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    Chronique

    Entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale: De grands défis à affronter

    Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:5534 Le 13/06/2019 | Partager

    Jawad Kerdoudi est président de l’Imri (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK) 

    Projet phare de l’Union africaine en vue de l’émancipation économique du continent, La Zone de libre-échange continentale (ZLEC), est entrée en vigueur jeudi, avec pour but d’augmenter le commerce intra-africain de 60% d’ici 2022.

    Elle sera composée des communautés économiques régionales existantes, à savoir la COMESA (Afrique orientale et australe), la CAE (Afrique de l’Est), la SADC (Afrique australe), la CEEA (Afrique centrale), la Cedeao (Afrique de l’Ouest), l’UMA (Maghreb) et la CENSAD (Etats sahélo-sahariens).

    Le projet a été lancé en 2012 et le processus de négociations en 2015. Trois forums ont été consacrés à la ZLEC en 2016, et le 21 mars 2018 à Kigali 44 pays sont signataires du document. D’autres pays n’ont pas rejoint le projet tels que le Nigeria, le Burundi, l’Erythrée, la Namibie et le Sierra Leone. Pour que la ZLEC puisse être mise en œuvre, il faut la ratification de 22 Etats, ce qui a été réalisé par la Guinée le 29 avril 2019, et ouvre la mise en vigueur à partir du 30 mai 2019.

    Améliorer la compétitivité de l’entreprise africaine

    L’objectif de la ZLEC est de favoriser la croissance économique et de promouvoir l’industrialisation et le développement durable. Les moyens à utiliser sont la suppression des droits de douane et des obstacles non tarifaires, la libre circulation des personnes et des investissements, afin d’aboutir à terme à un marché unique continental de biens et de services, et à la création d’une union douanière et monétaire.

    Ces mesures permettront de développer le commerce inter-africain qui n’est actuellement que de 16%. Améliorer également la compétitivité de l’entreprise africaine qui pourra produire à grande échelle, accéder au marché continental, et bénéficier d’une meilleure redistribution des ressources.

    La ZLEC permettra également de mieux utiliser les complémentarités entre pays africains, et d’exploiter collectivement le réservoir des terres et des richesses naturelles. Elle facilitera une meilleure harmonisation et coordination des régimes de libération entre les communautés économiques régionales, et relèvera le défi des adhésions multiples et du chevauchement.

    Enfin, la ZLEC permettra à l’avenir de négocier d’une seule voix les accords commerciaux sur le plan international, notamment avec l’Union européenne où les accords de Cotonou arriveront à échéance en 2020 et ceux de l’AGOA avec les Etats-Unis en 2025.

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    L’UA estime que la mise en œuvre de la ZLEC permettra d’augmenter de près de 60% d’ici à 2022 le niveau de commerce intra-africain. Actuellement, seulement 16% du commerce des pays africains s’effectue avec d’autres pays du continent (Ph. AFP)

    Un marché de 1,2 milliard de consommateurs

    La ZLEC devra ouvrir l’accès à un marché de 1,2 milliard de consommateurs, pour un PIB cumulé de plus de 2.500 milliards de dollars. Cependant, cette nouvelle étape n’est pas un aboutissement, car le processus d’application sera très long vu les grands obstacles à affronter. Valeur actuelle, seuls 52 Etats ont signé et 24 ont ratifié le document. Reste à pousser les retardataires à signer et ratifier, notamment le Nigeria, un poids lourd de l’Afrique sur le plan économique.

    La ZLEC fait partie de l’Agenda 2063 pour l’Afrique, les experts ont fixé à 2028 la création du marché commun africain et de l’Union douanière. L’Union monétaire prendra certainement plus de temps, étant donné les grandes difficultés pour la création d’une monnaie unique africaine.

    L’Afrique ne représente actuellement que 5% du commerce mondial. Pour augmenter son commerce extérieur, les capacités productives devront être multipliées, notamment par la transformation sur place des matières premières, première étape pour l’industrialisation du continent. Autre phase à concrétiser, le développement intense des infrastructures notamment les ports et les aéroports, ainsi que les réseaux d’information commerciale.

    De même, l’accès au financement des entreprises africaines exportatrices doit être facilité, et éliminer tous les obstacles aux échanges de commerce des biens et des services. La création d’une zone franche continentale ne bénéficiera pas également à tous les pays africains étant donné leur niveau de développemen t inégal. Etant donné la perte de recettes douanières pour les pays africains les moins avancés, il y a lieu de leur trouver des mécanismes de compensation financière, ainsi qu’une coopération technique pour accélérer leur développement.

    Parallèlement à la construction de la ZLEC, les communautés économiques régionales existantes doivent accélérer leur intégration économique, ce qui facilitera le parachèvement de la zone franche continentale. Le Maroc est favorable à la ZLEC comme l’atteste le discours du Roi Mohammed VI au Sommet extraordinaire de l’Union africaine qui s’est tenu en mars 2018 à Kigali. Il a qualifié la création de la ZLEC de «rendez-vous historique» et «d’acte majeur de notre volonté commune de construire l’Afrique de demain». La création de la ZLEC permettra au Maroc de développer ses exportations et ses investissements en dehors de l’Afrique de l’Ouest.

    Dynamique positive pour le continent

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    L’entrée en vigueur de la ZLEC enclenche une dynamique positive pour le continent africain. Il faut maintenant que l’Union africaine et les pays membres s’attellent à la tâche pour sa concrétisation. La «phase opérationnelle» doit être lancée le 7 juillet lors d’un sommet de l’UA à Niamey, après finalisation d’instruments clés tels que les mécanismes d’arbitrage, la définition des règles d’origine des marchandises ou encore des mécanismes en vue de l’»élimination» d’obstacles tels que la corruption ou les mauvaises infrastructures.
    L’expérience à montré que la création de zones de libre échange est un moyen et non une fin pour le développement, et qu’elle bénéfice généralement aux pays les plus développés. Aussi, la priorité pour l’Afrique doit être le développement des capacités productives et des infrastructures, ainsi que l’aide financière et technique au pays africains les moins avancés.
    L’UA estime que la mise en œuvre de la Zlec permettra d’augmenter de près de 60% d’ici à 2022 le niveau de commerce intra-africain. Actuellement, seulement 16% du commerce des pays africains s’effectue avec d’autres pays du continent.

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