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    Notation: Comment Attijariwafa passe les entreprises à l’«IRM»

    Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5528 Le 31/05/2019 | Partager
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    Adil Ouazzani, directeur Risk Management du groupe AWB: «Un bon rating est clairement un atout majeur. Un client bien noté aura des conditions plus favorables (taux, garantie, montant accordé…) mais en restant dans le cadre des règles d’encadrement de crédit et en cohérence avec la nature des crédits octroyés» (Ph. AWB)

    Toutes les banques disposent aujourd’hui d’un modèle de notation. A chaque entreprise cliente correspond un rating. Celui-ci est systématiquement utilisé dans les comités de crédit aux côtés d’autres indicateurs qualitatifs lorsqu’il faut se prononcer sur un dossier de financement. Hors des secteurs comme les administrations et la promotion immobilière, le taux de notation des entreprises a été multiplié par deux en dix ans, assure Adil Ouazzani, directeur du Risk Management chez Attijariwafa bank. Le portefeuille de la banque comprend 8.000 «grands comptes» qui pèsent plus de 80% du produit net bancaire. A ce chiffre, il faut ajouter quelques centaines de milliers de TPE/PME.

    - L’Economiste: Que pèse le rating dans l’appréciation globale du risque?
    - Adil Ouazzani: Je ne saurais vous le dire précisément, mais je peux vous assurer que la notation occupe une place de plus en plus prépondérante dans la prise de décision du comité de crédit. La notation reste un outil d’aide à la décision basé sur des éléments quantitatifs et qualitatifs, qui cherche à qualifier le risque de contrepartie. Elle se différencie du scoring qui est une approche plus mécanique et plus adaptée à la clientèle de détail. En plus du rating, l’octroi de crédit aux entreprises obéit à plusieurs autres critères du fait de la diversité des lignes, notamment, les spécificités sectorielles, les garanties, le business plan, la politique des risques, etc., rentrent en ligne de compte.
    L’approche de notation est encore jeune dans notre environnement, elle remonte à seulement 10 ans. Les premiers modèles de scoring aux Etats-Unis datent des années soixante et en France, du début des années quatre-vingt. C’est pourquoi, notre modèle n’est pas statique, il est révisé régulièrement pour une amélioration continue de sa performance et capitalisé sur le retour d’expérience des gestionnaires de risque.  

    - Toutes les entreprises clientes du groupe ont-elles une note?
    - Nous recevons les bilans vers fin mars-avril. Au fur et à mesure que les informations comptables et financières nous arrivent, nous procédons à l’actualisation de dossiers et des notes de nos clients.

    - Quel crédit accordez-vous à ces informations? D’après les confidences de banquiers, certains dirigeants avouent que le bilan ne contient pas tout.
    - De manière générale, la transparence progresse. Aujourd’hui, dans les entreprises qui réalisent plus de 10 millions de DH de chiffre d’affaires, nous observons une amélioration de la qualité des données.
    En fait, nous recoupons ces données en ayant recours aux bases de données externes (bilan fiscal Ompic, Inforisk…), mais également en s’appuyant sur notre base de données financières interne qui fournit des ratios sectoriels (moyens/médians) permettant la comparaison des entreprises de taille similaire. Aussi, le bilan ne doit pas être en décalage avec le comportement du compte. Une entreprise notée A ne peut avoir une note de comportement très basse. Cela nous permet de nous assurer de la cohérence des données et conforte notre constat.
    Mais il reste des efforts à faire pour les PME en dessous de 10 millions de DH de chiffre d’affaires. Pour cette population, nous avons adopté une approche de scoring qui est différente de la notation. Elle tient compte et des données du crédit et de l’entreprise. C’est la demande du crédit qui est «scorée» et elle oriente la décision à l’instant T alors que la notation, elle, ne s’intéresse qu’au client. Le scoring des TPE est un chantier majeur de la banque, il nous a permis de quintupler notre capacité de traitement. En 2018, nous avons scoré au total 30.000 demandes de crédit TPE.

    - Pourquoi la promotion immobilière n’obéirait-elle pas au schéma général de notation? En quoi ce secteur serait-il spécial?
    - Ce secteur particulier est noté à travers un modèle spécifique qui intègre deux dimensions: le projet et le promoteur. Nous devons noter les deux car un promoteur peut initier plusieurs projets qui n’ont pas forcément le même profil de risque. Certains peuvent être mieux notés que d’autres, et le modèle doit tenir compte de cette réalité.  
    Dans une activité classique, une entreprise caractérisée par la continuité de l’exploitation. Son rating est basé sur des données issues de son bilan, de son comportement, sa solvabilité et bien des éléments qualitatifs. Dans la promotion immobilière, l’entreprise opère par projet. Le rating prend en compte alors les données du promoteur et du projet. Le promoteur est noté selon son expérience, le segment de marché, sa santé financière,... puis, chaque projet est appréhendé individuellement (nombre de logements, adéquation à la demande…).
    Les ratings des projets sont actualisés au fur et à mesure. Une note de juin 2018 peut ne pas être celle de novembre 2019. La notation peut être révisée au cours de la réalisation du projet si les conditions de réalisation changent.

