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    Analyse

    Télécoms/haut débit: Comment le Maroc a perdu son leadership régional

    Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5542 Le 25/06/2019 | Partager
    Les taux de pénétration parmi les plus bas dans la région Mena
    Les perspectives de croissance limitées
    Selon la Banque mondiale, le Fonds de service universel ne joue pas pleinement son rôle
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    Source: Banque mondiale
    es pays où les taux de pénétration du haut débit étaient comparables à ceux du Maroc, ont depuis lors mis en œuvre des réformes et ont pu renverser la tendance. L’infographie montre l’évolution des taux de pénétration du fixe (gauche) et ceux du haut débit (droite) dans la région Mena

    Au Maroc, l'accès haut débit reste trop onéreux pour 60% de la population. Les circonstances sont similaires dans de nombreux pays africains, mais les raisons principales en sont spécifiques au Maroc. Selon la Banque mondiale(1), le Royaume maintient des barrières à l'entrée pour les acteurs qui souhaitent déployer leur propre infrastructure. Le marché du haut débit est toujours consolidé autour des trois opérateurs (IAM, Orange et Inwi). Toutefois, certaines zones ne sont couvertes par aucun de ces sprincipaux opérateurs et la concurrence sur les segments 3G et 4G ne concerne pas l’ensemble des zones couvertes. La couverture de Maroc Telecom est plus large que celle de Méditelecom (Orange), elle-même plus étendue que celle de Wana (Inwi). Sur le plus petit marché du haut débit fixe (ADSL), l’opérateur historique détient plus de 99% du marché (1,13 million d’abonnements en 2015). Pourtant, les mesures de dégroupage ont été instaurées en 2008.

    Le Fonds de service universel (FSU), financé par 2% des recettes totales des opérateurs pour l'année, n'est pas suffisamment axé sur l'extension du haut débit, estiment les experts de la Banque mondiale. Ce fonds disposait en 2016 d’un montant de 288 millions de dollars (2,7 milliards de DH environ).

    Dans ces conditions, les perspectives de croissance de l’internet haut débit restent limitées. «Dans les classements, le Maroc, leader régional il y a une décennie, est derrière d'autres pays comparables», estime le rapport dont les données de base restent d’actualité. Le taux de pénétration du haut débit était de 17,5% pour le fixe et 41% pour le mobile en 2015, alors que la moyenne régionale est respectivement de 41% et 85%. Ces taux sont parmi les plus bas dans la région. Il est aussi considérablement inférieur à celui de certains pays d’Europe de l’Est (où les taux sont proches de 50% pour la téléphonie fixe et de 100% pour le mobile). Ces pays, où les taux de pénétration du haut débit étaient comparables à ceux du Maroc (et où le PIB par habitant au début des années 2000 était équivalent à celui du Maroc), ont depuis lors mis en œuvre de profondes réformes. A commencer par l’encouragement de l’entrée de nouveaux acteurs sur tous les segments du marché en introduisant un régime d’autorisation ou de licences standard (moins restrictif qu’un régime de licences exigeant des appels d’offres et reposant sur le pouvoir discrétionnaire de l’Etat ou du régulateur). Ils ont aussi simplifié les procédures administratives. Le Maroc a accordé des licences VSAT, GMPCS et 3RP, mais aucune approche similaire n'a été adoptée pour introduire les fournisseurs d'accès internet autorisés à déployer leur infrastructure sur le marché. Ces pays ont introduit une réglementation pour un accès ouvert et non discriminatoire aux réseaux de communication des opérateurs télécoms et des opérateurs d'infrastructure alternative. Ils ont en particulier effectivement appliqué la réglementation existante sur le dégroupage. Ces pays ont également facilité les investissements privés en réglementant l'utilisation des propriétés communales, en assurant la coordination, l’harmonisation et la convergence des travaux de génie civil entre les projets d'infrastructure linéaire et surtout en adoptant des lois exigeant que les nouveaux bâtiments soient équipés de fibre optique… Les pays en avance sur le Maroc se sont également engagés dans des partenariats et des investissements public/privé en optimisant l’utilisation du Fonds de service universel dans l'infrastructure haut débit, en particulier dans les zones dites blanches où les intérêts privés faisaient défaut.

    Or, le haut débit est l'un des facteurs décisifs de la compétitivité d'un pays. Son déploiement est fondamental pour améliorer la compétitivité internationale et attirer les investissements étrangers. Ce déploiement revêt une importance stratégique pour le Maroc, qui souhaite consolider sa position dans les secteurs industriel et manufacturier.

