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    Participation économique des femmes: Pourquoi 8 marocaines sur 10 sont inactives

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5547 Le 02/07/2019 | Partager
    Un écart vertigineux avec le taux d’activité masculin, de 48,7 points
    Plus de 62% ne possèdent aucun diplôme
    La moitié de celles qui travaillent sont des aides familiales
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    Plus des trois quarts des femmes inactives se consacrent à leur foyer. A peine 12,8% sont élèves ou étudiantes. Chez les hommes, les études sont le principal motif d’inactivité

    22,2% seulement des marocaines en âge de travailler (15 ans et plus) sont actives. Par «actives», entendez bien: possédant un emploi ou en train d’en chercher. Les autres, presque 8 sur 10, sont tout simplement inactives. Le chiffre pourrait surprendre certains. Pourtant, il est bien véridique. Il suffit de faire un tour dans les statistiques du HCP sur la situation du marché du travail en 2018 pour le vérifier. Il y a pire. Ce taux est en dégradation constante sur les 20 dernières années (voir illustration). Comment un pays peut-il évoluer en étant privé de la majorité écrasante de ses ressources féminines? Et, surtout, comment peut-il prendre à la légère une telle réalité…? Oui, cette tendance baissière est générale. Chez les hommes aussi, l’on constate un recul continu du taux d’activité. La situation est, toutefois, beaucoup plus inquiétante du côté de la gent féminine, déjà quasi exclue du marché du travail. Sur cet aspect, le Maroc se place bien en deçà de la moyenne des pays à revenu intermédiaire de tranche inférieure, dont le taux d’activité des femmes est de 39%, selon une note conjointe du HCP et de la Banque mondiale sur le marché du travail au Maroc: Défis et opportunités (novembre 2017). Entre hommes et femmes, le gap est vertigineux. L’écart des taux d’activité entre les deux est de 48,7 points. En effet, 70,9% des hommes marocains sont actifs. Un taux comparable aux pays les plus avancés. Pourquoi les femmes sont-elles aussi écartées du marché de l’emploi? L’amélioration du taux de scolarisation fait partie des explications qui reviennent le plus souvent. D’ailleurs, depuis 2000, le taux d’activité ne cesse de reculer au fur et à mesure que celui de la scolarité augmente. Cela n’explique, cependant, pas tout. La structure de la population des femmes inactives montre que plus des trois quarts sont femmes au foyer, et seulement 12,8% sont élèves ou étudiantes.

     
    Victimes d’une école «qui se régule par le rejet»
     

    Certes, presque la totalité des filles en âge d’aller à l’école primaire sont scolarisées. Néanmoins, d’un cycle à l’autre, leur nombre se réduit. Leur taux net de scolarisation passe de 96,8% au primaire (2017), à 60,4% au collège, puis à 37,1% au lycée. Pour les filles rurales, l’hémorragie est encore plus importante. Elles passent de 99,3%, à 36,6% puis à 11,4% seulement. Une fois en dehors de l’école, elles se retrouvent sans qualifications, livrées à elles-mêmes. Une bonne partie se transforme en NEET ou nini, cette catégorie ni à l’école, ni en formation ni en entreprise. 45,1% des filles de 15 à 24 ans sont ainsi des NEET, contre 11,4% des jeunes hommes. Sur le total de la population des nini, 79,3% sont des filles. Ces dernières paient ainsi le prix d’une école «qui se régule par le rejet», comme diraient les experts du Conseil supérieur de l’éducation. Sans compétences, elles n’osent pas franchir le pas. En 2017, quelque 62,2% des Marocaines âgées de 15 ans et plus ne possédaient aucun diplôme (81,7% des rurales), 26,5% détenaient un diplôme de niveau moyen (16,4 des rurales) et à peine 11,3% un diplôme supérieur (1,8% des rurales). Selon certains économistes (Fouzi Mourji et Abdeljaouad Ezzrari), les dames opèrent une «auto-sélection».

     
     
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    Sur les 20 dernières années, le taux d’activité féminin marque un recul continu. Depuis 1999, il a diminué de 8 points. Les plus diplômées sont celles qui ont enregistré la plus forte baisse d’activité, avec plus de 9 points perdus

     

     

    Avant de se lancer sur le marché, elles pèsent le pour et le contre, autrement dit, le «coût d’opportunité». Elles évaluent plusieurs aspects: leurs qualifications, le salaire espéré (généralement inférieur de 25% à celui des hommes), le coût d’une aide ménagère ou d’une nounou, les responsabilités familiales… Le manque de soutien qui leur est accordé, que ce soit par les pouvoirs publics (crèches communales, congé de paternité…), les employeurs, peu sensibles à leurs contraintes, ou encore les conjoints, n’arrange pas les choses. Sans compter l’influence sociale et culturelle, parfois même religieuse, voulant que la femme doive d’abord s’occuper de sa famille et de son ménage. Encore une fois, plus des trois quarts des femmes inactives sont femmes au foyer.

    Pourquoi pas un plan d’urgence?
     

    Parmi celles qui arrivent à se faire une place sur le marché de l’emploi, la plus grosse part, soit la moitié, s’y insère en étant aide familiale. Cette part monte à 70,4% chez les femmes rurales, selon le HCP. 16,5% sont des travailleuses indépendantes et presque le tiers est formé de salariées. Environs 4 sur 10 exercent sans rémunération (7/10 parmi les rurales), contre seulement 9,5% des hommes. Leur situation est pour le moins difficile. Une telle réalité devrait, en principe, déclencher un plan d’urgence national d’intégration économique des femmes. Le Maroc en sortirait gagnant, ne serait-ce que par effet mécanique de l’augmentation de la population active sur le PIB. Le FMI évalue le gain de l’élimination des discriminations envers les femmes et de l’amélioration de leur insertion économique à 35% en moyenne (voir article suivant). Une manne considérable.

     
     
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