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    Lectures du Ramadan

    Episode 17 Jésus, une grande figure biblique du Coran: Les derniers jours de Jésus

    Par L'Economiste | Edition N°:5529 Le 03/06/2019 | Partager

    POUR les spécialistes, personne ne conteste que Jésus soit un homme de paix, mais quand il s’agit de lutter contre les atrocités de l’occupation romaine et le mercantilisme des gens du Temple, il peut prôner l’action violente. C’est lui qui, selon Matthieu (Matthieu, X, 34) et Luc (Luc, XII, 51) a dit : «N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la Terre ; je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive». Cette violence, dans la bouche de Jésus connaît son apogée avec «la parabole des mines», rapportée par Luc, qui se termine par cette déclaration terrible de Jésus: «Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les en ma présence». (Luc, XIX, 27). Comme déjà précisé, certains historiens ont même soutenu que Jésus et son cousin Jean-Baptiste ont mis en place un plan de soulèvement contre les autorités politiques et religieuses, ceci, pour l’été et l’automne de l’an 27. Chacun d’eux commence à annoncer «le temps de la fin», c’est-à-dire le dénouement apocalyptique de la période pré-messianique. Ainsi, Jean-Baptiste affirme que la hache du jugement est déjà «à la racine des arbres» (Luc, III, 9). Quant à Jésus, il dit savoir «discerner le temps» (Luc, xii, 59), que «sa génération sera la dernière et qu’elle verra l’Apocalypse ». (Marc, XIII, 30). Il prédit que certains de ses disciples seront encore là pour voir « le Royaume de Dieu venir avec puissance» (Marc, IX, 1).  Ceci dit, pour ces historiens, ce projet de soulèvement semble avoir été contrarié par l’arrestation de Jean-Baptiste et sa décapitation par Hérode Antipas. Jésus décide de rentrer dans la clandestinité et va se réfugier, avec ses proches, du côté d’une ville appelée Beth Saïd (Luc, IX, 10), sur la rive sud de la mer de Galilée, hors de portée d’Hérode. Ce qui n’a pas empêché une foule de plus en plus nombreuse de venir le voir.

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    La décapitation de Jean Baptiste. Fresque de Giovanni Battista Tiepolo, 1732.  Eglise Cappella Colleoni, Bergame Italie (Crédit DR)

    Ces événements, et notamment la décapitation de Jean- Baptiste, ont poussé Jésus à se déplacer vers les villages de Césarée de Philippe, à un endroit montagneux, difficile d’accès pour les troupes romaines. C’est, d’ailleurs, à Césarée que Jésus apprend à ses disciples le martyre qui l’attend. D’après Marc, Jésus s’est exprimé, en ces termes: «Voici, nous montons à Jérusalem et le Fils de l’homme sera livré aux principaux sacrificateurs et aux scribes. Ils le condamneront à mort et ils le livreront aux païens qui se moqueront de lui, crachant sur lui, le battront de verges et le feront mourir; et trois jours après, il ressuscitera.» (Marc, X, 33-34)
    Les historiens sont d’accord sur le fait que son séjour à Césarée de Philippe a constitué un tournant important de sa vie. En effet, c’est là où, après avoir annoncé ce qui l’attend, il a pris «la résolution de se rendre à Jérusalem» (Luc IX, 51). Mais avant cela, semble-t-il, il veut mettre en place un plan pour précipiter les évènements, en organisant une ultime campagne de prédication.
    En effet, dans le village de Capharnaüm, il constitue deux groupes de trente-cinq personnes chacun, en leur conférant la mission de partir en éclaireurs dans toutes les régions qu’il voudrait visiter, et en même temps secourir les malades, chasser les démons et surtout proclamer que «le Royaume de Dieu s’est approché» (Luc, x, 11).
    Contents d’avoir rempli leur mission et de l’accueil qu’ils ont reçu de la part des populations, les missionnaires sont réconfortés par Jésus qui leur annonce qu’il a vu « Satan tomber du ciel comme un éclair » (Luc, x, 18), ou encore que tout le pays va bientôt voir  le signe du Fils de l’homme arrivant dans les nuées du ciel ». Luc rapporte que, à la suite de cette dernière campagne de prédication, Jésus décide, avec la centaine de ses compagnons, d’aller vers le sud, en direction de Jérusalem et de la Judée. Le mouvement de Jésus attire des milliers de gens, au point de « se fouler les uns les autres » (Luc, XII, 1).
    Informé de l’avancement de la foule, Hérode Antipas donne l’ordre d’arrêter Jésus. Les pharisiens lui conseillent de s’enfuir en Galilée, mais Jésus leur répond de façon énigmatique : «Allez et dites à ce renard de ma part : Voici, je chasse les démons, je fais des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour j’aurai fini.» (Luc, XIII, 32).
    En ce qui concerne la suite des événements, les Évangiles ne sont pas d’accord. Ainsi, pour Marc, Jésus et son groupe se sont rendus directement à Jérusalem après avoir quitté Césarée. Jean, en revanche, rapporte que Jésus, de décembre 29 jusqu’au printemps de l’année 30, a séjourné à l’est du Jourdain, dans ce qu’on a appelé la «cachette », avec, cependant, un déplacement périlleux, de façon inconnue, à Jérusalem, lors de la fête juive de Hanoukah, soit le soir du dimanche 16 décembre de l’an 29. Lors de cette visite, des dignitaires juifs l’ont reconnu et ont commencé à le harceler publiquement, en lui demandant de dire s’il est le Messie. Jésus leur répond: «Vous ne me croyez pas parce que vous n’êtes pas de mes brebis». Jean raconte que Jésus a pu échapper, miraculeusement, à la lapidation et s’enfuit vers le Jourdain (Jean, x, 39-40).
    Ainsi, il faut attendre la mi-mars de l’an 30, pour voir Jésus, avec ses compagnons, traverser la vallée du Jourdain et se diriger vers Jérusalem. Le voyage a duré trois jours, pendant lesquels le groupe de Jésus s’est progressivement agrandi de sympathisants mais également de curieux. Lors de la deuxième nuit à Jéricho, un aveugle lui demande de le guérir, ce qu’il a fait. Le lendemain tombe un samedi, jour du shabbat, le groupe ne voyage pas et c’est le jour suivant qu’il reprend la route. La Pâque doit commencer la nuit du jeudi, soit dans quatre jours. Jésus décide de s’arrêter dans le petit village de Béthanie et demande à ses disciples de lui trouver un ânon. Commencent, alors, les derniers jours de Jésus.
    Les derniers jours de Jésus se rapportent à l’ultime semaine que celui-ci a passée entre Béthanie et Jérusalem, avant sa mise à mort sur la croix. Jean consacre à cette semaine presque la moitié de son Évangile alors que Marc relate une véritable tragédie avant le dernier repas de Jésus. Ceci dit, la chronologie n’est pas la même dans les Évangiles, mais certains auteurs ont essayé d’en faire le plus possible des reconstitutions, ramenant ces derniers jours à quatre jours.

