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    Médecine: Les facultés payantes montent en puissance, mais…

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5552 Le 09/07/2019 | Partager
    Imposées à un seuil de 14,4/20, elles craignent une fuite massive de bacheliers
    Pour évaluer le mérite des lauréats, elles réclament un examen de fin d’études national
    Des tarifs entre 94.000 et 130.000 DH par an
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    De 2015 à 2019, les facultés payantes de médecine, pharmacie et médecine dentaire ont presque quadruplé le nombre de leurs étudiants. Actuellement, elles en sont à environ 17% du total des effectifs du secteur. Les filles y sont majoritaires, avec une part de plus de 61%, soit 2.230 sur 3.642 étudiants en 2018-2019. Dans le public aussi les filles dominent, avec une part de près de 60%

    Chaque année, les facultés de médecine, de pharmacie et de médecine dentaire payantes arrivent à capter un nombre plus important d’étudiants (voir graphique). Et ce, malgré leurs tarifs élevés, entre 94.000 et 130.000 DH par an. «Nous restons dans la moyenne du coût de formation des médecins dans le public, qui varie entre 120.000 et 130.000 DH par an», précise Saïd Oulbacha, doyen de la faculté de médecine de l’Université Mohammed VI des sciences de la santé (UM6SS), également ancien secrétaire d’Etat en charge de la Formation professionnelle. Les concours d’accès écrits se déroulent cette année entre le 27 juillet et le 3 août. 
    Les places disponibles dans le public étant limitées, et les seuils d’accès de plus en plus élevés, elles ont offert à des milliers de bacheliers la possibilité de réaliser leur rêve de poursuivre des études en médecine. «Et ils peuvent le faire dans leur pays, et dans des conditions de qualité», souligne Rachida Ameziane, doyenne de la faculté de médecine dentaire de l’Université internationale de Rabat (UIR), qui compte quelque 550 étudiants.  
    Le 16 juin dernier, le ministre de l’Education nationale, Saaïd Amzazi, a transmis une note à l’ensemble de ces établissements, fixant les conditions d’accès, les dates et les contenus des concours, le nombre de places à ouvrir, la durée de la formation, les diplômes… Globalement, les facultés payantes sont déjà soumises aux mêmes conditions que leurs homologues publiques. «Pour obtenir l’autorisation d’ouvrir, nous avons dû remplir le même cahier des charges», rappelle Ameziane. «Nous sommes gérés par les mêmes lois, nous suivons le même système d’enseignement et le même cahier des normes pédagogiques. Mieux encore, nous disposons d’une plus grande souplesse en matière de gestion, ce qui nous permet d’assurer une formation de qualité», ajoute Saïd Oulbacha. 
    Cela dit, la note ministérielle comporte une grande nouveauté, liée à l’accès aux concours des facultés payantes: Un seuil de 14,4/20, calculé à 75% sur la base de la note de l’examen national du baccalauréat, contre 25% pour l’examen régional. La note du contrôle continu, elle, n’est pas prise en considération. Une manière de contourner le gonflage des moyennes. Selon le ministère, il existe en général une différence de 4 à 5 points entre les notes du contrôle continu et celles du bac. Un écart pour le moins anormal.  
    Auparavant, c’étaient les facultés privées qui fixaient leur propre seuil. Elles pouvaient parfois descendre jusqu’à 12/20. Elles envoyaient, cependant, la liste des candidats choisis pour passer le concours au ministère, et c’est lui qui décidait au final des candidats autorisés. «Ce seuil est pour moi une erreur, une aberration sans base juridique. Dans d’autres pays, il n’existe pas. Tous les bacheliers ont le droit de concourir pour accéder à des études en médecine. Le concours est le seul critère objectif permettant de trancher sur le mérite des candidats», estime Oulbacha. Un avis que partage la doyenne de la faculté de médecine de l’UIR. «A l’origine, le seuil a été instauré pour les facultés publiques, car elles ne pouvaient pas répondre à la demande grandissante des étudiants. Nous, nous disposons de la capacité de les accueillir», justifie Oulbacha.

