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    Economie

    «Comanav dans la cour des grands«
    Entretien avec Toufiq IBRAHIMI, PDG de la Comanav

    Par L'Economiste | Edition N°:2177 Le 22/12/2005 | Partager

    En côtoyant, dans la gestion du 2e quai à conteneurs de Tanger Med, les «Big boys» du transport maritime et des opérations portuaires, Comanav aspire à en devenir un elle-même au niveau régional. Elle vient notamment d’effectuer une augmentation de capital de 200 millions de DH pour renforcer ses fonds propres et financer son programme de développement. Avec Tanger Med et la privatisation, la compagnie compte atteindre sa vitesse de croisière dans les 5 prochaines années. Pour l’instant, la priorité est à la consolidation des activités et au rapprochement opérationnel des filiales. Ibrahimi revient aussi, dans cet entretien, sur la libéralisation du transport maritime et la réforme portuaire qu’il qualifie d’évolutions positives pour les opérateurs, à condition qu’ils sachent en tirer profit.. L’Economiste: Quel est l’impact structurant de Tanger Med sur les activités de Comanav?- Toufiq Ibrahimi: Initialement, notre métier de base était dans le transport de marchandises. Depuis quelques années, nous avons développé avec succès le transport de passagers. Aujourd’hui, notre objectif est de faire émerger le métier d’opérateur portuaire au sein du groupe, une activité importante et stratégique qui vient prolonger et valoriser notre expertise métier. Tanger Med est un projet structurant qui nous donne la possibilité de consolider ces trois activités et de nous développer dans les nouveaux métiers, à forte valeur ajoutée, de la logistique. De surcroît, sur le fret en particulier, les partenariats avec MSC et CMA-CGM nous permettent d’envisager la conquête de nouveaux marchés en Afrique, au Maghreb et, pourquoi pas, en Amérique et en Asie aussi. . A quel horizon Comanav prendra sa vitesse de croisière?- Sachant, pour ce qui concerne notre concession de Tanger Med, que les activités ne démarreront qu’en 2008, il nous faudra 5 à 6 années pour mettre en œuvre et réaliser toutes les opportunités que nous avons identifiées. . Quels sont les facteurs-clés de réussite pour ce développement?- Une vision claire de l’environnement et une définition précise de nos cibles tout d’abord! Et pour cela, nous avons besoin d’expertise, d’une bonne présence et d’une lecture fine des marchés. Choses que nous capitalisons de plus en plus avec les alliances développées depuis 2003 et à travers le projet Tanger Med qui nous donne l’occasion de côtoyer les grands du transport de conteneurs et les spécialistes des opérations portuaires. Il faut également une entreprise en ordre de bataille, préparée au changement, qui marche bien, qui génère des cash-flows et dont les hommes et les femmes sont, chacun, porteurs d’une part de l’ambition, du rêve collectif.Mais ce n’est pas tout! Il faut aussi avoir les reins solides pour financer une activité très fortement capitalistique et du courage pour s’attaquer à des projets qui peuvent paraître inaccessibles au départ comme Tanger Med. . C’est dans ce sens que s’inscrit la dernière augmentation du capital…- Nous avons assaini la situation déséquilibrée de la compagnie et graduellement pallié son manque de fonds propres. L’Etat, dans un premier temps, et les actionnaires privés, dans un second temps, ont fait confiance à l’entreprise et contribué à son développement à travers 2 augmentations de capital en 2002 et 2003. Aujourd’hui, l’entreprise a un véritable plan de développement industriel et financier qui nécessite des fonds supplémentaires pour tous les investissements à opérer, en particulier à Tanger Med, mais aussi pour l’acquisition de nouveaux navires. Donc, nous avons sollicité une dernière augmentation de capital, avant la privatisation, de 200 millions de DH pour équilibrer définitivement la situation financière et financer ces investissements de croissance prioritaires. Cette augmentation de capital a été suivie par l’Etat (10%), le Groupe BMCE BANK (45%) et FIPAR (45%) avec un choix délibéré de l’Etat de souscrire un minimum pour rester au-delà des 50% et pouvoir céder le contrôle lors de la privatisation en 2006. . Comment se porte votre activité de transport des passagers?- Le potentiel de ce marché est aujourd’hui confirmé. C’est un créneau où Comanav est fortement présente, avec près du tiers du marché. Elle s’y est beaucoup développée, car elle y a beaucoup cru. Mais la compagnie s’y est développée sans vraiment avoir les moyens pour investir dans une flotte à la hauteur du potentiel existant. Aujourd’hui, nous arrivons à un niveau suffisamment confortable pour pérenniser l’activité et accélérer son développement aussi bien pour les MRE, que pour les touristes qui viennent fréquemment au Maroc. Tous deux sont demandeurs de ce type de services avec une disponibilité et une gestion efficace des moyens. Nous sommes à un tournant et nous allons très fortement améliorer la qualité de notre offre. . A quel horizon Comanav pourrait-elle offrir un service de croisière?- C’est une réflexion permanente dans l’entreprise. D’ailleurs, ce que nous faisons actuellement sur nos lignes longues distances vers l’Italie et le sud de la France, ce sont finalement des mini-croisières! Les passagers passent 2 nuits et 2 jours en bateau avec tout le confort possible et un programme d’animation. Mais je pense que nous sommes encore loin de la croisière, à proprement parler, parce que c’est un autre métier, qui demande des investissements très lourds et des réseaux de vente particuliers. Mais en tout état de cause, nous y pensons, car nous disposons d’un savoir-faire qui pourrait accélérer le mouvement si nous scellons les bons partenariats.. Après le Sénégal, est-ce qu’il y a des projets de croissance externe pour 2006?- J’ai envie de dire que nous ferons nous-mêmes l’objet d’une opération de croissance externe en 2006! La priorité reste la privatisation pour l’année prochaine. Au-delà, nous nous attellerons à consolider nos métiers et à développer toutes les synergies du groupe en opérant tous les rapprochements possibles entre les filiales. Donc, d’abord digérer les récentes acquisitions, que ce soit Limadet ou Marbar. Sans compter que nous allons devoir gérer la mise en œuvre d’un programme d’investissement ambitieux, d’environ 3 milliards de DH sur les cinq prochaines années! . Avec Tanger Med, Comanav prend-elle tout de suite de la valeur?- Indubitablement, Tanger Med apporte une forte valeur à Comanav. Mais c’est la manière dont nous allons tirer profit des opportunités qui se présentent qui sera déterminante. Autrement dit, c’est comment nous allons organiser et développer concrètement nos lignes, nos volumes et nos activités qui va déterminer cette valeur. Mais c’est sûr qu’intrinsèquement, Tanger Med apporte de la valeur à Comanav.


    Ces menaces qui stimulent

    AVEC l’ouverture et l’intensification de la concurrence, les intérêts des entreprises marocaines peuvent paraître menacés mais, «comme à chaque fois, ces menaces doivent nous pousser à créer, à nous dépasser et à dépasser le simple champ du Maroc pour rayonner plus loin. D’autres l’ont fait avant nous, nous pouvons le faire aussi!», estime Toufiq Ibrahimi. Et d’ajouter: «pour peu qu’on prenne conscience des opportunités, qu’on décide d’unir nos forces et que l’Etat accepte de mettre ce secteur en position concurrentielle avec les secteurs maritimes des autres pays, je pense qu’il y a des potentialités énormes de développement pour davantage d’entreprises et d’emplois dans ce domaine». Le secteur maritime est mondialisé et c’est une véritable chance aussi pour l’emploi. «On peut créer une filière pour l’emploi des nationaux sur les bateaux qui sillonnent le monde. Il y a un potentiel énorme», fait remarquer le président de Comanav. Selon lui, «sur le million d’emplois de cette filière, les Marocains peuvent aspirer à y prendre une part, au même titre que les Indiens, les Pakistanais, les Philippins, les Croates ou les Ukrainiens». Pour cela, il faut une volonté forte pour orienter les jeunes vers ces métiers, un gros travail sur les mentalités et une formation de grande qualité. Ibrahim est convaincu que c’est vraiment à notre portée.


    «Open Sea»

    . L’Economiste: Quelle est la nouvelle configuration des métiers d’armateur dans le cadre de la réforme sectorielle?Toufiq Ibrahimi: La réforme sonnera la libéralisation de toutes les activités. Une libéralisation qui est déjà très forte au niveau du transport maritime et qui va s’accélérer pour qu’on arrive à un modèle d’«Open Sea» vers la mi-2007 après l’ouverture de Tanger Med. Le cabotage sera toujours réservé aux nationaux qui craignent déjà de disparaître face à des mastodontes étrangers, pour qui le Maroc deviendra un simple passage. Je pense, au contraire, que ces changements seront un stimulant pour se mettre à niveau, chercher de nouveaux marchés pour résister et se développer. Un des moyens pour y arriver serait d’effectuer des rapprochements ou encore de s’adosser à de grands opérateurs pour mieux valoriser la position marocaine. Sur la partie portuaire qui doit être très vite libéralisée aussi avec Tanger Med et l’introduction de la concurrence sur les autres ports nationaux, nous devrions assister à l’entrée progressive de grands opérateurs portuaires internationaux. C’est pourquoi il faudrait préparer des opérateurs portuaires marocains solides pour bien se défendre. Et c’est ce qui est en train de se faire autour des sociétés de manutention locales qui vont constituer ensemble un nouvel opérateur portuaire à Casablanca. L’Odep devra aussi se mettre à niveau pour confronter la concurrence de tous ces opérateurs privés et de Tanger Med. Je pense que les choses vont aller très vite et que l’objectif d’introduire la réforme en 2006 sera atteint. Mais je pense aussi qu’il y a une autre échéance très importante, qu’il faudrait en tout cas programmer d’une manière dynamique, c’est l’ouverture du capital de la future Sodep (ndlr: Société d’exploitation des ports) qui constituera la phase ultime de cette démarche.Propos recueillis parBouchaïb EL YAFI

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