    Le premier jour: le jour des Rameaux

    Jésus et ses disciples établissent leur base à Béthanie qui n’est qu’à quelques kilomètres de Jérusalem où ils se rendent quotidiennement. Un jour, Jésus décide de rentrer à Jérusalem entouré de ses disciples en montant sur un ânon. De façon spontanée, les gens, suivant une ancienne coutume, lui jettent au passage leurs vêtements, en agitant des branches. D’après les Évangiles, la foule se met à scander sa joie en chantant: « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom de Dieu ! Béni soit le règne qui s’annonce, celui de David notre père ! Hosanna dans les lieux très haut». C’est ce que l’histoire retient sous le nom du «jour des Rameaux».
    En fait, en voyant Jésus ainsi, les juifs se souviennent des propos du prophète Zacharie, père de Jean-Baptiste, lorsqu’il évoquait dans l’Ancien Testament, le Messie à venir et les signes de la venue de l’Envoyé de Dieu. Probablement, Jésus a voulu endosser le rôle de celui que Zacharie désigne quand il dit : «Fais éclater ta joie, fille de Sion. Pousse des cris d’allégresse, fille de Jérusalem. Regarde ton roi qui vient à toi. Il est justice et victoire. Il est rempli d’humilité, monté sur un ânon, le petit d’une ânesse… » (Zacharie, IX, 9)  D’ailleurs, Luc (Luc, XIX, 39-40) raconte les détails de cette journée. Il rapporte que lorsque les religieux demandent à Jésus de faire taire les gens, il répond : «S’ils se taisent, ce sont les pierres qui crieront. » Mais le sentiment de gloire est mélangé d’une certaine tristesse, surtout à l’approche de Jérusalem où Jésus commence à murmurer des propos énigmatiques, s’adressant à la Ville sainte: «Si seulement, toi aussi, tu percevais le message de paix qui vient à toi, mais aujourd’hui, il t’est encore caché et tu es aveugle. Viendront sur toi des jours terribles où tes vrais ennemis t’assiégeront avant de te détruire. Tu seras en ruine parce que tu n’as pas su reconnaître celui qui te visitait. Jérusalem, Jérusalem, tu tues les prophètes et tu lapides ceux que Dieu t’envoie ! Combien de fois ai-je désiré rassembler tes enfants comme une poule rassemble sous son aile ses petits. Et toi, tu ne le veux pas»
    Arrivé à Jérusalem, Jésus se dirige vers le Temple qu’il scrute et décide de retourner à Béthanie où il passe la nuit avec ses compagnons, chez ses amis Marthe, Marie et Lazare. En fait, le but de Jésus, pendant cette première journée, n’est pas de prendre la tête d’une émeute populaire, mais d’accomplir une prophétie biblique, annoncée par le prophète Zacharie.  Pour Reza Aslan, qui s’est beaucoup intéressé à cette journée des Rameaux, cet évènement unique dans la courte vie de Jésus est si important qu’il peut suffire à donner un éclairage sur sa mission, sa théologie, sa politique, ses rapports avec les autorités juives, sa relation avec le judaïsme et son attitude vis-à-vis de l’occupation romaine.