    Des milliards de DH investis

    en infrastructures

    Les établissements payants ont, en effet, investi des milliards de DH en infrastructures. Chaque faculté possède son propre hôpital d’application, où les étudiants peuvent passer des stages et s’exercer. Celle de l’UIR, par exemple, détient une clinique de 75 fauteuils. Pour sa part, la faculté de l’UM6SS dispose de l’hôpital Cheikh Khalifa, et bientôt elle aura accès à l’hôpital Mohammed VI que l’université ouvrira à Bouskoura cette année, avec une capacité de 700 lits, soit l’équivalent du CHU de Casablanca. Un troisième est prévu d’ici deux à trois ans. Elle bénéficie, par ailleurs, du plus grand centre de simulation en Afrique, de 4.000 m², actuellement en cours d’équipement en matériel robotique. Pour suivre les dernières tendances en matière de formation, l’UM6SS prépare le lancement d’écoles d’intelligence artificielle et de réalité virtuelle dans le domaine de la santé. «Dans les dix prochaines années, l’université, qui présente une offre de formation intégrée dans tous les domaines de la santé, sera considérée comme un pilote en Afrique et au Moyen-Orient», prédit Oulbacha.  
    Aujourd’hui, les facultés payantes craignent un «départ massif» de candidats à l’étranger. Auparavant, tous ceux qui n’arrivaient pas à décrocher une place dans les facultés de médecine et de pharmacie publiques étaient contraints de s’expatrier, dans des pays comme le Sénégal, la Russie, la Roumanie…«Cela coûte le double des frais qu’ils paient au Maroc», relève Saïd Oulbacha, dont l’établissement accueille près de 1.200 étudiants. «Le Maroc a besoin de former un maximum de médecins et de cadres médicaux. Nous n’avons que 6,3 médecins et 7,9 infirmiers pour 10.000 habitants, les niveaux de mortalité maternelle et infantile sont toujours trop élevés et nous sommes à la traîne par rapport à notre région», déplore-t-il. 
    Les facultés payantes contribuent justement à l’effort de formation de l’Etat. «Quant au niveau des lauréats, un examen de fin d’études national permettrait de distinguer les bons des mauvais», souligne Rachida Ameziane. Des concours et des examens de fin d’études nationaux, c’est ce que revendiquent les facultés payantes. Ce serait le même modèle que pour l’examen national du baccalauréat, auquel les élèves du public et du privé sont soumis au même titre. L’accès au concours de résidanat des facultés publiques, c’est l’autre contrainte à laquelle les établissements payants sont confrontés. 

    La quasi-totalité des établissements est à but non lucratif

    C’est à partir de 2015 que les facultés de médecine, de pharmacie et de médecine dentaire payantes ont commencé à s’installer au Maroc. Il en existe 8 au total, dont 6 relèvent d’universités gérées par des fondations à but non lucratif, à savoir l’Université Mohammed VI des sciences de la santé (UM6SS) et l’Université internationale Abulcasis des sciences de la santé (UIASS). Une septième, de médecine dentaire, appartient à l’Université internationale de Rabat (UIR), elle-même à but non lucratif, créée à l’issue d’un partenariat avec l’Etat. 30% de ses étudiants reçoivent une bourse financée par l’Etat, d’un montant annuel de 50 millions de DH. La huitième faculté payante, de médecine, a été ouverte il y a un an par l’Université privée de Marrakech (UPM). Elle est adossée à l’hôpital privé de Marrakech, que l’UPM a racheté à près de 500 millions de DH. Il s’agit à ce jour de l’unique faculté de médecine purement privée au Maroc.  Les établissements payants s’appuient sur des enseignants permanents et vacataires, y compris de l’étranger. Ils dépendent encore en grande partie des enseignants du public, qu’ils emploient à travers des conventions avec les universités publiques. En attendant, ils continuent de recruter afin de gagner leur autonomie. La faculté de médecine de l’UM6SS, par exemple, s’apprête à embaucher une cinquantaine de professeurs assistants, pour doubler ses effectifs enseignants. Elle ambitionne d’atteindre 200 profs permanents en 2020-2021. 

    Si la loi est claire sur la question, autorisant tous les candidats, même étrangers, à s’y présenter, les étudiants du public ne l’entendent pas de cette oreille. Accusant l’Etat de vouloir privatiser l’enseignement supérieur à tout prix, et leurs camarades du privé et privé à but non lucratif «d’acheter leur diplôme», ils refusent de les voir passer ce concours destiné à préparer la spécialité médicale. Même si de leur côté, les étudiant du public ne se refusent pas le droit de passer le concours de résidanat des établissements payants… Ils ont fait de ce point la principale revendication de la grève qu’ils mènent depuis mars dernier. De son côté, l’Etat est resté inflexible sur la question, entendant garder le concours ouvert pour tous. Mais le restera-t-il jusqu’au bout?

     

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