Enquête

Aux anciens abattoirs, l’inévitable extermination des chiens errants

Par | Edition N°:4487 Le 20/03/2015 | Partager
15.000 animaux tués et incinérés l’année passée à Casablanca
Le phénomène est alarmant dans les quartiers périphériques

Vendredi 20 février. L’odeur de «chair» calcinée

Pour Dr Mustapha Sabir: «l’euthanasie et l’incinération des chiens errants sont effectuées dans les anciens abattoirs de Hay Mohammadi à raison de deux fois par semaine»
 

était encore suffocante dans ce lieu à la fois lugubre et glacial. Pourtant, l’incinération des chiens errants, après la mise à mort, se fait deux fois par semaine : le mardi et le jeudi. Il n’empêche que dans cet  incinérateur installé dans les anciens abattoirs de Hay Mohammadi, les restes et cendres de  chiens étaient toujours visibles. Dans la cour, d’autres animaux condamnés au même sort attendent de passer au crématoire. Ici un pitbull qui a été utilisé dans des agressions, non loin une femelle atteinte de la rage sera à jamais endormie…avec ses chiots. C’est là où s’éteint la vie des chiens errants car, jugés dangereux pour la santé publique. Et la technique est expéditive: piqûre puis incinération. La décision appartient aux services municipaux de Casablanca dont dépend la fourrière.
Il faut rappeler que le Maroc s’est déjà doté d’une loi anti-pitbull. Le texte va plus loin en imposant la traçabilité de toutes les races, la vaccination, la stérilisation ainsi que l’identification des propriétaires.

La capture des chiens errants n’est pas une mince affaire. Elle peut se révéler périlleuse pour les préposés à la tâche. Souvent, l’opération nécessite l’intervention de deux capteurs rompus à ce genre d’exercice. Le processus commence par la capture pour se terminer dans l’incinérateur des anciens abattoirs de Hay Mohammadi

  Les responsables de la fourrière accordent un délai de 48 heures pour que les maîtres récupèrent leurs bêtes capturées. A défaut, les animaux passent à l’incinérateur après l’euthanasie. Le règlement est clair: tout chien n’ayant ni collier ni muselière est éliminé aussitôt. C’est l’UMPA (Union marocaine pour la protection des animaux) qui supervise l’euthanasie. «Elle est effectuée après autorisation du directeur des abattoirs via un vétérinaire pour des raisons humanitaires», explique Elise Baron, responsable de l’UMPA. C’est le Docteur Vétérinaire Rachid Bagachoul, président de l’UMPA qui se charge de cette mission. Auparavant, les animaux étaient euthanasiés avec de la strychnine (puissant poison). Les chiens mouraient avec des souffrances atroces et parfois, l’insuffisance de la dose les faisait agoniser durant plusieurs heures.
 Avec l’interdiction de la strychnine, c’est le recours désormais au Doléthal, un puissant anesthésique. «L’effet est immédiat, puisque l’animal sombre immédiatement dans le coma pour rendre l’âme à jamais…sans souffrances», est-il constaté.
Le phénomène des chiens errants dans les quartiers populaires de Casablanca représente un grand danger pour les habitants. Leur prolifération inquiète. Rien que sur le mois de janvier dernier, pas moins de 1.055 chiens errants ont été capturés dans les divers quartiers. L’année passée le nombre a culminé à 15.144 et sur cinq ans, il a dépassé les 50.000.
L’explosion urbaine et l’extension des constructions au détriment des terres agricoles expliquent

Sur les 5 dernières années, le nombre de chiens errants capturés s’est élevé à 50.095 à Casablanca à raison d’une moyenne annuelle de 10.000 animaux. Certains quartiers ont pratiquement doublé leurs scores

cette prolifération, d’après le Dr Mustapha Sabir, président du Conseil régional du centre de l’Ordre des vétérinaires et président de l’Association nationale des vétérinaires communaux. Le phénomène est en effet, plus manifeste dans les quartiers périphériques. Sidi Moumen, Oukacha, Bernoussi et Hay Moulay Rachid enregistrent des records. C’est dans ces quartiers  où les voitures de la municipalité ramassent le plus de chiens errants. Les conditions de capture et d’enfermement des animaux ne sont pas faciles. Ils sont capturés à l’aide d’une canne avec un grand nœud et  jetés dans les véhicules de la fourrière. L’opération nécessite parfois l’intervention  de deux personnes pour maîtriser l’animal, souvent suite à des alertes émises par des habitants.  Mais des campagnes «d’assainissement» s’opèrent généralement à l’occasion d’évènements ou de visites de hautes personnalités nationales ou étrangères dans la ville.

«Permis de tuer»

La fonction de capture et de mise à mort des chiens errants est régie par la Charte Communale et la circulaire interministérielle N° 5837 du 14/11/2003 relative à la lutte contre la rage. C’est sur ces bases que la Commune Urbaine de Casablanca (CUC) s’est engagée dans un «Plan national de lutte contre la rage». Elle s’occupe du ramassage et l’abattage des chiens errants dans le périmètre urbain de la ville de Casablanca et de la prise en charge de la vaccination des personnes mordues.
Il faut relever que le travail des capteurs est très difficile et dangereux avec des animaux dont la maladie est inconnue. Aussi, les autorités policières peuvent faire appel aux employés de la commune pour se débarrasser des chiens «saisis» avec leurs maîtres dealers ou agresseurs. Les moyens humains et matériels mis à la disposition du service vétérinaire restent limités: huit chauffeurs/capteurs, quatre aides et trois agents d’entretien de la fourrière animalière. S’ajoutent également un agent en charge de l’incinération des cadavres et trois autres qui s’occupent de l’alimentation des animaux mis en fourrière dans l’attente de leurs maîtres. En termes de logistique, le service dispose de huit véhicules utilitaires.

Fatim-Zahra TOHRY
 

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