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    Europe Talks: Créer du dialogue contre les stéréotypes

    Par L'Economiste | Edition N°:5543 Le 26/06/2019 | Partager
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    Philip Faigle (gauche) lors d’une conférence «Europe Talks» à Bruxelles, avec deux participants (Source: Lena Mucha for Zeit Online)

    Brexit, changement climatique, migrants... Les sujets qui divisent les Européens sont nombreux, alimentant la méfiance et l’incompréhension parmi les citoyens. Afin de combler le fossé, un groupe de journalistes du média en ligne allemand Zeit Online et des médias de tout le continent (arte.tv en France et en Allemagne, le Financial Times en Grande-Bretagne, Politiken au Danemark, HuffPost et La Repubblica en Italie, Capital en Bulgarie, Delfi en Estonie et en Lettonie, De Standaard et Knaack en Belgique, Der Standard en Autriche, EfSyn en Grèce, GazetaWyborcza en Pologne, HelsinginSanomat en Finlande et Morgenbladet en Norvège) ont mené une expérience baptisée Europe Talks («Conversations européennes»), quelques semaines en amont des élections européennes. L’idée était de susciter des conversations en face à face entre des personnes de différents pays ayant des opinions politiques opposées. Rédacteur en chef des projets spéciaux de Zeit Online et l’un des chefs de projet d’Europe Talks, Philip Faigle explique comment ce type d’initiative peut aider à briser les stéréotypes.

    - A l’ère des forums en ligne, des réseaux sociaux et des chaînes d’information 24h/24, pourquoi réunir des personnes politiquement opposées de différents pays? 
    - Philip Faigle: Tout a commencé à la rédaction, quelques mois avant les élections générales allemandes de 2017, qui ont révélé un certain nombre de sujets controversés qui polarisaient la société. On voulait susciter des conversations entre des gens aux points de vue opposés, pour qu’ils puissent entamer un dialogue en dehors de leur propre bulle. Ce fut le début de Germany Talks («Conversations allemandes»). Nous avons posé une série de questions en ligne à nos lecteurs sur des sujets tels que les réfugiés, l’énergie nucléaire ou la Russie, et nous leur avons demandé s’ils étaient prêts à rencontrer quelqu’un ayant un avis antagonique. Puis nous les avons matchés grâce à un algorithme, une sorte de Tinder pour les personnes ayant des opinions politiques divergentes. Une fois le processus de jumelage terminé, ils se sont rencontrés en personne. Certaines discussions ont duré une demi-heure, d’autres neuf heures. Dans l’ensemble, tout s’est très bien passé. 

    - Et l’objectif d’Europe Talks? 
    - Nous voulions amener les gens de différents pays européens à se parler entre eux, comme nous l’avions fait en Allemagne, et à découvrir comment pensent leurs concitoyens européens. Nous avions l’impression que les Allemands ne savaient peut-être pas comment vit un chauffeur de camion en France qui participe au mouvement des «gilets jaunes», ou quelles étaient les raisons pour lesquelles quelqu’un au Royaume-Uni avait voté pour le Brexit.  En amont des élections européennes, nous pensions que ces conversations pouvaient aider les gens à mieux comprendre les événements qui se déroulent ailleurs dans l’Union européenne en discutant de sujets tels que les taxes sur les carburants pour lutter contre le changement climatique, les contrôles aux frontières nationales, ou si les pays riches doivent aider les plus pauvres. 

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    Des centaines de participants de «Europe Talks» se sont rendus au Centre des beaux-arts Bozar à Bruxelles. Après le spectacle, tous les participants se sont rassemblés sur scène 
    (Source: Lena Mucha for Zeit Online)

    - Comment vous l’avez mis en place? 
    - Nous nous sommes associés à 15 rédactions de différents pays européens et avons lancé le processus d’inscription en mars 2019. Les personnes qui souhaitaient participer devaient répondre à sept questions nous permettant de les jumeler avec une personne d’un pays voisin. Environ 21.000 personnes de 33 pays -plus que ceux de l’UE- se sont inscrites et plus de 16.000 ont confirmé leur désir de participer ensuite. Notre algorithme a trouvé un partenaire pour presque tout le monde, mais en fin de compte, 6.000 personnes ont participé à la réunion, un bon chiffre si l’on considère qu’elles devaient traverser des frontières. Certains participants se sont rencontrés en ligne, par vidéoconférence, mais d’autres ont parcouru de longues distances. Un citoyen grec, par exemple, a rencontré une personne de Bulgarie. 

    - Comment avez-vous géré les risques de réunir des personnes aux opinions divergentes?
    - Comme nous étions conscients des risques, nous leur avons posé des questions sur leurs vies avant de les jumeler. Nous avons également recommandé à tout le monde de se réunir dans un espace public, et non pas à la maison. Tout s’est très bien passé, il y a eu des discussions animées, mais aucun incident violent. En fait, tout le contraire, nous avons reçu des courriels de participants qui étaient extrêmement heureux de leurs expériences. En ce qui concerne Germany Talks, environ 90% des retours ont été positifs, et pour Europe Talks, nous avons réuni quelque 500 participants à Bruxelles et tout le monde avait l’air vraiment satisfait du résultat.    

    - Avez-vous eu des retours de quelqu’un dont le point de vue a changé après l’expérience?
    - L’Institut Briq et l’Université de Bonn ont mené une étude à la suite de Germany Talks qui a montré que certaines personnes avaient effectivement changé d’avis, même si l’on ne savait pas toujours clairement dans quel sens. La recherche a également montré que les discussions ont réduit les stéréotypes à l’égard des personnes de l’autre côté de l’échiquier politique. Mais ce qui nous intéressait le plus, c’était que les gens entament un dialogue. 

    - Avez-vous rencontré des difficultés en transformant l’initiative allemande en une expérience transfrontalière? 
    - La question de la langue fut un défi. Les gens en Europe parlent beaucoup de langues différentes, ce qui peut expliquer pourquoi ils ont du mal à comprendre les problèmes auxquels d’autres pays européens sont confrontés en premier lieu. Nous nous sommes interrogés sur le fait de mener le projet et tout traduire dans toutes les langues. Finalement, nous avons décidé de simplifier les choses et de le faire uniquement en anglais.  

    - Cette expérience indique-t-elle que le journalisme est en train d’évoluer, au-delà du reportage de l’actualité, vers un rôle plus constructif et plus global dans la société?
    - Personnellement, je crois que ce type de projet s’intègre parfaitement dans une rédaction. Parfois, les gens se demandent s’il s’agit encore de journalisme. De mon point de vue, oui. La création d’un débat a toujours fait partie de l’ADN du journalisme. 

    - Y aura-t-il un jour des «Conversations mondiales»? 
    - Peut-être! Nous souhaitons certainement continuer à mener des expériences comme celle-ci. Il est trop tôt pour dire comment, mais nous avons beaucoup d’idées.o

    Par Carolina Rosendorn

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