Economie

«Galileo, c’est commercial et politique«
Entretien avec Heinz Hilbrecht, directeur à la direction générale «Transports» de la Commission européenne

Par L'Economiste | Edition N°:2172 Le 15/12/2005 | Partager

Le Maroc vient de conclure un accord de coopération avec la Commission européenne dans le cadre du programme Galileo, programme européen civil de radionavigation par satellite. La signature officielle de cet accord ne sera effective qu’au début de 2006 après le feu vert du Conseil des ministres européen, mais un mémorandum d’entente sera validé dès aujourd’hui à Marrakeh en marge de la réunion des ministres Euromed des Transports. Dans un entretien exclusif avec L’Economiste, Heinz Hilbrecht, directeur à la direction générale «Transports» de la Commission européenne, dresse les contours de l’accord conclu avec le Maroc. . L’Economiste: Certains disent que l’accord sur Galileo avec le Maroc est plus un accord politique que commercial, qu’en pensez-vous?- Heinz Hilbrecht: L’accord que nous avons conclu avec le Maroc est un accord commercial qui a une dimension politique. S’il se limitait seulement à une dimension politique ce serait un très joli accord mais qui serait très vite oublié. C’est un accord intéressant sur le plan politique car il s’intègre bien dans le cadre de la coopération entre l’UE et le Maroc, qui est très bonne je dois dire. Ce serait dommage qu’un tel accord se limite au seul plan politique ou diplomatique. Je pense qu’il s’agit plus d’un accord économique, un accord technique qui va ouvrir des possibilités pour des entreprises marocaines qui pourront profiter de ses nombreuses applications. D’ailleurs, je vous donne comme exemple un projet Meda où l’on va financer début 2006 des projets liés à Galileo et où plusieurs sociétés marocaines seront impliquées pour développer des applications spécifiques au Maroc (voir détail ci-dessous). . Il se dit aussi que l’accord Galileo rapporterait plus à l’UE qu’au Maroc…- Ecoutez, un accord doit être bénéfique pour les deux parties; et si ce n’était pas le cas, le Maroc n’aurait pas signé tout comme l’UE. Il n’est pas obligé de signer un tel accord et nous non plus. Je pense qu’il y a un intérêt des deux côtés. Bien sûr cet accord est très intéressant pour nous, mais je pense que c’est intéressant aussi pour le Maroc.. Pourquoi c’est très intéressant pour l’Europe?- Nous voulons avoir des accords Galileo avec le maximum de pays tiers qu’ils soient arabes, africains, asiatiques ou sud-américains car nous voulons développer Galileo comme un instrument mondial. Nous aurons 27 satellites en opération plus 3 en réserve qui vont couvrir tout le globe et pas seulement certaines régions où ce serait intéressant pour des raisons stratégiques ou militaires. Galileo est un outil civil qui a pour ambition de couvrir le monde entier. Le Maroc est un pays qui a de bonnes perspectives économiques et, pour Galileo, je trouve que c’est intéressant d’y développer des applications. Nous avons développé plus d’une centaine d’applications différentes pour cet instrument. Contrairement au GPS (Global Positionning System), aux mains des seuls Etats-Unis, Galileo présente l’avantage d’être un signal ouvert disponible gratuitement pour tout le monde. Nous aurons en plus quatre autres signaux pour des applications spécifiques dans le monde commercial, dans la navigation aérienne et maritime, dans les opérations de secours (mer ou désert), etc. En 2015, lorsque les Etats-Unis auront modernisé leur GPS, il y aura alors deux systèmes, d’un côté Galileo et de l’autre le GPS, avec deux signaux ouverts qui vont se compléter. Dans dix ans, il sera difficile de savoir si le signal est GPS ou Galileo. Les deux systèmes seront compatibles complètement et, au bout du compte, au lieu d’avoir un seul système avec 27 satellites européens, il sera possible de travailler avec plus d’une cinquantaine de satellites au total. Ce qui donne plus de précisions, plus de redondance et bien sûr plus de sécurité. . Qu’est-ce qui a poussé, à votre avis, les autorités marocaines à signer un tel accord?- Avec Galileo nous avons une nouvelle technologie qui commence à percer et qui, dans les cinq dernières années, a enregistré un taux de croissance à deux unités qui est donc en plein développement. Je pense que chaque pays du monde a certainement un intérêt à participer d’une manière ou d’une autre à ce formidable mouvement. Je suis persuadé que l’accord avec le Maroc va faire école dans les autres pays du monde arabe. Je me suis rendu en Arabie saoudite dernièrement pour prendre des contacts à propos de Galileo et je peux vous dire que les autorités saoudiennes sont impressionnées par l’attitude du Maroc et elles trouvent intéressant qu’un pays arabe ait signé un accord avec l’UE dans ce domaine. Il y a par ailleurs un centre d’informations et de coordination Euromed des activités Galileo qui a été installé au Caire et dont un des objectifs est de promouvoir les services et les applications Galileo et Egnos (European Geostationary Navigation Overlay Service -système européen de navigation par recouvrement géostationnaire). . Quelles sont les opportunités qui pourraient s’offrir aux hommes d’affaires marocains? - Tout dépend du domaine dans lequel cet industriel travaille. Galileo offre des applications dans pas mal de domaines comme par exemple le système de stockage des biens dans des serres, des possibilités de relier les systèmes de navigation avec la téléphonie, le système des télécoms, des possibilités dans l’agriculture, l’énergie, les transports et le système bancaire. Il y a une multitude d’applications différentes qui sont offertes par le système Galileo. . Peut-on s’attendre à des créations d’emplois au Maroc suite à l’accord Galileo?- Là aussi cela dépend de ce que le Maroc va faire de cet accord. A priori oui, il y aura création d’emplois. En ce qui concerne l’Europe, nous prévoyons la création d’environ 100.000 à 150.000 emplois dans les dix prochaines années. Dans le cadre de Galileo, il y a, j’en suis sûr, des applications spécifiques au Maroc et en particulier au bénéfice des petites et moyennes entreprises marocaines. Si on ne peut pas chiffrer ces possibilités d’emplois, je pense que le potentiel est bien là. De plus, les 6e et 7e programmes-cadres de recherche européens sont également ouverts aux chercheurs, entreprises et instituts marocains. Et là aussi il y a des possibilités d’emplois certaines. . Y aura-t-il des infrastructures Galileo au Maroc?- Oui il y aura une ou deux stations RIMS (Ranging and Integrity Monitoring Station) qui seront installées au Maroc pour l’augmentation des signaux Egnos (ce système améliore le signal GPS qui n’est pas suffisamment précis. Nous en avons installé déjà en Chine. Je n’ai pas d’informations sur leur localisation précise au Maroc mais ils seront installés au début 2006.


