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    Economie

    «Il n’y a pas une Afrique, mais plusieurs Afriques»
    Entretien avec le vice-président de la Banque Africaine de Développement

    Par L'Economiste | Edition N°:3708 Le 27/01/2012 | Partager
    A cibler, les opérations sécurisées par les financements internationaux
    Les entreprises marocaines sont absentes des projets soutenus par la BAD

    Mohamed H’Midouche: «Les entreprises marocaines commettraient une erreur d’appréciation en approchant les pays d’Afrique sub-saharienne comme s’ils formaient un ensemble homogène»

    Mohamed H’Midouche, de nationalité marocaine, est vice-président de la Banque Africaine de Développement chargée de la revue de la mise en œuvre de la décentralisation, un des axes stratégiques de l’institution qui en fait un outil de proximité avec sa clientèle. Il était présent au Forum de Rabat sur l’intégration africaine. H’Midouche, 33 ans d’expérience à la BAD, est l’un des experts des économies africaines. Aux chefs d’entreprises marocaines, il dit « attention, il n’y a pas une Afrique, mais plusieurs Afriques», comme on a souvent tendance à l’abréger.

     

    - L’Economiste: Depuis 5 ans, il y a un discours récurrent chez les opérateurs économiques marocains sur «les opportunités en Afrique». Considérer cette région comme un bloc homogène, n’est-ce pas une erreur de diagnostic?
    - Mohamed H’Midouche: Je le dis et le répète, l’Afrique n’est pas un bloc unique et ceux qui l’approchent en ces termes, se trompent sur toute la ligne. Il n’y a pas une Afrique mais plusieurs Afriques. L’Afrique du Nord n’est pas l’Afrique de l’Est, ni celle de l’Ouest ou l’Afrique australe. Et même à l’intérieur de ces régions, vous avez une diversité linguistique - pays francophones, anglophones ou lusophones- et des systèmes juridiques et des niveaux de développement des systèmes bancaires et financiers différents. Enfin, les réalités politiques ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre. Les entreprises marocaines commettraient une erreur d’appréciation en approchant les pays d’Afrique sub-saharienne comme s’ils formaient un ensemble homogène. D’ailleurs, le ministre délégué aux Affaires étrangères et à la Coopération internationale, Youssef Amrani a raison de souligner que le futur schéma de la diplomatie économique sur le continent sera bâti sur une approche différenciée selon les blocs régionaux.

     

    - Qu’ont-ils de commun tous ces pays? Vu de Casablanca, c’est d’abord le risque politique et la crainte de ne pas se faire payer qui font peur.
    - Ce que vous soulevez existe dans tous les marchés, mais à des degrés divers. Sans occulter les difficultés opérationnelles liées aux problèmes logistiques ou de système de paiement par exemple, j’aurais tendance à vous dire qu’aujourd’hui, le dénominateur commun entre ces pays est la croissance de leurs économies. Ce facteur nous permet d’y réadapter nos modes d’intervention. Prenons l’exemple de la triple crise, financière, énergétique et celle due à la hausse des cours des produits alimentaires en 2008. Aucun pays n’a été épargné. A la Banque africaine de développement, nous avons apporté une réponse unique en mobilisant des liquidités pour faire face au déficit des balances de paiement causé par le renchérissement de la facture pétrolière et la flambée des produits alimentaires. Nous avons par ailleurs adopté un nouvel instrument de commerce extérieur en créant la banque africaine d’import-export à laquelle nous avons prêté 50 millions de dollars pour lui permettre de jouer le rôle de levier pour mobiliser de ressources destinées au financement des échanges entre pays africains. Sachez que les échanges commerciaux intra-africains sont estimés entre 11 et 12% du total, mais ces statistiques ne tiennent pas compte de l’énorme commerce informel. En intégrant l’activité souterraine, certaines sources invoquent un chiffre de 34%. La part du continent africain dans le commerce mondial stagne autour de 2 à 3%.


    - Pour beaucoup de PME ou d’investisseurs au Maroc, le frein pour aller sur les marchés africains tient surtout à la difficulté d’appréhender le risque. Au regard de l’expertise de la BAD, que leur diriez-vous ?
    - Ecoutez, sur les projets financés par la Banque Africaine de Développement, le risque est nul parce que le paiement est directement effectué par la banque et non par l’administration du pays bénéficiaire du projet.
    Les entreprises marocaines devraient donc commencer par concourir aux appels d’offres des projets financés par la BAD plutôt que de se plaindre de tel ou tel autre obstacle.
    C’est loin d’être le cas aujourd’hui, on ne les voit quasiment pas sur ces opérations. Pourtant chaque année, la BAD approuve pour 5 milliards de dollars de financement des projets en Afrique, et c’est autant d’opportunités pour les firmes marocaines.
    Leur absence à ces appels d’offres veut dire surtout qu’elles n’ont pas l’information, ou qu’elles ne la cherchent pas. Au lieu d’aller vers des projets risqués, il faut d’abord cibler les opérations sécurisées par des financements internationaux. Si je suis un chef d’entreprise, j’adopterai cette démarche parce que le risque de non paiement est totalement neutralisé. Pour le reste, les opérateurs peuvent s’appuyer sur les groupes bancaires marocains qui ont une forte présence dans ces pays.


    Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

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