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    Au Maroc, comment les jeunes sont sauvés de l’échec grâce au hardware

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5543 Le 26/06/2019 | Partager
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    A Casablanca, Al Jisr bénéficie d’un bâtiment au sein du lycée Moulay Abdallah. Une soixantaine de jeunes (bientôt 120) y apprennent la maintenance informatique, les soft skills et l’entrepreneuriat. L’ONG cherche des partenaires pour monter 3 nouveaux sites, à Tanger, Kénitra et Settat
    (Ph. A.Na)

    Apprendre la maintenance informatique à des jeunes en décrochage scolaire en démontant des ordinateurs usagés. Le principe est simple, mais très formateur. Le programme, déployé par l’ONG Al Jisr, permet également de recycler jusqu’à 200 tonnes de déchets électroniques et d’équiper des écoles publiques en ordinateurs.

    UN jeune sur quatre âgé de 15 à 24 ans au Maroc est un «nini»: Ni à l’école, ni en formation ni en entreprise. Cette population, désœuvrée, exclue de tout, est au nombre de 1,7 million. Une véritable bombe sociale. Ce statut de «nini» commence souvent par un échec ou un abandon scolaires. Chaque année, ils sont entre 250.000 et 350.000 élèves à quitter les bancs de l’école publique (315.273 en 2018). Sans qualifications, ils enchaînent très jeunes les petits emplois précaires, ou bien, décrochent de tout.
    Al Jisr connaît bien cette catégorie de jeunes, souvent démotivés et complètement désorientés. L’ONG s’est donnée pour mission de leur apprendre un métier et de les doter de soft skills à même de leur permettre de s’insérer plus facilement sur le marché du travail. Il y a une dizaine d’années, elle a lancé l’initiative «Green Chip» avec plusieurs partenaires, dont le mécanisme de subvention américain MEPI (Middle East Partnership Initiative). Le programme permet d’apprendre le hardware aux jeunes. Comment? En démontant de vieux ordinateurs. 

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    L’ONG récupère annuellement des ordinateurs et matériels informatiques usagés auprès de dizaines d’entreprises et administrations publiques. Ils atterrissent dans ses deux centres de formation à Casablanca et Oujda, où de jeunes stagiaires se chargent de les traiter. Les postes récupérables sont réparés et offerts à des écoles publiques. Les autres sont démontés et transmis au géant marocain des mines, Managem, partenaire du programme, qui s’occupe d’en extraire les minerais. Al Jisr, qui récupère chaque année 150 à 200 tonnes de déchets électroniques, fait ainsi d’une pierre trois coups: formation de jeunes à un métier, recyclage de déchets électroniques et équipement d’écoles publiques en matériel informatique, réduisant ainsi la fracture numérique en milieu scolaire. 

    Recyclage de téléphones pour les malades du cancer démunis

    Elles sont grandes les ambitions d’Al Jisr. L’association lance bientôt un nouveau projet de formation basée sur du recyclage, mais cette fois-ci, de téléphones portables. Baptisé «Green Chip Mobile», le programme est développé en partenariat avec une plateforme numérique dédiée aux patients atteints du cancer, Tbibcom. La plateforme a été créée par une jeune marocaine diplômée de HEC Paris, Yasmina Benchekroun. L’idée est de  collecter des portables usagés, et de les valoriser dans le cadre de la formation Green Chip visant à diplômer des agents de maintenance mobile. Les smartphones remis à niveau seraient équipés de l’application Tbibcom, et remis à des patients démunis dans les centres d’oncologie publics. L’application offre un contenu pédagogique ludique, permettant de comprendre la maladie et de mieux appréhender le traitement par chimiothérapie. Elle sert également à anticiper les complications du traitement et à éviter les décès toxiques, à travers l’éducation thérapeutique. Pour réussir ce projet, Al Jisr espère associer des partenaires à la collecte de téléphones mobiles usagés, notamment des opérateurs télécoms. 

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    Au démarrage du programme en 2010, l’ONG ne savait pas quoi faire des tonnes de déchets électroniques qui s’accumulaient dans son centre. L’idée du recyclage lui viendra plus tard. Entre le ramassage des matériels informatiques, leur démantèlement et leur envoi chez Managem, toute une logistique est déployée (Ph. A.Na)

    Le cursus d’une année, dont 3 mois de stage, est consacré à 80% à la pratique. Il est sanctionné par un diplôme d’agent de maintenance informatique, et d’une attestation d’agent de démantèlement. Les jeunes reçoivent une bourse mensuelle de 1.000 DH (500 DH à Oujda). Ceci les motive à poursuivre la formation jusqu’au bout. Ils profitent, également, de cours de langue et de communication, d’ateliers artistiques, d’entrepreneuriat, de techniques de recherche d’emploi… A la fin du programme, ils sont accompagnés pour trouver un travail. «Leur taux d’insertion sur le marché tourne autour de 60%. C’est une performance qui reste honorable», précise le président de l’association, Mohamed Lhalou. «Cette année, nous avons monté tout une taskforce pour accélérer leur insertion professionnelle», ajoute Wafa Berny, directrice générale. L’ONG s’apprête à monter en puissance. Elle a déjà augmenté le nombre de ses bénéficiaires cette année, passant de 40 à 60 lauréats par promotion à Casablanca (une trentaine à Oujda). A la prochaine rentrée, elle montera à 120 dans la capitale économique, soit le double. Al Jisr cherche, en outre, des partenaires pour ouvrir trois nouveaux centres Green Chip à Tanger, Kénitra et Settat. 

    Bientôt la version 2.0 pour former des développeurs

    Forte de  son expérience, Al Jisr appréhende aujourd’hui un cursus plus pointu: Green Chip 2.0, destiné à former des développeurs web/data, des référents digitaux, responsables de data security… trois sites seront ainsi bientôt ouverts à Oujda, Berkane et Jerrada dans l’Oriental. L’objectif est d’insérer sur le marché de l’emploi 150 jeunes de 15 à 25 ans, en situation de vulnérabilité, à travers l’apprentissage de métiers du digital, très demandés par les entreprises. Dans la région de l’Oriental, cette catégorie représente plus de 18% de la population. 30,2% sont des chômeurs sans qualifications (trois fois plus que la moyenne nationale). «Les métiers du digital permettront aux jeunes de la région de dénicher des opportunités de travail à distance, dépassant la contrainte de la mobilité géographique, et d’élargir le spectre de leurs opportunités au-delà du marché local», souligne-t-on à Al Jisr. 
    En parallèle, l’ONG gère un centre de formation professionnelle de la deuxième chance à Casablanca, où elle accueille des jeunes en décrochage scolaire. Elle pilote, par ailleurs, diverses initiatives en faveur d’établissements scolaires, dont le Biblio-Bus, une bibliothèque mobile faisant des tournées dans des écoles périurbaines et rurales défavorisées, notamment dans la région de Casablanca. Dans chacune de ses escales, le Biblio-Bus organise des ateliers de lecture, écriture, projection de documentaires et de films… des clubs de lecture sont créés au sein de chaque établissement visité. Autant d’initiatives pour une jeunesse, souvent, laissée pour compte.

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