Premiers projets

Le Maroc est le cinquième pays tiers à adhérer au programme Galileo, après la Chine, Israël, l’Ukraine et l’Inde. Début 2006 seront lancées au Maroc les premières actions dans le cadre d’un programme Meda lié aux activités Galileo. Il aura pour mission essentielle de réaliser des actions de sensibilisation, de formation et de démonstration sur les services de radionavigation par satellite dans la région méditerranéenne. Doté d’un subside de 250.000 euros (10% du budget total Meda prévu pour ce type d’actions), ce projet regroupera 7 sociétés ou institutions marocaines:■ L’Université Al Akhawayn d’Ifrane: conduite d’un des 4 projets de démonstration à grande échelle et missions de formation et d’actions de sensibilisation. ■ Onda (Office national des aéroports): participation au programme régional Meda de préparation et implication dans un des 6 projets de démonstration locaux.■ Comanav (Compagnie marocaine de navigation): projet de démonstration à grande échelle pour le transport de fret multimoda.■ Net Secure Solution & Akwa Logistics (systèmes de transports routiers): projet de démonstration à grande échelle pour le transport des marchandises dangereuses.■ Globastar Northern Africa (fournisseur de services télécoms): projet de démonstration local dans le domaine de la surveillance des pêcheries.■ Smile Maroc Technologies (développement de logiciels): projet de démonstration local dans le domaine des aéroports.■ Cadthec (Société marocaine de services, d’études et de conseil en systèmes d’information géographiques): projet de démonstration local dans le domaine de l’e-tourisme et la sécurité routière).Propos recueillis par Aziz BEN MARZOUK

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