Culture

Combattre la grêle, c’est possible
Par Ahmed Harzalla, Chef du projet pilote de lutte contre la grêle

Par L'Economiste | Edition N°:1800 Le 29/06/2004 | Partager

La grêle constitue un fléau atmosphérique qui, en deux minutes, peu anéantir totalement la production arboricole. La parade existe pourtant, comme cette technique ingénieuse mise au point il y a à peu prés trois décennies. Cette parade, est une machine à broyer les gros grêlons avant qu’ils ne touchent le sol. La méthode dite d’“ensemencement préventif des orages à grêle par des particules d’iodure d’argent”, est une appellation un peu technique pour désigner une installation toute simple. A la base, un générateur installé le plus souvent dans un champ; deux bonbonnes sur le sol, une d’air comprimé -comme une bouteille de gaz butane- reliée à une autre bouteille contenant de l’acétone (un liquide) plus de l’iodure d’argent (qui ressemble à des paillettes de sel). L’ensemble est connecté à un brûleur par un tuyau. Les agriculteurs allument le brûleur au moins deux heures avant le début présumé de l’orage grâce aux vents ascendants. Les minuscules particules vont être élevées dans l’atmosphère, jusqu’à 10 kilomètres d’altitude. Là-haut, ces centaines de milliards de poussières d’argent vont aller au contact des gouttes et les découper en gouttelettes et ainsi empêcher la formation des gros grêlons. Attention : ça n’a pas pour effet d’annuler les orages. Au contraire, les pluies sont en général plus abondantes. Mais c’est un système non polluant qui a fait ses preuves. Testé pendant 10 ans dans la région Midi-Pyrénées, le générateur a permis de limiter les dégâts sur les récoltes d’environ 68%. . La lutte organisée permet de diminuer les dégâts de 40% au moinsLe sujet interpelle les savants depuis des lustres et des solutions existent, la lutte organisée permet de diminuer les dégâts de 40% au moins. Si on ensemence le nuage avec des noyaux de congélation au bon moment et à la bonne altitude, on augmente le nombre de grêlons potentiels au détriment de leur poids. Les grêlons moins gros descendent plus lentement, ce qui leur donne une chance de fondre avant d’atteindre le sol.Dès 1946, des chercheurs et non des moindres: Langmuir, Serpolay, Vonnegut, Dessens, firent des essais avec différents générateurs de noyaux glaçogènes. Tour à tour furent utilisés la neige carbonique, le propane, l’iodure d’argent. C’est ce dernier produit qui a été finalement retenu. Le moyen de propulsion diffère: fusées émises depuis le sol au sein du nuage, ou émission depuis un avion, ou générateurs au sol. C’est ce dernier système qui a été choisi par la France. Le principe est simple : par la combustion au moment propice - c’est là le problème - d’une solution acétonique d’iodure d’argent, des générateurs propulsent dans l’air des quantités astronomiques de noyaux de congélation. La France, qui est pionnière dans ce domaine, a créé en 1951 l’ANELFA, Association nationale d’étude et de lutte contre les fléaux atmosphériques, financée en grande partie par les Conseils généraux, dont une station existe à Lannemezan. C’est cet organisme qui a la charge de la prévention et de la lutte contre la grêle. L’alerte est déclenchée par Météo- France 4 heures avant les chutes prévues. Des opérateurs dispersés dans la campagne et chargés d’un poste antigrêle sont avisés automatiquement par téléphone, les générateurs sont mis en route aussitôt.A la morte saison, on étudie les résultats des grêlimètres; ce sont des plaques de polystyrène extrudé qu’on expose aux chutes de grêle. Après étalonnage, l’analyse des impacts fournit des renseignements sur la taille, le nombre, l’énergie des grêlons, ce qui permet de faire des statistiques et de progresser dans cette étude difficile. En 1997, il y avait 197 grêlimètres... on s’est posé la question de savoir si l’iodure d’argent utilisé dans la lutte contre la grêle, et en particulier l’argent, était toxique. Des études sérieuses faites en particulier dans les province espagnoles de Castille et du Leon ont montré qu’il n’en était rien, même aux teneurs maximales. On peut même boire de l’eau de pluie provenant d’un nuage ensemencé sans aucun danger. Les objectifs du projet pilote de lutte contre la grêle c’est atténuer les effets néfastes du fléau grêle, instaurer les bases d’un système d’avertissement agrométéorologique régional et enfin renforcer les structures associatives agricole. En 1990, les pertes étaient de 20 milliards de centimes. Une diminution de 41% de ces pertes représente un bénéfice de 800 milliards de centimes. La superficie de la zone cible est de 20.000 hectares et une parcelle d’un hectare d’arboriculture touchée par le fléau fait perdre 100 jours de travail, ce qui génère un volume jours de travail avoisinant les deux millions!

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