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    Dossier Spécial

    Le défi de l’aubaine démographique

    Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5565 Le 26/07/2019 | Partager
    Une forte population active, mais peu d’emplois disponibles
    L’industrie, c’est aussi les secteurs traditionnels
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    La population en âge d’activité augmente de 300.000 personnes par an

    Voilà des tendances qui ont un impact important et qui devraient être mises à profit: aubaine démographique, urbanisation (62,4% en 2018 contre 55,1% en 2004) et montée du niveau de la formation de la population compte tenu des tendances observées en matière de scolarisation.

    Les pays qui ont réussi leur décollage économique ont su com­biner ces trois tendances. Le dividende démographique en particulier a des avan­tages, mais les gains ne sont pas automa­tiques. Le défi est de créer suffisamment d’emplois pour soutenir la croissance d’une population en âge de travailler.

    Selon les projections du Haut Com­missariat au Plan, la population devrait passer à 43,6 millions en 2050 contre 35,2 millions en 2018. Elle serait sur une croissance annuelle moyenne de 272.000 personnes par an, soit l’équivalent de la population d’une ville moyenne comme Sefrou!

    Cette évolution démographique serait principalement urbaine sous l’effet de l’exode et de l’urbanisation des zones rurales. Elle s’accompagnera d’un chan­gement dans la structure de la pyramide des âges: la population active devrait s’accroître: les 15-59 ans représente­raient 25,6 millions de personnes en 2050 contre 21,1 millions en 2014. En parallèle l’amélioration de l’espérance de vie induirait une accentuation du vieillis­sement de la population.

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    La population active, les 15-59 ans représenteraient 25,6 millions de personnes en 2050 contre 21,1 millions en 2014

    En tout cas, le Maroc est en phase avancée de transition démographique. Les projections du CE­RED font ressortir le vieillissement accé­léré de la population lié essentiellement à la baisse de la mortalité, à l’allongement de l’espérance de vie, à l’amélioration des conditions de vie des citoyens et à la diminution de la fécondité. La proportion des personnes âgées de 60 ans et plus, qui ne représente en 2018 que 10,5% de la population, augmenterait alors pour atteindre 15,3% en 2030.

    La proportion des vieux dépasserait, même celle des jeunes en 2050, le ratio de vieillesse pas­serait, ainsi, de 16,7% en 2018 à 24,5% en 2030 et à 39,3% en 2050. L’aubaine démographique, puisque le taux de dé­pendance des moins de 15 ans et des plus de 65 ans sera à des niveaux bas durant 20 à 25 ans avant de remonter, renforce, en principe, la croissance potentielle du Maroc.

    Mais elle ne se concrétisera que si l’économie est capable de générer assez d’emplois pour absorber l’offre de tra­vail. Or, le taux d’emploi au Maroc reste faible: 41,7% en 2018. Entre hommes et femmes, l’écart des taux d’emploi est de 46 points (respectivement 65% et 19%). Le constat est aussi alarmant pour les jeunes et les diplômés dont le taux de chômage en particulier dans le milieu urbain est élevé.

    «Cette aubaine démo­graphique offre un potentiel de crois­sance économique inestimable, à condi­tion toutefois d’oeuvrer au renforcement effectif du poids des actifs et d’adopter des politiques appropriées», avait déclaré Ahmed Reda Chami, pré­sident du Conseil économique social et environnemental. Des po­litiques qui devraient notamment assurer une croissance régulière et forte.

    Car la croissance actuelle est faible en emploi: «L’économie est confrontée à deux problèmes: une faible croissance économique et un recul de son contenu en em­ploi. Théoriquement, un point de PIB crée 30.000 postes de travail, mais il n’en produit que 14.000 aujourd’hui», souligne Ayache Khellaf, secrétaire général du HCP.

    «Vu que les besoins changent, la croissance doit créer des emplois qui répondent aux aspirations de la population qui intègre le marché», ajoute-t-il. Dans le cas contraire, les personnes découragées et qui ne trouvent pas de postes adéquats vont se retirer du marché de l’emploi.

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    La baisse du taux d’activité s’explique par le recul important de l’offre de travail des jeunes âgés de 15 à 24 ans dont certains prolongent la durée de leur scolarité et d’autres se retirent du marché du travail face aux difficultés d’insertion. Elle est due également à la faible participation des femmes dans l’activité économique

    Cela renvoie à la nécessaire transformation des structures économiques et notamment une réorientation vers l’industrie et les secteurs à forte valeur ajoutée. L’émergence de nou­velles activités industrielles, notamment l’automobile et l’aéronautique n’est pas suffisante.

    Connu pour son franc-parler, Ahmed Lahlimi, Haut Commissaire au Plan a d’ailleurs invité le gouvernement(1) à miser sur la R&D. Celle-ci devrait ani­mer les écosystèmes et non les déloca­lisations. Un intérêt particulier devrait être aussi accordé aux secteurs tradition­nels: le textile et l’agroalimentaire qui ont résisté au Plan d’ajustement structu­rel. Le premier au lieu de se renouveler s’est concentré sur «la préparation de la fin de l’accord multifibre avec des investisseurs qui ont tout liquidé et qui ont misé notamment sur le foncier».

    Le textile connaît aujourd’hui une cer­taine reprise, mais les risques inhérents aux changements de l’environnement doivent être pris en compte: «beaucoup de choses vont nous opposer à la concur­rence asiatique et moyen-orientale, notamment l’accélération du e-com­merce. Amazon et Alibaba par exemple incorporent seulement les industriels qui mènent leur transformation numérique et qui arrivent à être créatifs», a relevé Lahlimi.

    Dans l’agroalimentaire, le taux d’intégration doit croître notamment au niveau de l’amont. Le processus est déjà lancé «mais cela nécessite des capitaux et se fait sur la durée. La partie indus­trielle exige une implication de l’Etat», poursuit le Haut Commissaire au Plan.o
    Khadija MASMOUDI

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    (1) Lors de la conférence de presse sur le budget exploratoire organisée mardi 9 juillet à Casablanca

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