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    Dossier Spécial

    Histoire du hip-hop: Du rap à la trap

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5575 Le 16/08/2019 | Partager
    Premier courant contestataire depuis les Ghiwanes
    Une musique en dehors du système de production classique
    Un soutien royal à la «nouvelle scène»
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    Le festival L’Boulevard a été le premier à offrir une scène aux jeunes rappeurs, devenant ainsi le premier tremplin pour beaucoup de groupes nationaux (Ph. Chadi Ilias/L’Boulevard)

    «Tanmiya bachariya, ness laâqa lik ou ness laâqa liya» (l’INDH, la moitié du fric pour toi et le reste pour moi), «Drari makhedama maredama» (des jeunes sans boulot), «Bled  l’hegra» (le pays de l’humiliation), «L’ferh fgloubna mameblassi» (pas de place de joie dans nos cœurs), «Fhad lblad akhouya makaynche kif tenssa» (dans ce pays mon frère, pas moyen d’oublier)… Jamais, depuis l’épopée des Ghiwanes, des chansons marocaines n’ont comporté des paroles aussi crues, aussi directes. Nous sommes au début des années 2000 et de jeunes Marocains, déjà nourris aux nouvelles technologies (Internet et logiciels piratés) et aux chaînes satellitaires, se révoltent contre l’ordre établi.

    Leurs armes: des textes acérés et protestataires qui racontent sans complaisance le ressenti d’une jeunesse de plus en plus exigeante. Le rap made in Maroc est né.  C’est que ces jeunes ont compris qu’ils avaient désormais la possibilité de parler, de s’exprimer librement. Une jeunesse, créative, volontaire, assoiffée de culture et d’universalité.

    Des valeurs encouragées par l’avènement du règne de Mohammed VI et tous les espoirs que son accession au trône avait suscités. «Le changement qui vient d’en haut ne suffit pas», disait Taoufiq Hazeb, alias Don Bigg, alors âgé de 23 ans, star incontestée de la scène hip-hop et dont le succès ne s’est jamais démenti jusqu’à aujourd’hui.

    «Il faut y participer, il faut aider… Pour avoir un Maroc plus développé en 2020, il faut s’y mettre dès maintenant», prédisait-il. H-Kayne, Fnaïre, Casacrew, Zankaflow, Halemkane, Fes city clan, Piranha Labo… les groupes se forment un peu partout au Maroc (Casablanca, Meknès, Marrakech, Tanger, Fès, Salé). Le phénomène explose avec la sortie, en 2004,  du premier album studio de Bigg: «Mgharba Tal Lmout». 

    Des titres comme  «Bladi Blad» et «Al khouf» sont repris par des dizaines de milliers de jeunes, des chansons cultes qui font exploser les compteurs de la plateforme «YouTube». Il faut dire que les rappeurs fonctionnent en dehors du système de production classique qui les méprise.

    Les chansons sont directement mises en ligne, téléchargées gratuitement par des milliers de jeunes Marocains. Leurs clips, leurs concerts et même des extraits d’interviews improvisées circulent à grande vitesse. Ils parviennent dès lors à défier tout un système. Ce qui leur donne une liberté de ton incroyable.

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    Taoufiq Hazeb alias Don Bigg, star incontestée de la scène hip-hop et dont le succès ne s’est jamais démenti jusqu’à aujourd’hui (Ph. Dr)

    Des dizaines de sites Internet, à leur tête le fameux «raptiviste.net », sont dédiés au hip-hop national. Des centaines de forums abritent les conversations d’amateurs qui discutent en «darija» en utilisant une écriture alphanumérique (caractères latins et chiffres) inventée pour l’occasion. Inadmissible pour une certaine frange de la société, qui ne voit dans ce mouvement de libre expression que «débauche», «dépravation» et «vice». Les salves de critiques et d’accusations de mise en danger de la société atteignent même l’hémicycle, portées par les ultra-conservateurs et autres islamistes même dits «modérés».

    Les rares festivals soutenant les jeunes rappeurs sont vivement attaqués (L’Boulevard en particulier, mais également le défunt Festival de Casablanca). Dans plusieurs villes, les groupes trouveront un certain soutien auprès des Instituts français (Meknès) ou du centre culturel Sidi Belyout à Casablanca, grâce à un certain Hicham Abkari, qui a été à l’origine de  l’organisation du premier championnat de breakdance et de rap dans la métropole. Il faudra attendre 2007 pour que la nouvelle scène marocaine ait accès aux médias nationaux.

    Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est la très vénérable chaîne «Al Oula» qui leur ouvre ses portes. Profitant de  son nouvel habillage, cette chaîne a diffusé samedi soir, 28 avril,  une émission spéciale dédiée à la scène alternative marocaine. La légendaire «Soirée du samedi», qui faisait souvent appel aux pionniers comme Abdelhadi Belkhayat ou Abdelwahab Doukkali, a fait place à des groupes comme  Fnaïre, H-Kayne, Bigg, Amarg Fusion, Darga et Hoba Spirit. Mais c’est un soutien inattendu qui va rendre cette musique plus acceptable auprès de l’establishment.

    Le Souverain fera personnellement un don à l’association l’Eac L’boulevart (organisateur du fameux festival des musiques actuelles L’Boulevard). Deux chèques de 2 millions de DH seront remis aux responsables de l’association en 2009 et 2010. Aujourd’hui, c’est une nouvelle génération de rappeurs qui a vu le jour, reléguant les «anciens» au  statut de «doyens». 

    C’est la trap, sous-genre du rap aux influences électro, flirtant avec la pop, qui a la cote. Une nouvelle génération incarnée par Toto, étoile montante du rap casaoui, Issam, dont le morceau Trap Beldi a été visionné plus de 12 millions de fois sur YouTube,  Shobee, membre du groupe Shayfeen, Hliwa ou encore Madd… Fin 2018, les artistes marocains s’offraient même quelques pages dans le prestigieux magazine américain The Fader et dans l’hebdomadaire français Les Inrockuptibles ainsi qu’un reportage sur Radio Nova. Issus pour la plupart de la classe moyenne, diplômes d’études supérieures en poche, ils sont aussi passionnés de musique que de communication ou de busines-model.

    Amine BOUSHABA

     

     

     

     

     

     

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