    Le deuxième jour: le jour de la colère

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    Dans le Temple, Jésus trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs (Crédit DR)

    Le lendemain, soit le lundi matin, Jésus, comme d’habitude, se remet en route avec ses compagnons pour Jérusalem. L’évangéliste Marc signale que Jésus s’est mis en colère quand, sur le chemin, il s’est approché d’un figuier mais ne trouve aucun fruit, alors qu’il a dit avoir faim. La seconde colère de Jésus intervient lorsqu’il arrive au Temple où, comme nous l’avons déjà raconté, il commence à s’attaquer aux changeurs de monnaie et aux vendeurs de pigeons et autres animaux, destinés aux sacrifices. Pourtant, ces activités étaient tout à fait légitimes au regard de la Loi juive. Moïse avait institué qu’à l’occasion de la commémoration de la sortie d’Égypte, tout juif, âgé de plus de vingt ans, devrait faire don d’une certaine somme d’argent au Temple (Exode, XXX.13).
    Pour certains auteurs, les colères de Jésus ne sont pas anodines. Elles rappellent celles des prophètes anciens, Michée, Isaïe ou encore celles de Zacharie qui, parlant de «la fin des temps», a prédit: «Et en ce jour-là, il n’y aura plus de marchands dans la maison de Yahvé» (Zacharie, XIV, 21). Même Jérémie a traité le Temple de « caverne de voleurs», «cette maison sur laquelle mon nom est invoqué.» (Jérémie, VII,11). Comme pendant la première journée, Jésus veut faire comprendre que les « activités » exercées autour du Temple vont bientôt cesser et que les prophéties bibliques vont s’accomplir. Il est certain que les actions de Jésus ont perturbé les autorités sacerdotales mais celles-ci ont préféré ne pas réagir violemment, pour ne pas créer d’émeutes. Dans tous les cas, après cette journée de colère, Jésus retourne, encore une fois, passer la nuit à Béthanie, avec ses compagnons.

    Le troisième jour: le jour des interpellations

    Le troisième jour, c’est-à-dire le mardi, en se dirigeant vers Jérusalem avec ses compagnons, Jésus s’arrête devant le figuier de la veille, dont les racines sont mortes, et prononce un véritable discours sur la foi, la prière et le pardon. Il parle de la foi qui peut déplacer les montagnes. Il fait allusion au Temple qui, s’il ne remplit pas ses fonctions de lieu de prières, deviendra un lieu inutile, insistant sur le fait que la relation avec Dieu est une relation personnelle et que le Temple n’est plus un passage obligé. Arrivé au Temple, Jésus est interpellé, encore une fois, par les scribes et les prêtres qui lui demandent: «Par quelle autorité fais-tu ces choses et qui t’a donné l’ordre de les exécuter?» Au lieu de répondre, il leur retourne la question concernant le baptême de Jean-Baptiste: «venait-il du ciel ou d’une pensée humaine ?» Les religieux, après concertation, répondent qu’ils n’en savent rien. Alors, Jésus leur déclare : «Vous ne savez pas? Eh bien, moi non plus, je ne vous dirai pas d’où vient l’autorité par laquelle je fais ce que je fais.»
    Durant toute cette journée, Jésus est interpellé par les religieux qui essayent de le piéger mais lui se montre brillant, contradicteur, sous le regard amusé et admiratif de la foule. Il faut remarquer qu’au cours de cette journée, ayant été interrogé par un religieux sur le principal commandement de la Torah, il fait une réponse que l’on peut considérer comme un résumé de sa conception de la vraie religion, par opposition aux pratiques condamnables des autorités religieuses du Temple. Il répond, en se référant au «Schema Israël», qui constitue l’acte de foi juif le plus important: «Écoute Israël, l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est Un; tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force». Il ajoute que «la deuxième obligation la plus sacrée est d’aimer son prochain comme soi-même». Celui qui l’interpelle, un scribe, fait remarquer qu’en effet, aimer Dieu et son prochain est plus important que tous les sacrifices; Jésus lui dit: «Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu.» (Marc,XII, 28-34).
    Le soir de mardi, il rejoint Béthanie avec ses compagnons.

    Jésus, une grande
    figure biblique du Coran

    Rachid Lazrak
    La Croisée des Chemins,
    L’Harmattan, 2019

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