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    Source: Banque mondiale
    Le coût de l’abonnement et des équipements reste l’un des principaux facteurs responsables du faible taux de pénétration du haut débit au Maroc

    «Le secteur de technologies de l’information est en effet l’un des principaux moteurs de la compétitivité et sa capacité à créer des emplois est considérable. Néanmoins, son potentiel n’est pas pleinement exploité et sa croissance ralentit», analysent les experts de la Banque mondiale. Le secteur compte actuellement trois opérateurs et la plupart des licences ont été accordées au début des années 2000. Aujourd’hui, la présence de Maroc Telecom reste forte. Plusieurs raisons expliquent cette situation favorable à l’opérateur historique: l'efficacité de la gestion, le sous-investissement des autres opérateurs dans les infrastructures ou encore les retards pris dans la mise en œuvre des réglementations-clés. Ce qui représente 62,4% du chiffre d'affaires du secteur. Contrairement à certains pays émergents (en Europe centrale par exemple), le Maroc n'a ni fournisseur d'accès internet autorisé, ni opérateur d'infrastructures. En 2016, le marché des communications internationales reste limité à trois opérateurs. En même temps, le marché était surtout orienté sur le développement de la téléphonie mobile. . Or, ce marché concurrentiel a atteint la saturation. Le taux de pénétration de la téléphonie mobile (nombre de cartes SIM par rapport à la population) était de 128% en 2015. Aujourd’hui, le parc mobile s’élève à 44,7 millions, soit un taux de pénétration de 127% à fin mars 2019. D’où la baisse des prix au détail et par conséquent la compression des revenus des opérateurs. Ce qui est fortement dépendant de la téléphonie mobile (près de 70% du chiffre d'affaires de Maroc Telecom et la quasi-totalité de Méditelecom et Wana (selon l'ANRT en 2016). En 2019, le prix mesuré par le revenu moyen par minute (ARPM) sur le mobile s’établit à 22 centimes.

    Pour rappel, entre 1998 et 2004, le gouvernement marocain, avec le soutien de la Banque mondiale, a mis en œuvre une série de réformes visant à libéraliser et à privatiser le secteur des télécoms. Ces mesures ont eu des retombées positives pour l'économie marocaine et ont conduit au développement spectaculaire de la téléphonie mobile. Ces réformes ont aussi permis au Maroc de se positionner en tant que leader des TIC dans la région arabe. L'ensemble de la population a bénéficié des avantages du mobile, y compris dans les régions isolées du Maroc (la FSU a financé le projet PACTE pour fournir une couverture réseau en points blancs), grâce à la baisse des prix des terminaux et des communications.

    Avis d'experts

    La Banque mondiale a recommandé au gouvernement marocain de mener de nouvelles réformes pour le haut débit. Le marché des télécoms marocain et le modèle économique des opérateurs, en particulier ceux de Méditelecom (Orange) et de Wana (Inwi), restent axés sur les services vocaux, alors que l’avenir du secteur et le potentiel de développement de l’économie numérique résident avant tout dans les services de données (data). Les réformes préconisées par la Banque mondiale reposent donc sur 4 grands piliers:

    • Elaborer une stratégie pour l’économie numérique axée sur le haut débit (généraliser l’accès au haut débit à l’ensemble du pays). Les objectifs de cette stratégie doivent être compatibles avec les objectifs de développement et de transformation économique du Maroc, en particulier ceux qui consistent à accroître la productivité du travail et à renforcer la compétitivité des secteurs stratégiques de l’économie marocaine.
    • Passer en revue les champs d’action et les attributions de chaque acteur public du secteur. Le rôle du ministère de tutelle pourrait être renforcé pour assurer la formulation de la politique sectorielle et des orientations stratégiques, notamment par la création d’une entité gouvernementale consacrée au secteur des TIC et la création ou encore la fourniture des outils nécessaires à la nouvelle agence de développement numérique (ADD). Le rôle et les ressources de l’organisme de réglementation télécoms (ANRT) gagneraient également à être renforcés.
    • Mettre à jour le cadre juridique et réglementaire afin d’introduire de nouveaux acteurs sur le marché des télécoms selon les règles équitables, encourager les investissements privés dans les infrastructures (utilisation des biens publics, synergies intersectorielles, câblage des nouveaux bâtiments, cartographie des infrastructures…). Sans oublier la réglementation pour un accès non discriminatoire aux réseaux de communication (infrastructures filaires, génie civil...) pour les opérateurs de télécoms et les exploitants d’infrastructure alternative, de dégroupage.
    • Promouvoir les partenariats publicprivé (PPP) pour déployer de nouvelles infrastructures, y compris dans les zones périurbaines et rurales où la concurrence est relativement moins forte.
    • Optimiser l’utilisation du FSU afin de faciliter le déploiement de l’infrastructure à large bande dans des zones moins rentables et stimuler la demande pour le haut débit avec des mesures telles que des campagnes d’alphabétisation numérique.

    (1) Extraits d’un rapport de la Banque mondiale, intitulé «Le haut débit: plateforme de l’économie numérique et enjeu critique pour le développement du Maroc», date de fin 2016.

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