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    Enquête

    114 milliards de DH sur la route du kif, deux fois plus que le tourisme!

    Par L'Economiste | Edition N°:3882 Le 05/10/2012 | Partager
    Une production annuelle moyenne de 47.000 tonnes
    L’Europe, principal marché

    Source: APDPN

    Dans de nombreux douars des provinces «réputées» abriter des sites de culture de cannabis, des familles entières vivent de cette activité. Enclavées ou pas de plus en plus de personnes sont attirées par l’appât du gain

    LE Maroc détient aujourd’hui deux titres qui n’ont rien de glorieux au vu de son histoire ancestrale. On est parmi les champions des accidents de la route et l’une des principales sources de résine de cannabis et de haschisch.
    C’est dans la région du nord du pays que se concentre la culture du cannabis. A cheval sur 5 provinces, elle est traversée d’est en ouest par la chaîne montagneuse du Rif. Elle se  caractérise par un relief accidenté, une pluviométrie, certes abondante, mais irrégulière, et des sols pauvres et très sensibles à l’érosion. La densité de population (124 habitants/km2) y est trois fois plus élevée que la moyenne nationale (37 habitants/km²).
    Dans cette zone, principalement dans certaines communes du Rif central, le cannabis est cultivé depuis le XVe siècle. Mais la culture de cette plante s’est brusquement propagée au cours des 30 dernières années. Une extension qui s’est faite au détriment de la forêt et des terres cultivables. Première conséquence: une forte érosion des sols et la disparition des productions agricoles licites. Et dès le début des années 1980, il a été constaté une tendance à l’accroissement des surfaces cultivées. Elles sont estimées aujourd’hui à environ 134.000 ha, soit 1,5% de la surface agricole utile du Maroc (8,7 millions d’hectares).
    La palme de la culture du cannabis revient à la province de Chefchaouen (50%), suivie par Taounate (19%) et Al Hoceima (17%). Dans les provinces de Larache (9%) et de Tétouan (5%), ces cultures restent secondaires.
    Quant à la production potentielle totale de cannabis brut, elle est estimée à environ 47.000 tonnes. La province de Chefchaouen en produit 43% à elle seule. La province d’Al Hoceima vient en second rang avec 25%, celle de Taounate en troisième avec 21 %, et celles de Larache (7%) et Tétouan (4 %) en quatrième et cinquième places respectivement.
    Plus surprenant encore, on dénombre 75% des douars de cette zone et 96.600 familles qui s’adonnent à la culture du cannabis. Ces familles représentent une population d’environ 800.000 personnes qui cultivent chacune en moyenne 1,3 ha de cannabis non irrigué et 0,3 ha de cannabis irrigué. Les terres non irriguées cultivées en cannabis leur rapportent 7 à 8 fois plus que celles cultivées en orge, par exemple. Lorsqu’elles sont irriguées, l’apport est 12 à 16 fois plus.
    Vendue par les cultivateurs à 66% sous forme brute et à 34% transformée en poudre qui servira à la production de haschisch, la récolte de cannabis génère annuellement un revenu total estimé à quelque 2,5 milliards de DH. Soit l’équivalent de plus de 3,1% du PIB du secteur agricole.
    Par famille de cultivateurs, le revenu moyen tiré de la vente du cannabis s’établit à environ 21.000 DH. Ce revenu représente en moyenne un peu plus que la moitié (51%) du revenu annuel total des cultivateurs de cannabis (41.335 DH). Ce chiffre est comparable au revenu annuel moyen de 1.496.000 agriculteurs recensés au Maroc (42.874 DH).
    Autres chiffres très édifiants: les saisies de résine de cannabis opérées par les autorités marocaines classent le Maroc au troisième rang mondial. Le premier rang revient à l’Espagne (57% des saisies mondiales et 75% des saisies effectuées en Europe). Ce qui veut dire que le territoire espagnol joue un rôle prépondérant dans le transit du haschisch marocain à destination du marché de l’Europe occidentale. En outre, avec un prix moyen de vente au détail de 50 DH le gramme en Europe, le trafic de haschisch d’origine marocaine enregistre un chiffre d’affaires total estimé à 114 milliards de DH, soit près du double des recettes touristiques! L’essentiel de ce chiffre d’affaire est réalisé par les circuits de trafic développés dans les pays européens par les grands barons de la drogue.

    ■ Coûts et prix
    Il existe différentes qualités de poudre «chira», mais la plus communément produite est celle appelée «sandouk». Il faut savoir qu’il faut 100 kg de kif brut pour obtenir 6 à 7 kg de poudre. Quelque 34% du cannabis sont transformés directement en poudre par des exploitants, alors que les 66% restants sont vendus à l’état brut pour être transformés en résine par d’autres «opérateurs».
    Le prix du cannabis brut vendu par le fellah s’élève à 35 DH le kg. Le prix moyen de la poudre (basique) s’élève, lui, à 1.000 DH le kg sur le site de «production» (un prix usine en quelque sorte).

    ■ Mode de production
    A l’état de poudre, la résine de cannabis est compressée et éventuellement chauffée pour obtenir le produit final destiné à la commercialisation, le haschisch. Celui-ci est présenté sous forme de tablettes ou savonnettes (généralement de 250 grammes) appelées «tbisla».
    Sur cette base, on peut estimer le potentiel de conversion de la production marocaine de cannabis brut à 3.080 tonnes de poudre de cannabis.
    Cette quantité de poudre peut à son tour être transformée sans perte en 3.080 tonnes de haschisch de «qualité export», comme on dit dans le jargon du «métier».

    ■ Entre Ketama et Bab Barred
    Ketama et Bab Barred restent les principaux sites de culture et de transformation du cannabis en haschisch. Cependant, on n’y compterait qu’un nombre restreint d’opérateurs.
    L’extension des cultures a certainement incité d’autres opérateurs à déplacer leur activité de transformation en dehors de ces zones, somme toute, traditionnelles vers d’autres sites de production, notamment dans la province de Taounate.

    ■ Culture du cannabis et enclavement
    Y a-t-il une corrélation entre l’enclavement des douars et la culture du cannabis?
    Difficile à dire puisque de nombreux douars situés aux bords des routes s’adonnent aussi à cette culture. Mais la culture du kif prolifère surtout dans des douars des provinces du nord se trouvant dans un relief très accidenté. Ils se trouvent ainsi très isolés par rapport au réseau routier. Une grande proportion des douars sont à une distance allant de 4 à 15 km de toute route goudronnée.
    L’accès en toute saison à ces douars et le service aux populations en sont rendus d’autant plus difficiles.
    ■ Calendrier des cultures
    Les semis de cannabis en bour s’échelonnent de la première quinzaine de février à la dernière quinzaine d’avril, sauf dans la province d’Al Hoceima où ils peuvent se poursuivre jusqu’à la mi-mai. Le cannabis en irrigué est semé à partir de début février, sauf dans les provinces de Larache et Taounate où il est semé à partir de début mars.
    La récolte commence dès la fin du mois de mai pour le cannabis cultivé en bour et se prolonge jusqu’au début septembre, voire mi-septembre. Le gros de la récolte pour le cannabis en bour se fait de mi-juin à août.
    Pour le cannabis en irrigué, la récolte commence sensiblement plus tard, soit début juillet à Larache, voire plus tard dans les autres provinces et peut se prolonger jusqu’à fin septembre, ou encore début octobre dans la province d’Al Hoceima.

    J. E. HERRADI

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