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    Economie

    IDE: Une remontée, pourvu que ça dure...

    Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5535 Le 14/06/2019 | Partager
    3,6 milliards de dollars en 2018 dont 1 milliard exceptionnel
    Finance, énergies renouvelables, automobile, infrastructures…
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     James Zhan, directeur de la division de l’investissement et des entreprises de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et développement (Cnuced). Il dirige la préparation du rapport sur l’investissement dans le monde (Ph. Cnuced)

    - L’Economiste: Comment jugez-vous l’évolution des IDE au Maroc? Quels sont les facteurs incitant à l’optimisme?

    - James Zhan: Les flux entrants d’IDE au Maroc ont augmenté de 36% en 2018 pour atteindre 3,6 milliards de dollars (cf. notre édition N° 5534 du jeudi 13 juin 2019). Ceci est à situer dans un contexte mondial de déclin pour la troisième année consécutive des IDE (de 13% à 1.300 milliards de dollars) et dans un contexte régional de hausse à contre courant de la tendance générale (croissance des IDE en Afrique de 11% et en Afrique du Nord de 7%). La hausse des flux vers le Royaume fait suite à une année 2017 également favorable dans la mesure où les entrées d’IDE étaient déjà en hausse de 23%. Le Maroc continue de bénéficier d’une croissance économique stable, qui draine des investissements dans la finance, les énergies renouvelables, le secteur de l’automobile, les infrastructures… Le plus large investissement en 2018 est l’acquisition des 53% de Saham Finances, le plus grand assureur marocain par une entreprise sud-africaine pour 1 milliard de dollars.

    - Qu’est-ce qui explique que le Royaume n’arrive pas à dépasser la marge des 3 milliards de dollars?
    - Le montant de flux entrants dans le Royaume s’élève à 3,640 milliards de dollars en 2018. Ce résultat est caractéristique d’une économie déjà largement diversifiée. Il illustre également les bienfaits des politiques mises en œuvre par le gouvernement marocain au cours de ces dernières années. Des politiques relatives au renforcement des capacités institutionnelles du pays, industrielle de diversification sectorielle et de promotion et de facilitation des investissements, y compris au travers de la simplification des procédures administratives. Le rapport sur l’investissement dans le monde 2019 a pour thème les zones économiques spéciales. Celles-ci –qui tendent à se généraliser- sont en effet un instrument clef des nouvelles politiques industrielles. Nombre de bénéfices directs et indirects en termes de croissance, d’investissement d’exportations et diversification de l’économie peuvent leur être associés même s’ils ne sont pas toujours automatiques. Le Maroc est parvenu à orienter avec succès ces zones franches vers des activités de haute technologie et du secteur de l’automobile. Résultat: Les zones économiques spéciales comptent pour 60% environ des exportations non pétrolières du Maroc. Ceci étant, la valeur des flux entrants d’IDE est également largement conditionnée par celle des opérations d’acquisition de firmes dans une économie donnée.

    - Quels sont les atouts et les contraintes pour rentabiliser les investissements?
    - Le ralentissement à long terme des flux d’investissements étrangers directs tient essentiellement à trois facteurs. D’abord politiques, relatifs à la détention étrangère d’actifs et guidés le plus souvent par des considérations liées à la sécurité nationale, ainsi qu’au contexte mondial en termes de commerce et d’investissement qui fait peu pour restaurer la confiance des investisseurs. Puis économiques et notamment la baisse du rendement sur les investissements étrangers directs et enfin commerciaux, liés notamment aux évolutions de la nature de la production internationale qui tend à privilégier les structures légères en actifs et les biens et services intangibles. Le Maroc dispose de nombre d’atouts pour contrecarrer cette tendance, notamment du fait des réformes consenties pour améliorer le climat des investissements dans le pays, d’une économie dynamique et de plus en plus diversifiée et de ressources. Notamment en main d’œuvre qualifiée permettant de mettre à profit les opportunités et de faire face aux défis posés par l’avènement du numérique et la quatrième révolution industrielle.

    - Climat des affaires, cadre de l’investissement… où faut-il accentuer les réformes?
    - Comme mentionné ci-dessus, le Maroc a effectué de grands efforts pour améliorer le climat des affaires en général, ainsi que le cadre de l’investissement. Nombre de ces réformes ont été entreprises au lendemain de la publication de l’examen de la politique d’investissement du Maroc conduite par la Cnuced en 2008 et avec l’aide de notre organisation. De nouveaux efforts ont été consentis suite à la publication du Rapport sur la mise en place des recommandations de l’EPI en 2016. Le pays est également dans le groupe de tête des pays œuvrant pour une réforme des accords internationaux d’investissements qui favorise un développement durable et inclusif. Un modèle révisé de traité bilatéral type devrait être adopté cette année. Les résultats des deux dernières années qui montrent une croissance significative des IDE confirment le bien-fondé de l’approche poursuivie par le Royaume.

    - De quelle manière les prix des produits de base devraient soutenir les flux des IDE en Afrique?
    - La croissance relativement plus élevée enregistrée en 2018 en Afrique résultait pour partie de la hausse de la demande mais aussi des prix de certains produits de base. Bien que l’on s’attende à ce que le prix des produits de base reste stable en 2019, des prix modérément plus élevés sont prévus pour certains minéraux majoritairement produits en Afrique, ainsi que pour le pétrole et le gaz. Ceci, et le fait que de nouveaux gisements de minerais et d’hydrocarbures aient été découverts, pourrait encourager encore les investissements sur le continent. Ceci étant, notre publication met en avant d’autres facteurs qui pourraient également justifier un optimisme en matière de perspectives pour les IDE en Afrique en 2019. Parmi ceux-ci, la ratification de l’accord de libre-échange africain qui devrait encourager les IDE à la recherche d’efficience et la création de l’International Finance Development Corporation qui devrait permettre aux USA de jouer un rôle plus actif en Afrique, entre autres régions en développement. Ceci en réduisant le risque pour les entreprises américaines privées désireuses d’investir dans des projets à grande échelle, en fournissant une assistance technique et en administrant des fonds spéciaux.

    - Les tensions commerciales sont-elles derrière le déclin des investissements directs étrangers dans le monde?
    - Le déclin des IDE enregistré en 2018 (-13% à 1300 milliards de dollars) est pour l’essentiel attribuable aux rapatriements à grande échelle, au cours du premier semestre 2018 et suite à la réforme fiscale américaine, des bénéfices accumulés à l’étranger par les entreprises multinationales des Etats-Unis. Ces rapatriements ont pour l’essentiel affecté les flux vers les pays développés. Les IDE dans ces pays atteignaient leur plus faible niveau depuis 2004, suite à une baisse de 27%. Les flux vers les pays en développement augmentaient eux, de 2%. Notre analyse n’établit pas de causalité directe entre tensions commerciales et ne quantifie pas leurs effets. Ceci étant et comme mentionné ci-dessus, les tensions commerciales affectent négativement le climat des affaires et sont donc sources d’incertitudes supplémentaires pour les investisseurs. Elles peuvent également être à l’origine de modification des modes opératoires des multinationales et des chaînes de valeur mondiales.

    Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

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