    - Une bonne notation impacte-t-elle les conditions de financement?
    - Clairement, un bon rating est un atout majeur. Un client bien noté aura des conditions plus favorables (taux, garantie, montant accordé…) mais en restant dans le cadre des règles d’encadrement de crédit (coefficient maximum de division des risques, règles prudentielles BAM …) et en cohérence avec la nature des crédits octroyés. La notation va encore plus peser sur les conditions de crédit en raison de la norme IFRS 9 et les nouvelles règles de défaut en cours d’élaboration par la Banque centrale, en conformité avec Bâle II. Toute l’approche de provisionnement a été revue de fond en comble. Auparavant, la constitution des provisions était fondée sur la notion de perte avérée. Aujourd’hui, au premier dirham, la banque doit constater une provision car un client à probabilité de défaut zéro n’existe pas.
    De manière sommaire, la provision correspond au montant du crédit multiplié par la probabilité de défaut et par un taux de perte. Cette probabilité de défaut résulte de la notation des clients.
    Pour la banque, la notation est également un instrument de gestion de portefeuille. Tous les ans, elle établit une cartographie. Plus l’encours est concentré sur une bonne classe, moins la banque s’expose à la survenue des sinistres d’insolvabilité.

    Attention au dépassement de découvert!

    Le dépassement par rapport aux lignes accordées est la principale nouveauté. Un dépassement sur une ligne de découvert non régularisé au terme de 90 jours constitue désormais un critère de défaut. «Les délais de paiement intra-entreprise doivent revenir à des niveaux raisonnables pour éviter au niveau des entreprises les dépassements de lignes autorisées par la banque», insiste Talal El Bellaj, directeur général délégué du groupe Attijariwafa bank en charge de la Gestion Gloable des Risques. Un changement d’habitude au sein des entreprises devra être opéré à cet effet.

    Dans les filiales africaines avant fin 2020

    Pour l’instant, la notation n’est pas communiquée au client mais cela ne saurait tarder. «C’est imminent», s’engage le directeur du Risk Management du groupe AWB. Bientôt, toute entreprise souhaitant avoir sa notation peut la solliciter, et elle la lui sera communiquée. Au cours de la dernière réunion entre le GPBM, la CGEM et la Banque centrale, les trois parties ont insisté sur cette transparence. «Nous ne nous contenterons pas de communiquer la note au client, nous allons l’accompagner sur la manière de l’améliorer. Le rating ne serait plus seulement un instrument d’évaluation du risque pour la banque mais un outil d’audit financier pour l’entreprise», affirme Adil Ouazzani.
    Après l’implémentation de la notation au Maroc, le dispositif sera déployé à l’ensemble des filiales africaines du groupe. Valeur aujourd’hui, la Tunisie est déjà dotée d’un modèle de notation. S’agissant de la filiale égyptienne, tous les modèles hérités de Barclays ont fait l’objet de refonte. Le modèle Attijariwafa bank y est opérationnel depuis mi-juillet 2018. La première phase est rassurante. Les chantiers sont actuellement engagés dans les filiales du groupe en Côte d’Ivoire (Société Ivoirienne de Banque) et au Sénégal (CBAO). Le Cameroun suivra. Toutes les filiales africaines seront dotées du modèle de notation du groupe avant fin 2020.

    Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

                                                                           

    Un outil de diagnostic aussi

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    «Chez Attijariwafa bank, nous considérons que l’entreprise est un acteur de transformation des risques. Cela nous oblige à l’informer en lui expliquant les fondamentaux de la note», assure le directeur de Risk Management du groupe Attijariwafa bank.  Au cours des deux dernières années, la banque a mené une campagne de sensibilisation des chefs d’entreprise dans toutes les régions pour «expliquer comment le rating peut être un outil efficace de diagnostic». Une sorte d’IRM financière pour mieux identifier les aspects moins bien portants au bilan et surtout, les leviers pour améliorer la solidité financière des entreprises et l’accès au financement à des conditions favorables. La grille de notation du groupe Attijariwafa bank est basée sur une échelle allant de A (très bon) à H (défaut). Aux chefs d’entreprise qu’elles ont rencontrés pendant la caravane, les équipes de la banque essaient de leur montrer comment améliorer la notation de leur entreprise. Cela passe entre autres par la fiabilité des données communiquées à la banque, la fourniture à temps des documents comptables complets, des informations qualitatives. Plus tôt la banque recevra les documents, plus tôt la notation sera actualisée. Tout le réseau commercial de la banque est sensibilisé afin d’alerter la clientèle Entreprises sur les délais.

     

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