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    Culture

    Musiques sacrées du monde: Les festivaliers goûtent le «nectar d’immortalité»

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5539 Le 20/06/2019 | Partager
    Carlos Núñez, Canticum Novum, et Dhrupad-fantaisie impressionnent
    Des artistes d’Espagne, de France et d’Inde… à l’honneur
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    D’une virtuosité inouïe, la gaïta de Carlos Núñez a emporté les festivaliers vers l’Espagne et l’Irlande d’une autre époque (Ph. YSA)

    La vedette du 5e jour du Festival de Fès des Musiques sacrées (FFMSM) du monde est à n’en point douter la gaïta de Carlos Núñez. Ce mardi 18 juin, le luxuriant jardin public Jnan Sbil a résonné avec l’exubérance aiguë et envoûtante d’une cornemuse très particulière: la gaïta, originaire du nord-ouest de l’Espagne et sublimée par Carlos Nuñez, l’un des plus grands musiciens du registre celte.

    En effet, l’artiste de renommée mondiale a livré une prestation endiablée, conciliant à la fois les tonalités joyeuses de la Galice ainsi que la majesté des litanies celtiques. Ce faisant, celui que l’on surnomme le “Jimi Hendrix de la gaïta” a su transmettre la richesse de l’identité musicale de son pays et démontrer la racine commune du flamenco, du chant ancien de Galice ainsi que de la musique andalouse du Maghreb. Véritable ambassadeur musical, Carlos Nuñez a su assumer sa réputation et incarner parfaitement l’esprit d’ouverture et de mixité culturelle encouragé par le 25e  FFMSM.

    A la fois prince de Galice et roi des Celtes, flûtiste virtuose et sonneur prodige, Carlos Núñez réhabilite, après l’ignorance franquiste, la richesse de l’identité musicale de son pays: flamenco, chant ancien de Galice et musique andalouse du Maghreb, tous trois ont une racine commune.

    Entouré d’une violoniste irlandaise, il a exploré, dans un voyage initiatique au cœur des traditions de l’oralité, des connexions insoupçonnées. Mexique, Cuba, Argentine, Pays basque… se retrouvent liés au destin de l’histoire des Celtes. A Fès, l’instrument fétiche, la cornemuse a, elle aussi, fait voyager les festivaliers du jardin Jnan Sbil. Un voyage entamé depuis la péninsule ibérique, essaimé, au gré des invasions ou des expansions: la gaïta fut le premier instrument importé au Brésil au XVIe siècle.

    «L’avenir des musiques celtiques se trouve aux Amériques», prédit Carlos Núñez, affichant l’utopie celtique qu’il a créée dans l’imaginaire universel. Dans ce voyage au long cours, il s’entoure de compagnons d’armes tels que The Chieftains, Sharon Shannon, Bob Dylan, Jordi Savall, Vicente Amigo, Luz Casal ou encore le Buena Vista Social Club. Bref, à travers cette musique, le public a atteint une dimension mystique, intuitive et profondément enivrante.

    Ailleurs, à Dar Adyel, autre site du festival, l’Inde était au rendez-vous grâce à la «Dhrupad-fantaisie». Signalons que le chant sacré dhrupad est la forme la plus ancienne de la musique classique vocale hindoustani, héritière de la récitation d’hymnes et de mantras védiques datant de 2000 ans. Au XVIe siècle, la pratique du dhrupad se prolonge dans les cours mogoles du nord de l’Inde où il devint une forme d’art classique très prisée.

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    La création «Aashenayi» du groupe Canticum Novum témoigne d’un fourmillement culturel et invite à un voyage entre Orient et Occident aux confins des musiques anciennes et traditionnelles. Les échos de la Perse, de la Turquie et de l’Europe se mêlent à travers l’inspiration de musiciens aussi bien français, turcs, afghans, algériens qu’arméniens, tous portés par le souffle d’une même énergie (Ph. YSA)

    Allant à l’essentiel du son et de la tonalité, le dhrupad, entre culte et spectacle, incite à la méditation. Yoga du son, sa respiration vocale a donné, aux spectateurs, précisément l’impression de voguer dans les profondeurs de cette immensité cosmique et de goûter à «l’Amrita», le nectar d’immortalité. Ce spectacle tourné vers «la fantasia ou fantaisie» a présenté une forme populaire de composition polyphonique pour consort, un ensemble instrumental ou vocal, à l’époque élisabéthaine en Angleterre.

    Auparavant, la troupe française Canticum Novum a, elle aussi, séduit. Sous la direction d’Emmanuel Bardon, les festivaliers ont découvert des répertoires de musique ancienne. Ce 18 juin, Canticum Novum a tissé des liens entre la musique d’Europe occidentale et le répertoire du bassin méditerranéen, riche de l’union du monde chrétien et d’un Orient marqué d’une double hérédité juive et mauresque. Il s’agit d’une aventure humaine qui interroge sans cesse l’identité, l’oralité, la transmission et la mémoire.

    A cet effet, l’ensemble parcourt les répertoires méditerranéens mais aussi afghans, turcs, persans, arabes, sépharades, arméniens, chypriotes du XIIIe au XVIIe siècle. Ces musiques à la croisée des chemins, des cultures, des expressions artistiques sont étonnamment vivantes après 800 ans de partage, d’une énergie exaltante, véritable témoignage de diversité, de respect et de tolérance. Elles incarnent la thématique du festival «Fès, à la confluence des cultures».

    Et ce jeudi, c’est Youssou Ndour qui animera le spectacle sur la somptueuse scène de Bab Makina. Homayoun Sakhi d’Afghanistan, Kol Colé d’Allemagne, et Saïd Senhaji figurent également au programme.

    Franc succès pour le forum

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    En parallèle du festival, le Forum de Fès a mobilisé un parterre prestigieux de personnalités des sciences, de la philosophie et des arts, autour de «la confluence des cultures». Tous les invités se sont en effet accordés sur l’importance de la connaissance, notamment de l’Histoire, en vue de mieux pouvoir appréhender cette question délicate des mixités culturelles. Une connaissance qui aboutit naturellement par la suite sur des projets de coopération dans divers domaines, tels que la conservation du patrimoine culturel, la valorisation de l’amazigh, la multiplication des maisons de quartiers et de jeunesse et tant d’autres problématiques soulevées lors du forum et qui composent le capital immatériel fassi, marocain et africain. «La confluence des cultures, c’est avant tout une concertation qui nous rapprochera et constituera un outil de complémentarité entre les sociétés. Il ne faut pas nier la différence mais la mettre en œuvre au service d’une société plurielle, fondée sur l’entente et l’acceptation de l’autre. C’est le fondement de ce forum qui constitue en quelque sorte l’écho de ces musicalités entonnées cette semaine dans les places emblématiques de Fès»,  conclut Driss Khrouz, directeur du FFMSM.

    Youness SAAD ALAMI

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