×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Croissance faible, déficits jumeaux,… Deux maladies chroniques de l'économie

    Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5563 Le 24/07/2019 | Partager
    Une conférence-débat organisée par le think tank CDS
    Faut-il toujours croire à l’indicateur du taux de croissance?
    solde_compte_063.jpg

    Selon les prévisions de Bank Al-Maghrib, le déficit du compte courant s’établirait 4,5% en 2019 puis à 3,1% en 2020. Les recettes d’IDE, autour de 3,4% du PIB, et les entrées au titre des prêts connaîtraient des augmentations notables, avec deux sorties internationales du Trésor en 2019 et 2020 contribueraient à la baisse du déficit. Mais tout peut évoluer si les tensions géopolitiques dans le détroit d’Ormuz embrasent le prix du pétrole dans les prochains mois

    Dix ans après sa création, CDS, le think tank fondé par Mohamed Benamour, ancien président de la Fédération du tourisme et initiateur du premier contrat-programme du secteur, s’est affirmé en tant que lieu de débat sur des politiques publiques. Au-delà, ce centre de réflexion s’est positionné comme une  force de proposition.

    Le CDS balaie des sujets assez variés: la politique des villes nouvelles, l’éducation, la santé, la société de la connaissance,  la régionalisation, la finance sociale et solidaire, la colocalisation, l’intégration africaine, la diplomatie économique et la diaspora marocaine. A cela s’ajoute le remarquable symposium sur l’industrie du tourisme organisé l’année dernière à Rabat.

    Pour sa session d’avant le break estival, les échanges ont été particulièrement intenses. Le sujet, il est vrai, s’y prête: le décryptage de la conjoncture économique du pays. Deux indicateurs ont été scrutés par Nezha Lahrichi, ancienne PDG de la Société marocaine d’assurance à l’export (Smaex): le taux de croissance du PIB et le déficit de la balance commerciale.

    Le premier qui cristallise souvent l’attention, et par conséquent le plus influent, constate le Pr Lahrichi, est le rythme de l’évolution du PIB, le fameux taux de croissance. La pertinence de cet indicateur est aujourd’hui remise en cause (voir encadré). L’OCDE et une commission spéciale présidée par Joseph Stiglitz, prix Nobel de l’économie, avaient réalisé de remarquables travaux sur ce sujet. Leur conclusion était la même: cet indicateur inventé en 1930 ne renseigne plus sur la «richesse des nations».

    En attendant, il va falloir composer avec. Pour l’économie marocaine, tous les instituts de prévision -HCP, Bank Al-Maghrib, Banque mondiale et CMC- convergent vers le même constat: à 2,8% en 2019 contre 3% l’an dernier, la croissance de l’économie marocaine marque le pas. La très bonne tenue des activités non agricoles (+ 3,6%) ne suffira pas à accélérer la création des richesses. Moins de croissance veut dire moins de commandes pour les entreprises et, donc, moins de jobs.

    En l’espace d’une année, les créations d’emplois seraient divisées presque par 8. De 116.000 en 2018 à seulement 15.000 postes attendus en 2019! Petit espoir, la banque centrale anticipe 4% de croissance l’année prochaine, mais avec peu de contenu en emplois, le tableau ne devrait guère changer.

    Le second indicateur qui retient l’attention est celui du déficit commercial, observe l’ancienne présidente de la Société marocaine d’assurance à l’export. BAM impute le ralentissement des exportations à la décélération des phosphates et ses dérivés sur les marchés extérieurs.

    Le HCP lui, se focalise sur l’analyse de la filière phosphatière et relève une hausse de production de 6,9%, entraînée par la demande. Qui croire? Ce secteur a bénéficié du regain de la demande des industries chimiques locales et d’une progression de la demande mondiale des fertilisants de 4,3% de la part du Brésil et de l’Inde, deux débouchés stratégiques du groupe OCP.

