×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Tribune

    Une Eurafrique bancaire, une idée farfelue, pas si folle!

    Par L'Economiste | Edition N°:5573 Le 09/08/2019 | Partager
    alain_guvain_073.jpg

    L’Accord ZLECAf, qui regroupe les pays du continent, nous invite à considérer l’idée (farfelue!?) d’un marché bancaire et financier afro-européen. Bien sûr, les difficultés sont nombreuses qui s’opposent à la possibilité même de concevoir un grand marché bancaire et financier de Pretoria à Helsinki en passant par Casablanca. Mais si dresser l’inventaire des obstacles à la construction d’un tel marché déprime et désole, énumérer quelques fortes raisons d’y croire réjouit et console. Nous vous invitons à ce grand voyage.

    Marier la carpe et le lapin!

    En Afrique, la disparité entre systèmes bancaires est telle qu’on ne voit pas, même à terme lointain, comment dessiner l’ébauche d’un marché unique animé par des établissements capables de fournir des services de qualité, dans le cadre d’une réglementation harmonisée (à défaut d’être uniformisée). Comment imaginer aussi le contrôle d’une autorité de tutelle continentale s’appuyant sur des autorités nationales ou régionales capables de travailler ensemble. Ceci pour le secteur bancaire. Ne parlons pas du marché de capitaux.

    Fermer un compte

    livres_jacques_bourrinet_073.jpg

    Un livre du début des années 1970, introuvable sur papier. Existe depuis peu en numérique. Jacques Bourrinet a publié une vingtaine de livres sur les relations commerciales et politiques entre les grandes zones mondiales, dont un sur «Le dialogue euro-arabe». Un analyste à redécouvrir. On se reportera aussi aux divers travaux de recherches menés par Me Tchouata, celui publié par la Revue internationale des services financiers ou de Me Gauvin, sur «le Droit des dérivés de crédit»

    Au  Maroc par exemple, fermer un compte est un exploit. Pourtant c’est un système bancaire éprouvé et des plus performants, constitué d’établissements de qualité, qu’ils soient de capitaux marocains ou étrangers. La régulation y est assurée par une autorité, Bank Al-Maghrib, dont l’incontestable expertise est reconnue depuis bien des années. On devine que de nombreux établissements africains pourraient souffrir de la concurrence d’établissements européens aux procédures internes rigoureuses faisant de la clôture d’un compte une simple formalité.

    Vu d’Europe, comment l’Union qui a digéré, en moins de dix ans, Bâle II et Bâle III, sans trop de dommage sur le plan de la compétitivité de ses banques, pourrait-elle se marier à l’Afrique? En effet, le continent est totalement exclu du «processus de l’élaboration de ces normes» prudentielles.

    Aucun des Etats n’est membre du Comité de Bâle et dont le taux de bancarisation – 5 à 10% dans certains pays. Cela illustre le caractère absolument inadapté, pour ne pas dire la perversité, de normes standardisées, plus technocratiques que démocratiques car conçues par des «experts» désignés et s’imposant à des gouvernants élus?

    La banque et les marchés de capitaux ne figurent pas (contrairement à l’assurance), parmi les douze «domaines d’intérêt communs pour les Etats membres» énoncés par l’article 13 de l’Acte Constitutif de l’Union Africaine du 11 juillet 2000. L’Accord ZLECAf, dont l’article 3 fixe, parmi les «Objectifs généraux», la «circulation des capitaux» ne consacre aucun développement particulier au secteur bancaire et financier.

    lonudi_onu_073.jpg

    Réunion officielle pour  la création de la Zone de libre-échange continentale africaine, ZLECAf, l’année dernière à Kigali. Le projet portait 44 signatures. L’Onudi, ONU pour le développement industriel, calcule que le commerce intra-africain va augmenter de 33% (Ph. DR)

    De notre point de vue, le secteur bancaire et financier participe, comme le secteur de l’assurance, à l’intérêt commun des Etats membres de l’Union Africaine. Au demeurant, banque, finance et assurance sont, depuis plus de deux décennies, trois activités aux frontières de plus en plus poreuses: on parle bien de bancassurance et, pour couvrir les grands risques – notamment pandémiques, climatiques et de catastrophes naturelles – assureurs et réassureurs recourent aux marchés de capitaux. Les autorités marocaines ont bien perçu le phénomène en élargissant le champ de la titrisation aux risques assurantiels. Et puis, questions centrales, l’UE, elle-même, voudrait-elle de cette Eurafrique bancaire et financière? La volonté politique existerait-elle? Et si elle existait, ceux qui ont pour mission de la mettre en œuvre, seraient-ils bien disposés?

    Des ensembles… morcelés

    Avant même d’esquisser l’ébauche d’une Eurafrique bancaire et financière, comment réussir l’intégration financière en Afrique. Pas moins de sept communautés, zones ou régions économiques se chevauchent:
    • Union Economique et Monétaire Ouest Africaine,  UEMOA;
    • Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale, CEMAC;
    • Common Market in Eastern and Southern Africa,  COMESA;
    • Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest, CEDEAO;
    • Southern African Development Community, SADC;
    •Union du Maghreb Arabe, UMA;
    • Communauté d’Afrique de l’Est, CAE.
    Elles se recoupent, imparfaitement de surcroît, avec l’espace «OHADA», où règne la «concurrence des espaces juridiques» génératrice de «droits parfois complémentaires» ou «parfois en «confrontation»» , où les systèmes de paiement sont d’efficacité inégale et dont l’interopérabilité est à construire, où les monopoles bancaires demeurent régionaux, voire nationaux?

                                                                                

    Un espace pour libérer les énergies?

    euro-african_forum_073.jpg

    Le logo d’une toute récente conférence Eurafricaine

    L’évidence conduirait à écarter l’idée d’un grand marché unique bancaire et financier afro-européen (ou euro-africain) et à faire passer ceux qui l’expriment pour fantaisistes, car de quoi parlons-nous? L’Eurafrique bancaire et financière, ce serait:
    Une législation bancaire et financière unique régissant les établissements financiers – établissements de crédit et prestataires de services d’investissement (sociétés de Bourse, etc.) – sur toute l’Afrique et l’Europe;
    Une autorité bancaire et une autorité financière uniques assurant l’application de cette législation unique, contrôlant et, le cas échéant, sanctionnant les établissements financiers défaillants;
    Le droit pour tout établissement financier de tout Etat membre de l’Eurafrique, dès lors qu’il en remplit les conditions, d’exercer son activité sur le territoire de tout autre Etat membre soit en usant de sa liberté d’établissement (en y créant une succursale), soit en exerçant son droit à la liberté de prestation.
    Bien sûr, cette unité de législation et cette liberté d’exercice n’excluraient pas la possibilité d’aménagements pour tenir compte de spécificités de certains pays ou régions, mais l’objectif serait bien d’atteindre, autant que possible, l’uniformisation du secteur bancaire et financier, sur le plan de son organisation et de son fonctionnement, pour, en définitive, «libérer les énergies» en vue de servir l’intérêt général.

     Dans une prochaine analyse, nous essaierons de montrer que «la raison habite l’imagination…»

     

     

     

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc