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    Economie

    TIR: Le patronat exige une renégociation avec l’Europe

    Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5534 Le 13/06/2019 | Partager
    Les routiers marocains dénoncent le deal signé en 2012 avec l’Espagne
    Les flux entre les deux pays sont largement déséquilibrés pour le Royaume
    Les failles du marché empêchent le développement de l’activité
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    Les opérateurs du transport international routier exigent que les autorisations soient désormais accordées aux remorques et non plus aux tracteurs (Ph. L’Economiste)

    Il est peut-être temps de revoir les conditions de l’accord bilatéral Maroc-Espagne en matière de transport international routier (TIR). C’est du moins la conclusion à laquelle est arrivée la Fédération du transport relevant de la CGEM au terme de la réunion mixte Maroc-Espagne dédiée au TIR qui s’est réunie, mardi 11 juin, et qui devait finaliser et signer son PV de réunion hier mercredi 12 juin.

    En tout cas, les représentants des transporteurs n’étaient pas du tout satisfaits du déroulé de la rencontre ni des «résultats» sur lesquels elle a débouché. Les raisons ne manquent pas. «D’abord, les représentants de la partie espagnole n’avaient aucun pouvoir décisionnel. L’ensemble des points discutés devaient être remontés à la hiérarchie, alors que, côté marocain, la représentation gouvernementale était plus relevée», précise un opérateur présent lors de la réunion.

    La rencontre maroco-espagnole devait examiner notamment la question des autorisations délivrées aux routiers marocains pour transporter par voie routière des marchandises vers l’Espagne ou d’autres pays. L’ordre du jour portait également sur le transport de bagages non accompagnés et les nouvelles mesures prises par le port d’Algésiras.

    Les autorisations de transport sont des visas attribués par les autorités espagnoles aux Marocains et correspondent à chaque voyage (Cf. L’Economiste n°5116 du 29/09/2017). Ainsi, en 2018, le Maroc a bénéficié de 49.500 autorisations contre 25.000 pour les transporteurs espagnols. Sauf que le deal, qui apparaît numériquement en faveur du Maroc, est déséquilibré dans la réalité. En effet, quand un transporteur espagnol débarque au Maroc, il a besoin d’un seul visa. Par contre, son homologue marocain qui doit livrer une marchandise en Croatie, par exemple, doit «griller» autant d’autorisations que de pays traversés. D’où un chiffre plus élevé pour le Maroc.

    Selon les prévisions des nationaux, le quota d’autorisations pour 2019 devrait être relevé à 79.000. En 2020, il devrait être fixé d’office à au moins 71.000 visas.

    Deuxième subtilité qui fait que l’accord, signé en 2012, est déséquilibré, c’est que bon nombre de transporteurs espagnols, une fois arrivés au port d’Algésiras, séparent le tracteur de la remorque. Le tracteur repart en territoire espagnol tandis que la remorque est transportée par bateau jusqu’à TangerMed pour être ensuite «accroché» par un tracteur marocain pour être acheminé vers l’intérieur du pays.

    Pour effectuer cette opération, même en territoire marocain, il faut une autorisation, qui sera puisée dans le quota du Maroc. Dans le même temps, puisque le camion espagnol n’est pas entré dans le Royaume, le quota de visas des Espagnols reste intact. Sans oublier que les tarifs appliqués sur les deux segments sont évidemment asymétriques.

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    Entre 2013 et 2018, les exportations et les importations en transport routier international ont respectivement augmenté de 41% et 33%

    Par ailleurs, lorsqu’un transporteur marocain charge une marchandise depuis l’Allemagne pour la livrer au Maroc, via l’Espagne, il a besoin d’un visa allemand. Une disposition considérée comme une manière déguisée de garder le monopole en faveur des transporteurs espagnols. Du coup, les transporteurs rentrent à vide au pays. Ce qui contribue à augmenter leur empreinte carbone au moment où l’UE s’est engagée à lutter contre le réchauffement climatique.

    Certains opérateurs marocains du TIR parlent d’un accord de dupes et qu’il est temps de changer la donne. Il y a deux ans, lorsque le secrétariat d’Etat au Transport est parti négocier des réaménagements avec son homologue espagnol, la CGEM dénonçait l’accord bilatéral.

    Aujourd’hui, elle monte d’un cran. «Nous ne voulons plus renégocier l’accord avec l’Espagne, mais nous exigeons des pouvoirs publics marocains d’amorcer les discussions pour un accord cette fois-ci avec l’Union européenne», déclare la Fédération du transport. Une initiative qui reviendrait aux Affaires étrangères.

    Plusieurs facteurs militent en faveur du redimensionnement de l’accord bilatéral relatif au TIR. Sept ans après sa signature, le contexte a profondément changé. En effet, entre 2013 et 2018, les exportations marocaines via le TIR sont passées de 35,1 à 65 milliards de DH, soit une hausse de 85%. Les importations ont enregistré une hausse de 47% pour atteindre 76 milliards de DH contre 51,6 milliards en 2013.

    Parmi les facteurs à l’origine de l’évolution du commerce extérieur, la montée en régime des stratégies sectorielles telles que les industries automobile et l’aéronautique, l’agroalimentaire, le textile…  A noter également l’évolution des exportations de fruits et légumes (+44% pour la tomate et +46% pour les fruits rouges), le marbre, les engrais, les fils et câbles… Les importations portent sur les produits pétroliers, le fer… Ce qui représente autant d’opportunités pour développer le transport international routier en faveur des opérateurs nationaux.

    Les travers de l’accord Maroc-Espagne en matière de transport international routier sont symptomatiques de la capacité des pouvoirs publics à négocier des deals gagnant-gagnant dans l’intérêt du pays.

    Le Maroc demande la libéralisation du segment à moins 3,5 t

    Lors d’une précédente réunion de la commission mixte Maroc-Espagne du transport international routier, il était question de libéraliser le segment à moins de 3,5 tonnes. Promesse en avait été faite à la partie marocaine, mais les Espagnols ont argué qu’ils sont confrontés aux contraintes de l’Union européenne. Le risque maintenant est que même les MRE qui rentrent au Maroc avec une fourgonnette et une remorque seraient interdits de passage par le territoire espagnol sans autorisation dans le cadre du contingent du transport international routier. La Fédération du transport a demandé, au cours de la réunion qui a eu lieu mardi 11 juin, de surseoir à cette décision car elle coïncide avec les vacances estivales des MRE et d’attribuer pour ce segment 6.000 visas hors quota.

    Hassan EL ARIF

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