisme participatif. Il y aura une très importante participation de la société civile à Marrakech.
     
    - La COP est un événement extrêmement capitalistique. De quelle nature pourrait être le retour sur investissement?
    - Le Parlement français a voté un budget de 180 millions d’euros pour financer la Conférence. Cette enveloppe a été dépensée, quasi entièrement, auprès d’une cinquantaine d’entreprises attributaires de marchés publics, qui ont physiquement organisé la conférence. Cet argent public a donc été redistribué et réinjecté dans l’économie locale. De plus, l’Office du tourisme et des congrès de Paris estime qu’un événement qui mobilise 40.000 à 45.000 participants comme la COP21, pendant 15 jours dans une ville comme Paris, génère un chiffre d’affaires de près de 100 millions d’euros, entre les dépenses d’hébergement, de restauration, de location de divers types de services et d’achat de produits touristiques… Les retombées sont donc concrètes. S’ajoute à cela, l’effet d’opportunités. Pour rentrer dans la démarche climat qui est celle de la COP, plusieurs entreprises et organismes publics investissent des capitaux au niveau local.
     
    - Comment assurer le «service après-vente» d’une COP?
    - L’après-COP21 est assurée par tous les signataires. C’est une responsabilité commune pour tous les signataires de l’Accord de Paris. Il y a 196 parties à l’Accord de Paris. Tous nos pays se sont engagés. Il nous appartient d’assurer dans nos législations nationales, et dans les faits, la réalité de ces engagements. L’objet de la COP22 est justement la mise en œuvre de cet accord, ce qui veut aussi dire que l’Accord de Paris n’est pas un aboutissement, mais le début d’un processus qui commence bientôt à Marrakech. Aujourd’hui, la présidence française fait ce travail de suivi et à partir du mois d’août, la présidence marocaine commencera à préparer la prochaine rencontre. La transition se fait progressivement jusqu’à la veille de la prochaine COP.
    Propos recueillis par
     Safall FALL

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