Enquête

Devenez fermier, berger, maître-fromager... pour quelques jours de vacances

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4493 Le 30/03/2015 | Partager
Les touristes amoureux de la nature et en quête d’authenticité de plus en plus nombreux
Dans les plaines du Saïss, des exploitations ouvrent leurs portes aux aficionados
Les populations rurales, les premières bénéficiaires

Se réveiller avec le chant du coq, préparer soi-même son déjeuner avec les produits de la ferme,

À 30 km de la ville de Fès, et à 1000 m d’altitude, le Domaine de la Pommeraie se veut une destination pour les amoureux de la nature et les amateurs de balades et de tranquillité. Des randonnées à pied, à cheval, en VTT sont organisées pour les personnes désireuses de respirer de l’air frais. De retour à la ferme, en attendant un repas «fait maison», une visite par l’enclos des chèvres ou pour les plus passionnés par les fourneaux avant de découvrir le reste du programme

et passer une journée au grand air à faire des petits travaux...  Un «trip» pour des touristes amoureux de la nature, de plus en plus nombreux à se rendre dans les régions rurales du Maroc à la découverte d’un autre mode de vie, plus paisible, plus authentique.
Les chiffres du CRT de Fès parlent d’eux-mêmes. Ils sont quelque 300.000 aficionados, certains à arpenter les chemins sinueux des montagnes, avec une concentration dans le Haut-Atlas (200.000),  80.000 à se complaire aux portes du désert et 20.000 autres à se fondre dans l’arrière-pays appréciant tous les loisirs en plein air, le thermalisme ou encore cette nouvelle niche que l’on appelle l’agritourisme. D’ailleurs un peu partout au Maroc, plusieurs fermes ont été transformées en véritables vitrines pour promouvoir l’agriculture biologique, les produits du terroir, et l’arrière-pays. Et dans les plaines du Saïss, des exploitations surfent sur cette opportunité offrant des hébergements originaux pour écotouristes en quête de tranquillité.
 Et ces randonneurs fans absolus de nature ne sont pas très exigeants. Ils cherchent surtout une vie simple. Les «habitants» sont invités à accomplir la vie de la ferme au quotidien: ramasser des œufs dans le poulailler, choisir une poulet pour le déjeuner. Le client peut participer également à la cueillette des légumes et fruits afin de garnir le potager ou accéder à l’étable, élire le chevron pour le méchoui. Dans un cadre préservé, petits et grands peuvent approcher les animaux de la ferme, participer à leurs soins et les nourrir. «Ainsi, chacun prend conscience de la richesse de la nature et du devoir de la préserver au mieux pour les générations à venir», explique Tarek Lechkar, propriétaire du domaine La Pommeraie. Il reçoit en ces journées ensoleillées de mars, un couple américain et ses deux filles pour la journée. En compagnie de ses 5 collaborateurs paysans, il tente de leur inculquer la notion de la vie simple ou explicitement le dépaysement. En quelques minutes, les hôtes sont séduits, à la fois, heureux et émus. On leur explique qu’il faut nettoyer l’étable, nourrir les chèvres, rassembler le foin, nettoyer le poulailler, tailler les oliviers, ramasser les branches coupées, en faire un tas pour que les moutons s’en régalent ensuite. Puis, il faut sortir les chèvres, chaque jour dans un endroit différent de la ferme, de façon à ce que leur alimentation soit variée mais surtout bio et le fromage goûteux. Bref, beaucoup de travail pour un fermier aguerri et plein de plaisir pour des visiteurs venant découvrir un autre monde.

Tarek Lechkar est l’un des pionniers à avoir cru au développement du tourisme grâce à l’agriculture. Cet hôtelier, voyagiste, a fait ses preuves chez Accor et Sogatour, avant de monter son propre projet de ferme bio «le domaine de la pommeraie». Il se réjouit de la vie de «berger» qu’il mène et partage, depuis 5 ans, avec des visiteurs en quête de nature. Implantée au cœur du terroir, cette ferme se situe entre Ain Chiffa et Immouzer, à environ 30 km de la ville de Fès. Elle produit à échelle humaine plusieurs variétés de fromages de chèvre fermiers. Ces fromages sont fabriqués sur place d’une façon artisanale et ancestrale. Mais, ils ne constituent qu’une entrée de jeu pour attirer des clients à la recherche d’une vie paysanne. «Nous recevons des touristes pour la journée qui veulent un espace privé pour découvrir une vie paisible, traditionnelle et coupée du monde», souligne Lechkar. Ce dernier a désormais des nouveaux concurrents comme les «Jasmins de l’Atlas», les «mille et une nuits», et bien d’autres

Après une petite randonnée à dos d’âne, les deux filles sont très attentionnées envers les chèvres qui grimpent partout où elles peuvent trouver un peu de verdure. Vers 14h, la famille est invitée au déjeuner garni d’un potager d’herbe qui accentue les saveurs d’une cuisine locale et authentique. Juste après, les activités reprennent. Les hôtes sont informés de la gamme des produits bio (miel, safran, truffe, foie gras, et autres plantes aromatiques et médicinales…) qu’ils pourront acheter en partant. On leur annonce également le programme des randonnées à pied, à cheval, en VTT… pour les encourager à y revenir.
Pour en revenir à un aspect plus macro, le tourisme vert représente un facteur d’intégration socioéconomique indéniable pour les populations rurales. Les activités touristiques représentent un important relais de croissance. De l’avis des opérateurs touristiques, l’agritourisme, qui comprend des chambres d’hôtes situées au sein de propriétés agricoles et gîtes ruraux, connaîtra un boom et un fort développement. Du côté d’Immouzzer (province de Sefrou), à titre d’exemple, l’agritourisme  est une réalité typique, différente du tourisme rural que l’on trouve dans les autres pays européens. Ici, plusieurs fermes proposent un service de restauration. La complémentarité entre activité agricole au sens strict et agritourisme est «fondamentale» pour comprendre la réalité du secteur dans cette zone. En plus, la clientèle de ce marché ne connaît pas de crise. Car, généralement, il s’agit de clients fortunés qui  cherchent une vie simple, bio, avec des découvertes naturelle, gastronomique et sportive… Et c’est grâce à ces gens là que les petits agriculteurs pourraient s’attacher de plus en plus à leur terre, la travailler, et développer d’autres activités génératrices de revenus.

 

                                                                          

Une nouvelle vie pour les petits agriculteurs

Fattouma, Mohamed et Lkhammar,… tous ont entre 30 et 40 ans. Ils faisaient partie

de ces petits agriculteurs que la succession d’années de sécheresse avait attristés. Aujourd’hui, ils sont «les clés d’or» du domaine de la Pommeraie. C’est une véritable famille  qui a mis son savoir-faire de fabrication de pain traditionnel, randonnées, travail de la terre… au service du domaine pour profiter d’une ascension sociale. Pour la petite histoire, la Pommeraie a déjà accueilli le couple Chirac mais aussi des princes et émirs du Moyen-Orient (Qatar, Emirats-Arabes-Unis…). Ces touristes VIP ont la possibilité de choisir l’agenda de la journée qui correspond le plus à leurs attentes. Pour qui le désire, il est possible de démarrer les activités par une randonnée pédestre ou équestre dans les montagnes du Moyen-Atlas. Seule particularité, les itinéraires difficiles s’adressent à une clientèle jeune. Le visiteur a aussi la possibilité de choisir ses menus ou encore participer à la préparation des repas avec, en prime, grand air et vie à la paysanne.
Youness SAAD ALAMI

 
 

 

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