    La direction des études et de la prévision financière du ministère des Finances, elle, met l’accent sur la hausse des importations pour expliquer le creusement du déficit de la balance commerciale. La progression des importations de biens d’équipement de 7,1% et celles de demi-produits de 7,2% «témoigne d’un bon comportement de l’investissement».

    Cette appréciation est corroborée par l’analyse du HCP qui précise que «les importations de biens finis de consommation n’auraient crû que de 0,8% en glissement annuel au lieu de 10,5% en 2018». La demande intérieure reste le principal moteur de la croissance, «mais la consommation est financée en partie par le crédit», tempère Nezha Lahrichi.

    Consolider les acquis,  plus de visibilité aux opérateurs

    croissance_faible_ph_063.jpg

    «Notre pays a réalisé sous le leadership royal des progrès importants lui assurant une stabilité reconnue les observateurs. Son positionnement régional au sein de l’Union Africaine (UA), comme sa politique mesurée en ont fait un interlocuteur privilégié vis-à-vis de très nombreux pays et institutions. Son attractivité pour les investisseurs étrangers et la confiance dont il jouit auprès d’institutions financières internationales, comme l’appréciation des agences de notations, sont de vrais acquis. Aussi, pour consolider et pérenniser ces acquis, notre pays gagnerait à revoir la gouvernance de ses politiques publiques pour lui assurer davantage de cohérence, d’efficacité et de rendement.  Cette visibilité est nécessaire tant pour les politiques publiques que pour une gouvernance appropriée. Elle donnera ainsi plus de confiance au citoyen et à l’opérateur économique et renforcera l'adhésion de nos concitoyens à l’action publique».

                                                                              

    Produit intérieur brut, mais pas du bonheur

    Le calcul de la croissance repose sur la définition du PIB, soit  la façon de mesurer la richesse nationale qui est ramenée à la production marchande. Cette approche soulève des questions dans tous les pays quel que soit leur niveau de développement, étant donné que son calcul est régi par des normes internationales et les mêmes bases conceptuelles, observe le Pr Nezha Lahrichi.  

    Le PIB et la croissance ne mesurent pas le bien-être avec une question dérivée: le PIB rend-il vraiment heureux? Le bien-être objectif s’appuie sur des critères précis: bonne santé, espérance de vie, maîtrise des connaissances, etc. C’est à l’Etat d’assurer la base matérielle du bonheur, d’où l’importance du PIB sans que sa croissance soit suffisante; un pays peut être productif, riche, prospère  et ses habitants insatisfaits, ainsi le bonheur a son plafond de verre, il dépend des attentes et non des conditions objectives sauf que les attentes augmentent et changent à mesure que les conditions de vie s’améliorent.

    Les comptables nationaux admettent que le PIB et la croissance ne mesurent pas le bien-être car ce n’est pas leur sujet. Ils ne s’intéressent qu’à la production marchande et plus exactement à la valeur ajoutée marchande de tous les biens et services pendant une année.

    En outre, rien n’empêche de proposer des indicateurs de bien-être comme par exemple l’indicateur de satisfaction dans la vie: l’augmentation du niveau de vie n’implique pas nécessairement une augmentation du sentiment de bien-être sur le long terme, c’est pourquoi il faut un indicateur subjectif pour vérifier que le ressenti est en phase avec les conclusions des indicateurs objectifs.

    Le  Maroc est également concerné par la distance critique qu’il y a à prendre avec le modèle dominant de la statistique marqué par des contributions oubliées comme le travail domestique et les activités bénévoles. Les questions immédiates, concernent les difficultés liées à l’information statistique et à la nécessité de l’affiner; les manques fondent une conviction, celle de la sous-évaluation du PIB marocain. Les imperfections concernent l’investissement privé, le secteur informel, le PIB régional, les revenus et  les patrimoines; or, la connaissance des revenus est essentielle pour déterminer leur répartition et mesurer les inégalités en vue de les corriger. La croissance économique, c’est la croissance de quoi? Et pour qui?.

    A.S.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc